M. OLIER REFUSE LA COADJUTORERIE DE CHALONS
» sée de notre révérend Père général, et encore » moins la mienne, quoi que l’on en dise çà et là; » car il y en a qui le souhaitent assez (1). » Le jugement du cardinal, joint à ces témoignages si honorables de l’estime publique, porta Louis XIII à ratifier sur-le-champ le choix de son ministre, et il nomma, au mois de juillet 1639, M. Olier à la coadjutorerie de Chàlons.
Celui-ci était en mission lorsqu’il en reçut le brevet (2) ; ce coup imprévu l’obligea de se rendre auprès du Père de Condren pour prendre une décision. La réponse de ce Père fut toujours la même. » Dieu a d’autres desseins sur vous, lui dit-il; ils » ne sont pas si éclatants ni si honorables, mais » l’Eglise en retirera plus de fruits (3). » M. Le Royer de la Dauversière, instituteur des Sœurs hospitalières de Saint-Joseph, de la Flèche, et dont nous parlerons dans la suite, vint le voir sur ces entrefaites, et l’assura pareillement que Dieu avait sur lui d’autres desseins*. M. Olier renvoya donc le brevet au cardinal, en lui témoignant sa reconnaissance pour l’honneur que le Roi avait daigné lui faire à sa recommandation (4). Cette négociation traîna néanmoins en longueur : « Je suis de retour » à Paris, où me retient l'affaire de Chàlons, écri- ■» vait-il ; je tâche de la terminer auprès du R. P.
» de Condren : quand je parle de terminer, c’est me » débarrasser que j’entends (5). » Il paraît que le cardinal refusait d’accepter la démission de M. Olier, et que ce fut le motif du séjour de celui-ci dans la capitale. « Plus j’ai obligation à Votre Emi- » nence, lui écrivait-il, plus je suis obligé de ne la > pas laisser surprendre dans l’opinion qu’on pour- » rait lui avoir donnée de moi. Il est vrai, Monsei- » gneur, que je dois me soumettre à la lumière » que Dieu vous a donnée pour la conduite de ce » royaume; mais je ne puis m’abandonner au juge- » ment de ceux qui, sans beaucoup de connaissance de cause, ont cru me rendre un bon office auprès
(1) Lelt. a ut.
de M. Olier, p.
M. Olier refuse la coadjutorerie de Chàlons.
Olier, par M. de Bretonvilliers,i.
(3) [Cloysault] Vies Ms. t. i. p.
f N OTE 19, p. 257.
Olier, par M.
de Bretonmlliers p. 338. — Vie du même, par le Père Giry, part.
lre, chap. ix. — Remarques historiques, t. ni, p. 516.
(5) Lelt. aut.
de M. Olier, p.
(U Lelt. aut.
de M. Olier, p.7.
(3) Histoire des Ordres religieux, par Uermant, in-12, t.
» cle Votre Eminence. » Il suppliait enfin le cardinal de ne pas l’obliger d’accepter cette charge, avant qu’il lui eût exposé de vive voix les motifs qu’il avait de la refuser (1). Le principal de ces motifs était sans doute l’opposition formelle du Père de Condren, dont il savait que le cardinal respectait singulièrement les sentiments, surtout dans cette matière. Aussi ne doutait-il pas que son directeur ne le dégageât tout-à-fait, malgré les instances contraires de sa famille et celles du chancelier Séguier « Ne craignez rien pour Châlons, » écrivait-il; je ne crois pas que l’on y fasse rien, » puisque l’inclination du R. P. général n’est pas » que j’accepte : il me défendra très-puissamment » de cette affaire (2). »
Enfin, étant allé trouver le cardinal, il lui exposa tous les motifs de son refus. Surpris d’un si rare désintéressement (car on ne savait guère, en ce temps-là, ce que c’était que de refuser un évêché, surtout lorsque la dignité de pair de France y était jointe), le cardinal lui en donna publiquement des éloges, et lui promit sa protection (3). Tout porte à croire que, cette fois encore, M. Olier vit, dans l’opposition du Père de Condren, une preuve de son indignité ; car ce fut ce qu’il écrivit aux ecclésiastiques de l’assemblée du Puy, qui s 'étaient empressés de le féliciter après sa nomination à ce siège. « La dignité dont vous me parlez, dit-il, suppose » de grands talents, qui surpassent de beaucoup » ma capacité; je prie Notre-Seigneur qu’il me » fasse la grâce de me tenir au nombre de ses moin- » dres petits serviteurs dans le saint emploi des » missions, et qu’il ne souffre pas que je l’oblige a » m’en exclure. Demandez pour moi, Messieurs, » qu’il me donne part aux saintes qualités néces- » saires à ces divines fonctions, entre autres, une » grande révérence pour Dieu, un grand amour » pour le prochain, un grand anéantissement de » moi-même, et une mort entière au monde, sans
SA FAMILLE s’iRRITE DE SON REFUS DE l’ePISC. 231
