‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 137 sur 249 · MISSION D’AMIENS · texte numérisé non relu

MISSION D’AMIENS

» prit si ouvert, par la bonté de Dieu, à l’intelli- » gence de l’Ecriture sainte, dont il ne m’avait » point encore favorisé, que je ne sais si je dois » quitter cette lecture. Notre révérend Père de » Condren, qui me l’avait conseillée, me détermi- » nera (1). » Ce fut en effet son directeur, qui l’envoya à cette mission, avec MM. de Foix, du Ferrier, de Bassancourt et quelques autres, formant en tout huit missionnaires. On devait s’attendre à éprouver bien des contradictions, à cause de l’éclat que pouvait produire la mission d’Amiens, la première qu’on essaya de prêcher dans une grande ville. Saint Vincent de Paul et ses ecclésiastiques n’exerçaient ce ministère qu’à la campagne, et l’Oratoire, jusque là, s’était borné aux villages et aux hameaux. Aussi plusieurs personnes, à Paris, blâmèrent hautement cette mission, dès qu’on en eut connaissance ; et le Père de Condren crut devoir en écrire aux missionnaires, pour les encourager à poursuivre leur dessein : mais comme elle devait faire naître l’idée de tant d’autres missions, prêchées depuis dans les grandes villes du royaume, Dieu se plut à y opérer une multitude de conversions, et des prodiges de grâce presque inouïs. Dès le commencement, on se vit obligé d’associer dix-sept prêtres de la ville aux huit missionnaires pour les aider à entendre les pénitents, qui se présentaient en foule dans l’église cathédrale, toujours pleine d’aucliteurs aux instructions, soir et matin (2). Le fruit le plus éclatant fut la conversion d’un colonel Suédois au service de la France, qui commandait huit cents cavaliers. Frappé d’une maladie mortelle, il abjura l’hérésie de Luther, détesta tous les maux qu’il avait faits à l’Eglise, reçut les sacrements avec une humilité comparable à celle du centenier, et, durant les trois jours qu’il vécut encore, il prêcha continuellement ses soldats*. Ils furent si vivement touchés de sa conversion et de ses paroles, qu’ils se convertirent

(1) Lettres autographes de M.

Olier, p. 295.

(2) Mêmoir. de M. du Ferrier, Ms. Bibl. Sainte- Geneviève p. 73, n,lb.~Ms.Bibl.

* NOTE 21 , p.

(i)Mémoir. de M. du Verrier, p. 83.

tous eux-mêmes, et que leur ferveur devint bientôt, pour la ville d’Amiens, une seconde mission non moins efficace que la première. Jamais la miséricorde de Dieu n’éclata plus visiblement que dans la conversion de ces hommes de guerre ; car, trois semaines après, ayant reçu ordre de marcher à l’ennemi, ils furent surpris dans une embuscade, et tous taillés en pièces (1). Voici ce que M. du Ferrier rapporte de leur conversion. « Comme ils » ne pouvaient aborder nos confessionnaux, qui » étaient environnés deux heures .avant le jour, ils » venaient nous’attendre à la porte du logis, et » nous accompagnaient jusqu’à l’église, en disant, » pour nous faire compassion, leurs péchés tout » haut, et depuis combien d’années ils ne s’étaient » pas confessés. Hélas ! disaient-ils avec larmes, » nous ne savons quand il faudra monter à cheval ; » nous en irons-nous sans avoir été confessés? et » mourrons-nous sans avoir eu l’absolution de nos » crimes? Nous leur disions qu’il nous était dé- » fendu de faire passer, par préférence, quelque » pénitent avant son rang, quelque désir que nous » en eûssions ; mais Dieu permit que ces bons Pi- » cards leur cédèrent volontairement la place. Ces » soldats étaient devenus si pieux et si exemplaires, » qu’ils allaient le soir prier en commun avec les » habitants chez qui ils étaient logés, et les exci- » taient à servir Dieu par leur ferveur. La recon- » naissance alla si loin, que le conseil de ville, » pour nous remercier de la conversion de ces ca- » valiers, délibéra de nous envoyer le présent de » vin et de confitures qu’il fait au gouverneur, à » son entrée dans la province. Nous fûmes fort » surpris de ce compliment; et, comme nous ne » recevions jamais de présents, nous ne voulûmes » pas accepter les confitures et les six grandes » quesnes (ou cruches) d’étain aux armes de la ville, » pleines de vin, que les sergents, vêtus de leurs » robes rouges, nous présentaient, et enfin nous

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