TOURNON
NOTE 7, p. 198. — Il existait autrefois dans les rues de Tournon un grand nombre de statues de la Sainte Vierge, que la piété des habitants y avait placées en signe d’opposition au calvinisme, ou en reconnaissance de diverses grâces signalées obtenues par l’intercession de Marie. On voit encore aujourd’hui dans cette ville plusieurs images vénérées, et dont les noms semblent indiquer l’occasion de leur origine, telles que Notre- Dame- de-Bonne-Rencontre, Notre-Dame-de-Délivrance , etc. Celle que M. Olier alla honorer à Tournon était désignée, comme il nous l’apprend,
sous le titre de Notre-Dame-de-Bon-Secours (1). D’après des ,,
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informations récentes, puisees sur les lieux, on ne peut pas (ie ^ Q^er t ,
douter qu’il n’ait voulu parler de l’Oratoire de Notre-Dame- m de-Bon-Secours , qu’on a vu jusqu’à ces derniers temps sur la porte appelée de Doux, du nom d’une petite rivière qui avoisine ce quartier de la ville. Sur cette porte était un enfoncement, en forme de voûte gothique, ouvert du côté de la ville, et dans le tympan duquel on voyait un tableau représentant la très-sainte Vierge, honorée sous le titre de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Cet Oratoire était en grande vénération dans le pays; les fidèles allaient y prier fréquemment; on y faisait des neuvaines; plusieurs malades y recouvraient la santé; et les habitants le nommaient même leur Sauvegarde. Depuis un temps immémorial la procession des Rogations y faisait une station chaque année; et ce jour-là l'Oratoire était orné, ainsi qu’aux fêtes de la trèssainte Vierge. On y faisait aussi une station le jour du V endredi-Saint.
La porte de Doux et l’Oratoire ayant été démolis dans ces derniers temps, l’ancien tableau de Notre-Dame-de- Bon-Secours a été déposé dans une maison voisine ; et chaque année on l’expose à la piété des Fidèles, le jour où la procession des Rogations vient encore dans ce lieu faire sa station selon l’ancien usage. Ce tableau de la hauteur d’environ un mètre et demi, à cintre surbaissé, représente la très-sainte Vierge, assise sur des nuages tenant l’enfant Jésus sur ses genoux. Les habitants du quartier de Doux ont vivement regretté la suppression de l’Oratoire de Notre-Dame-de-Bon-Secours ; et tout porte à croire qu’ils s’efforceront de rétablir parmi eux ce monument de la piété de leurs ancêtres.
NOTE 8, p. 201. — M. du Ferrier s’exprime ainsi sur sa retraite à Champ-Dolent, au printemps de l’année 1658.
« J’étais alors, pour me servir de l’expression de saint
NOTES DU LIVRE CINQUIEME
(1) Mémoires de Ms. de Sainte- Geneviève, p.42, 43 et suiv. Bibl.
nat., p. 45, <6 et suiv.
» Jacques, vir duplex animo, ou, comme dit le prophète, avis * discolor, un oiseau de deux couleurs, voulant servir Dieu » sans renoncer au monde. Après avoir employé la matinée » à l’étude et à quelques courtes prières, j’allais dîner, par » l'ordre de mon oncle (grand maître de Malte), chez M. » l’abbé de Saint-Vincent, agent du clergé. Il tenait table » ouverte; et comme elle était fort exquise, le grand monde, la Cour et les prélats y venaient. L’après-dîncr était em~ » ployé à jouer aux échecs, au trictrac et aux quilles, et » cela passait pour des divertissements permis aux ecclé- » siastiques, parce qu'on ne jouait pas aux cartes. On allait » à la promenade, ou apprendre les nouvelles du jour. La » bonté de Dieu donna au Père de Condren la pensée de » me retirer de Paris, et de me faire sortir de ce mauvais » état. Il fut d’avis que M. de Bassancourt et M. Amelote » me menassent à Champ-Dolent, en Saintonge. pour y » passer l’été, et que je m’y préparasse à dire ma première » Messe. M. l’abbé de Séry était venu avec nous. M. Ame- » lote, homme pieux et savant, me dirigea dans cette re- » traite, me donnant à lire et à méditer le XXP chapitre du » Lévitique, et l’Épitre aux Hébreux; et nous vivions dans » un grand repos, partageant le temps entre l'oraison, le » saint Office, l’étude et la récréation.
« Cette retraite me fut très-utile, et me fit gémir sur la » perte de tant de journées, que j’avais si mal employées » jusqu’alors; et elle servit à me faire apercevoir les misé- » râbles attaches de mon cœur. Le jour de saint Marc. » venant en Saintonge , nous couchâmes à Saint-Jean- » d’Angély; on nous servit au dessert du fromage et plu- » sieurs assiettes de confitures, n'y ayant point de fruits en » cette saison. Mes trois amis, mortifiés et sobres, se con- » tentèrent d'un peu de fromage ; moi au contraire, accou- » tumé à donner à mes sens tout ce qu’ils demandaient, je » ne mangeai que des confitures, les sollicitant d’en faire » de même; mais ils n’y touchèrent point. Nous étant cou- » chés, les prières de ces trois serviteurs de Dieu, que » j’avais scandalisés, obtinrent de la miséricorde divine que » cette nuit même mes yeux furent ouverts ; et que, recon- » naissant alors ma gourmandise passée, je commençai à la » détester, et fis résolution de mépriser, à l’avenir, ce qui » flatterait mes sens. J’observe ceci, pour faire voir l'avan- » tage de l’exemple des personnes mortifiées (1). »