» quoi je n’oserais jamais me dire prêtre, ni votre » confrère. Nous avons ici M. Meyster, qui con- » serve toujours, pour vos quartiers, la ferveur de » son zèle. Après quelques missions que l’on a rè- » solu d’entreprendre, il se propose d’aller vous » visiter, pour travailler dans votre diocèse. J’es- » père que Dieu me fera la grâce de l’y accom- » pagner, n’étant retenu ici que pour achever quel- » ques missions que le Père de Condren, notre » directeur , veut que nous fassions de com- » pagnie (1). »
L’évêque de Châlons n’ayant pu obtenir M. Olier pour son coadjuteur, voulut au moins avoir, à son défaut, l’un des coopérateurs de son zèle; il demanda au Roi M. Félix Yialar, que nous avons vu, en 1638, faire ses premiers essais dans les missions de Bretagne. La promotion de cet ecclésiastique fut un véritable sujet de joie pour M. Olier. Dès qu’il en eut appris la nouvelle, il écrivit à une personne de piété : «Je vous conjure de tout mon » cœur de prier pour M. l’abbé Vialar, notre bon » cousin, que Dieu a jugé digne d’être appelé à la » coadjutorerie de Châlons ; et je prie Notre-Sei- » gneur de verser sur lui la plénitude de son esprit, » pour cette sainte charge (2). » Tous les parents de M. Olier ne partagèrent pas cette joie. Autant son refus avait donné d’admiration à tout Paris, autant excita-t-il contre lui leurs ressentiments et leurs murmures(3). Ceux d’entre eux qui désiraient le plus son avancement dans la carrière des honneurs, lui en firent des reproches très-vifs, et surtout sa mère ; jusque là que ne pouvant goûter un refus qui lui paraissait si contraire à ce qui se pratiquait universellement, elle ne fut point assez maîtresse d’elle-même pour étouffer , dans le silence, les mouvements d’humeur et de dépit qu’elle éprouvait (4). Enfin elle ne garda plus de bornes, lorsque, peu après la nomination de M. Vialar, et avant même que celui-ci eût reçu ses bulles, l’évêque de Châlons vint à mourir (5).
(1' Lettres aut.
de M. Olier, p.
La famille de M. Olierest irritée de son refus.
(2) Lettres aut.
de M. Olier, p.
(3) Esprit de M. Olier, t. î , p. 721 et suiv.
(i) Vie Ms. de 1 fl. Olier, par M. de Bretonvilliers, t. i,p. 339.
Vialar de Herse, évêque de Chdlons, p. 6.
* NOTE 20, p.
m, p. 5. — Vie de M. Bourdoise, Ms. in-i", pag.
512; Ms. in-folio, p. 548.
(2) Mémoires aul- deM. Olier,
t. ii, p. 134.
Mais, sans attendre ce moment, M. Olier était déjà sorti de la maison de sa mère, et demeurait à Saint-Maur-les-Fossés, près Paris*, avec ses amis que le Père de Condren avait enfin réunis en société. Ils y occupaient une maison qui appartenait à l’un cl’eux, M. Brandon; et c’était là qu’ils avaient coutume de se retirer dans l’intervalle de leurs travaux apostoliques (1). Le Père de Condren, touaut. — L’Esprit jours occupé cle 1 etablissement des séminaires, de M. Olier, t. avajq eu pour fin, en les réunissant de la sorte, de
£ — Vie rfp r j .
les préparer déjà à l’exécution de ce grand dessein; et ce fut aussi pour ce motif qu’il empêcha M. Olier d’aller reprendre ses missions d’Auvergne. « Le » Père général, dit-il, a eu seul ce pouvoir de m’en- » pêcher d’y retourner, désirant m’associer à cette » sainte assemblée dans laquelle je vis (2). » Sans leur découvrir cependant le fond de sa pensée, le Père de Condren leur avait proposé simplement de s’associer entre eux, et de se donner un chef pour continuer ainsi leurs missions jusqu’à ce que Dieu
(3) Mémoires jes appelât à une autre œuvre. Tous avaient aprier, pag. 12C. plaudi a ce dessein, et choisi pour supérieur M.
(4) Annales de Amelote (3), qui, malgré sa jeunesse, car il n’était la Maison de l’O- âgé que d’environ trente-un ans (4), avait déjà acp0* 395 ’ -— Caia- quis sur leur esprit beaucoup d’ascendant, par son logue des au- savoir, sa maturité et son expérience ; et ce fut sous lgrêgat de ^l'O- sa conduite qu’ils prêchèrent les diverses missions ratoire, p. 315.
Mission d’Amiens.
(5) Discours et lettres duPère de Condren. Lettre hasard 1".
(6) Mémoir. de M. du Verrier,
Ms. Bibl. Sainte- Geneviève, p. 7 3.
— Ms. Bibl. nat.
dont nous allons parler.
La première fut probablement celle d’Amiens, que le Père de Condren appelait une mission de grâce, un dessein non des hommes, mais de Dieu (5). Elle eut pour occasion un sermon qu’y prêcha par M. Meyster, et qui remua toute cette grande ville (6). M. de Caumartin, qui en était évêque, eut alors la pensée d’y faire donner une mission en règle, et la grande réputation de M. Olier fut cause qu’on l’invita d’aller y prendre part. « On me presse, écrivait le serviteur de Dieu, d’al- » 1er en mission à Amiens ; mais j’ai à présent l’es-