M. OLIER EST FORME PAR M. BOURDOISE
connu particulièrement M. Bourcloise, en a tracé ce portrait, qui le peint au naturel : « On pouvait lui » appliquer, dit-il, les paroles que les Scribes et les » Pharisiens adressèrent à Notre-Seigneur, dans » un esprit de malice : Nous savons que vous êtes » véridique, et que vous enseignez en vérité la voie » de Dieu, sans avoir égard à qui que ce soit; et » non est tibi cura de aliquo. Il était sans respect » humain, disant à chacun la vérité sans crainte,
» sans déguisement, quoique d’une manière assez » singulière. Il est vrai que cette manière paraissait » choquer la prudence humaine, mais elle était » pleine de la prudence des Saints ; et, tout en ex- » citant quelquefois à rire, elle ne laissait pas d’a- » voir de très-bons effets (1). »
Le trait dont nous allons parler en est lui-même une preuve. M. Olier accompagné de M. de Foix et de M. du Ferrier, alla un jour à Saint-Nicolas pour visiter M. Bourdoise, et célébrer ensuite la sainte Messe dans cette église, le modèle des paroisses de Paris *. M. Bourdoise, qui connaissait le zèle et la piété de ces ecclésiastiques, désirait se lier particulièrement avec eux. Ravi d’une conjoncture si favorable, il chercha quelque prétexte pour les entretenir de la vie des clercs ; et son esprit, si fécond en expédients, lui en fournit un tout-à-propos: car, après leur visite qu’il reçut fort honnêtement, lorsqu’ils en vinrent à lui demander la permission de célébrer la sainte Messe dans l’église de la paroisse, » alors, dit son historien, pour avoir lieu de leur » parler, il leur refusa net la faveur de célébrer, » alléguant qu’il y avait dans leur extérieur quelque chose qui n’était pas entièrement conforme à la modestie ecclésiastique (2). On aurait peine à comprendre comment l’extérieur si pauvre et si exemplaire de M. Olier pût donner quelque lieu à une correction de ce genre, si l’on ne savait que le zèle de M. Bourdoise alla jusqu’à reprocher un jour à saint Vincent de Paul de n’être qu’un homme ti-
Bourdoise, Ms.
in-4", p. 752.
* NOTE 14, p. 253.
Bourdoise, Ms.
in-folio, p. 548.
— Ms. in-4u, p. 512.
(1) Vie imprimée du mime, in-4°, p. 454. — Vie du mime, par le Père de la Cour, Ms. p.
223; in- 1 2, imp.
(2) Vie cl M.
Bourdoise , Ms.
in-folio, p. 548.
* NOTE 15, p. 253.
M. Bourdnise emploie M. Olier à une mission au diocèse de Chartres.
micle et pusillanime, et même, en se servant d’une de ces expressions qui lui furent toujours familières, de l’appeler une poule mouillée (1). On peut bien croire que M. Olier, pénétré de si bas sentiments de lui-même, témoigna une humilité semblable à celle que saint Vincent de Paul fit paraître en cette occasion; qu’il se confondit et s’accusa de n’être qu’un misérable pécheur, indigne de monter à l’autel ; et, ce qui montre que tels furent ses sentiments, dès ce jour il commença à fréquenter M. Bourdoise, comme l’un des hommes les plus capables de le perfectionner dans les vertus ecclésiastiques. L’historien de celui-ci, qui nous autorise à regarder cette correction comme un prétexte imaginé pour se mettre en rapport avec M. Olier, ajoute en effet: «Ce refus ayant donné lieu à M. l’abbé » Olier et à ses compagnons de s’entretenir avec » M. Bourdoise, comme c’était le dessein de ce der- » nier, ils se sentirent si échauffés de son discours,
» qu’ils le vinrent voir diverses fois, pour se faire » instruire par lui, et se remplir de l’esprit ecclé- »siastique: en sorte qu’ayant M. Bourdoise pour » maître dans la cléricature, et le Père de Condren » pour directeur, ils firent des progrès étonnants » dans la vertu et la science des Saints, par les lu- » mières qu’ils recevaient, tant de celui-ci pour la » vie intérieure, que de celui-là pour la discipline » de l’Eglise ; et qu’en honorant le Père de Condren » comme leur Père spirituel, ils reconnurent tou- » jours M. Bourdoise, depuis cette première entre- » vue, comme leur maître dans la vie cléricale (2). » M. Bourdoise ne tarda pas à fournir en effet un nouvel aliment à leur zèle*.
