‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 150 sur 249 · ÉLOGE DE M. BOURDOISE · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE M. BOURDOISE

NOTE 13, p. 224. — Elogia viri religiosi D. Bourdoise.

Hic fuit Elias more, et clamore Joannes,

Ore Nathan, curâ Paulus, amore Petrus.

Hic fuit Elias more, quia zelo zelatus est pro Domino Deo exercituum ;

Et clamore Joannes, quia non timuit à facie potentûm, et dédit Dominus verbum suum in ore ejus ;

Ore Nathan : aperuit enimos suum in parabolis, et sine parabolis non loquebatur ad eos ;

Curâ Paulus : instantia siquidem quotidiana et sollicitudo omnium Ecclesiarum fuêre partes illius ;

Amore Petrus ; non enim oves tantùm , sed et agnos verbo et exemplo pavit in innocentiâ cordis sui (2).

NOTE 14, p. 222. — La vie manuscrite de M. Bourdoise, in-4°, suppose , pag. 486 et 1046, que cette rencontre avait eu lieu l'année 1637 au plus tard, tandis que le manuscrit in-folio la rapporte à l’an 1639. Cette dernière date nous parait être la véritable ; au reste, celle de 1637 est insoutenable pour plusieurs raisons, erkre autres parce qu’elle suppose que M. du Ferrier aurait demandé à dire la sainte Messe, cette même année, à Saint-Nicolas, tandis qu’il ne la dit, la première fois, que le jour de l’Ascension de l’année suivante, 1638 (1).

NOTE 15, p. 226. — M. Bourdoise alla un jour, par dévotion, visiter l’église de l’abbaye de Saint-Denis avec trois ecclésiastiques de la petite société du Père de Condren, M. Brandon, M. Amelote et M. Barrault , et le trait qui arriva dans cette rencontre confirme encore ce que nous avons remarqué de la trempe de son zèle et de son esprit. « Ayant » aperçu dans la sacristie, dit son historien, un homme en » habit et en manteau court, botté et éperonné, qui confessait » un prêtre revêtu de l’aube etdel’étole, il envoya chercher, » sur-le-champ, le révérend Père Prieur de l’abbaye; et sitôt » que celui-ci fut arrivé : Mon Père, lui dit-il, venez voir, » venez voir un soldat qui confesse un prêtre. Cette remon- » trance eut son effet , car sur-le-champ le Prieur défendit » sévèrement au Religieux sacristain de souffrir jamais de » pareils abus (2). »

NOTE 16, p. 227. — Pendant que M. Olier et les coopérateurs de son zèle étaient chez la présidente de Herse, M. Bourdoise fit à un Official qui vint le visiter , une remontrance de sa façon, qui produisit les plus heureux résultats; nous laisserons encore ici parler son historien. « Cet Official » était en habit , dit-il , avec des moustaches et de grands » cheveux , .selon la coutume des prêtres de ce temps. M. » Bourdoise voyant qu’il se raillait de l’extérieur deM. Olier » et de ses compagnons, qui étaient en effet dans toutes les » formes, il l’entreprit à son tour; et, après une bonne ves- » perie qu’il lui fit devant tout le monde , il lui prouva si » solidement l’obligation qu’il avait lui-mêmé d’imiter ceux » dont il se radiait, que, sur l’heure, l’Official se fit faire la » couronne, les cheveux , coupa ses moustaches et prit une » soutane. Un autre chanoine de la même cathédrale, qui y » occupait la dignité de chantre , et avait accompagné l’Of- » ficial, convaincu par les mêmes raisons, en fit autant, avec » résolution de vivre à l’avenir d’une manière beaucoup plus » ecclésiastique qu’ils n’avaient fait l’un et l’autre jusqu’a- » lors (3). »

Un jour que les missionnaires étaient à table, M. Bourdoise leur fit une question d’abord assez singulière, mais dont le dénouement fut aussi honorable aux missionnaires,

(1) Mémoires de M. du Ferrier , Ms. de Sic - Geneviève, p. 43 . — Bibl.

nat . p • 47 .

Bourdoise, Ms.

in-4”, p. 1046.

Bourdoise, Ms.

NOTES

Bourdoise, Ms.

in- 4", p. 488.