Dans une petite mission qu’il venait de faire au château de la présidente de Herse, sur la paroisse de Marchefroy, près d’Houdan, au diocèse de Chartres, il avait reconnu les grands besoins spirituels de tous les villages circonvoisins. Voulant y remédier, il invita ces jeunes ecclésiastiques, et forma
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deux corps de missionnaires. Pour le premier, qui devait se porter çà et là, selon les besoins, il choisit M. Olier, M. de Foix, M. du Ferrier, M. Amelote et d’autres, qui passèrent plusieurs années dans ce ministère, annonçant, pendant l’été, le royaume de Dieu aux peuples de la campagne ; et il composa le second de plusieurs autres ecclésiastiques zélés, qui étaient venus spontanément se joindre à lui (1). Ils firent d’abord des missions sur les terres de la présidente de Herse, qui, sans doute, soutenait la bonne œuvre par ses largesses. Elle était parente de M. Olier, mère de M. Yialar, l’un de ces ouvriers, et si zélée pour la sanctification des ecclésiastiques, qu’elle contribua par sa générosité à l’établissement des exercices des Ordinands à Chartres et à Paris *.
Peu de temps après, M. Olier prêcha une autre mission aux habitants d’Illiers, petite ville à cinq lieues de Chartres ; elle laissa des fruits remarquables, non-seulement parmi les pauvres et les artisans*, mais aussi parmi les personnes considérables du lieu. De ce nombre était M. Bellier, officier de la Reine, illustre par ses alliances. Il était venu demeurer dans une terre auprès d’Illiers, et y avait conduit sa famille, composée de six enfants, quatre fils et deux filles. Les prédications de M. Olier produisirent dans leurs cœurs, des impressions si profondes, que les deux demoiselles entrèrent dans la suite à la Visitation; deux de leurs frères embrassèrent l’état religieux ; le troisième mourut jeune, et le quatrième, qui devint un fervent chrétien, étant mort peu après son mariage, sa veuve se retira dans la congrégation de la Providence pour s’y consacrer à Dieu (2).
Pendant que M. Olier se livrait ainsi, dans l’exercice des missions, à toute la ferveur de son zèle, un illustre prélat le demanda pour coadjuteur. Henri Clausse de Marchaumont, évêque de Châlons-sur- Marne, gémissait depuis longtemps sur l’état af-
( I ) Vie de M .
Bourdaine, Ms .
in-'i°, p. 48G.
* NOTE IG, p. 253.
* NOTE 17, p. 254.
(2) Vie dts Beiigieuscs de la Visitation, t. iv.
Bibl. dupremier monastère de Paris .
M. Olier est nommé coadjuteur deChâlons.
freux où le dépérissement de la discipline avait réduit son diocèse ; et il faut convenir que ses inquiétudes ne pouvaient être mieux fondées. Le grandvicaire de ce prélat en écrivait ainsi à M. Bour— doise : « Les moindres ecclésiastiques de Paris » valent ici leur pesant d’or. Combien de pauvres » âmes de la campagne périssent en nos quartiers, » par la faute de leurs curés, qui sont ignorants et
(1) Vie de M. » plus qu’ignorants, et qu’il est impossible d’ôter «OM? do!,îe^i/i' . ^ cje jeurs bénéfices (1)! »
Pour apporter un remède efficace à un si grand mal, l’évêque de Châlons avait conçu, depuis longtemps, le projet d’établir un séminaire dans son diocèse, et s’était même adressé a M. Bourdoise, mais inutilement. La réputation extraordinaire dont jouissait M. Olier lui fit penser qu’il trouverait en lui un homme capable d’exécuter ce dessein, et d’opérer la réforme que son grand âge ne lui permettait plus d’entreprendre : en conséquence, il le demanda au cardinal de Richelieu pour coadjuteur. Ce ministre, jaloux de donner d’excellents
(2) Vie (im- évêques aux églises du royaume (2), fut ravi de la
bourdoise in T0’ P1'0?03^011! promit de l’appuyer de toute son
liv. m, p .' 200 autorité; il lui eût été difficile en effet d’y joindre
— - Vie de m. une recommandation plus forte : « Sire, dit-il à Vialar de Herse, T . VTTt , ■
p. o. — Traité >y Louis XIII en lui proposant M. Olier, c est 1 ecdes séminaires, » clésiastique qui me paraît le plus propre à rem- <j et suiv. — }> Plir dignement ce siégé important, et j ose meme Lettres du même. » assurer Votre Majesté que, dans tout le royaume, ett. 3 1 , p. 13 1 . ^ je n’en connajs pas de pius capable d’honorer
p- 257 . J 18, » l’épiscopat par ses lumières, sa piété et sa pru-
(3) Mémoires >y ^ence (3). »
sur m. Olier, Il n’y avait, d’ailleurs, qu’une voix sur M. Olier ; drand! p. b*?— ^es suffrages publics l’avaient porté plusieurs fois vie de m. olier, sur les sièges épiscopaux qui venaient à vaquer :
hV' et’ écrivant à la Mère de Bressand, il lui disait, pour dissiper les alarmes que ces bruits lui donnaient de temps en temps : « Je n’ai point ouï par- » 1er de changer de condition. Ce n’est pas la pen-