(2) Mémoires de M. du Verrier, p. 129 et suit). — Vie de M. Bourdoise, Ms. in-4°, p.

qu’agréable aux pauvres villageois accourus de loin pour entendre leurs discours. A peine avait-on servi le premier plat, qu’il s’avisa de demander si ces Messieurs, qui avaient prêché avec tant de force et de zèle, avaient fait chacun leur sermon : on lui répondit que la question ne pouvait pas être douteuse. « C’est de quoi je doute encore, répliqua M. » Bourdoise, je voudrais bien m’en assurer par les effets. » Nous avons déjà pris une partie de notre réfection, et il » y ja. ici une infinité de pauvres paysans, venus de huit ou » dix lieues pour vous entendre , qui n’ont pas même un » morceau de pain. Ils sont en danger de tomber de défail- » lance en retournant chez eux. Messieurs , croyez-moi, » faisons votre sermon ; donnons-leur le reste de notre dîner » et nous contentons d’un peu de dessert. » La proposition fut adoptée et exécutée sur-le-champ fl).

NOTE 17, p. 227. — Durant la mission d’Illiers , au diocèse de Chartres , M. Olier eut lieu d’admirer, dans la personne d’une pauvre fille de ce pays , les soins paternels de la Providence sur les âmes simples et innocentes. Ce fut Françoise Fouquet, aveugle depuis quarante ans , et sur laquelle M. du Ferriernous a laissé une notice fort édifiante.

« La mémoire de cette fille admirable, dit-il (2), m’est » restée si présente, que je puis en parler ici pour honorer » les amis de Dieu, et montrer l’une de ces âmes, vrais » trésors de l’Eglise, que Dieu se plaît à tenir cachés dans » le secret de sa face, parce que seul il les connaît. Un di- » manche, à l’office des vêpres, je me trouvai obligé d’aller » assister une pauvre fille extrêmement malade, celui de » nos messieurs qui avait ce soin n’étant pas là. On me con- » duisit dans une petite maison d’un artisan , qui avait son » entrée dans le cimetière, et j’y vis une fille malade, cou- » chée sur une paillasse et le visage à demi couvert parce ••qu’elle était aveugle; elle s’appelait Françoise Fouquet, » et était âgée de 52 ans. Après avoir prié à genoux, comme » il est convenable de faire en abordant les malades , je lui » demandai comment elle se portait : elle me répondit qu’elle » avait le désir de se confesser; et comme je demandais » encore ce que le chirurgien et l’apothicaire jugeaient de » sa maladie : Ah ! Monsieur, me dit-elle, à Dieu ne plaise » que j’appelle les médecins du corps plus tôt que celui de » l’âme. Ensuite elle se confessa, mais d'une manière si spi- » rituelle, avec un discernement si grand de ses fautes, des » infidélités aux grâces de Dieu, des manquements qu’elle » avait commis en ne rendant pas à chaque mystère ses de- » voirs , suivant les fêtes de l’année , qu’elle me remplit » d’admiration et d’étonnement; son regret et ses larmes » pour avoir si mal répondu aux bienfaits de Dieu, étaient » capables de toucher les cœurs aussi endurcis que le mien.

» En voyant une fille pauvre et aveugle , si remplie des » richesses de la sagesse et de la science célestes, jedemeu- » rai convaincu que Dieu cache aux savants des choses » qu’il révèle et découvre aux petits. Enfin, je trouvai » qu’elle savait toutes ces hautes vérités dont le Père de » Condren nous instruisait dans ses conférences, et tout » cela joint à de très-rares vertus.

» Cette fille était devenue aveugle à l’âge de douze ans, où » elle perdit sa mère : son père, qui était vigneron d’Illiers, » prit alors une seconde femme, qui avait peu d’inclination » pour Françoise, et la chassait du logis, dès qu’au point du » jour son mari était allé au travail. Cette pauvre aveugle, » avec une patience singulière , allait se mettre sous un » buisson, qui n’était pas fort éloigné, et où elle demeurait » pleurant et songeant à Dieu, jusqu’à ce qu’elle sentît que » la nuit approchait. Pour lors , elle se rendait près de la » porte de son père, qui , arrivant, la faisait entrer, et lui » donnait à manger. Comme elle me faisait ce récit, je vou- » lus savoir ce que son père disait de la dureté de cette » belle-mère. Hélas, Monsieur, s’écria Françoise, il ne le sut » jamais : je n’avais garde de le lui dire, je savais qu’il s’en » serait trop fâché. Après qu’elle eût passé douze autres » années dans ce jeûne et dans une si forte épreuve, son » père mourut, et cette belle-mère la congédia tout-à-fait. » Elle crut alors devoir demander à Dieu la vue, et, pour » obtenir cette grâce, elle alla, accompagnée de sa cousine, » à Notre-Dame de Liesse, à Notre-Dame des Ardilliers, et » à Sainte-Anne en Bretagne. Après quoi elle n’y pensa » plus du tout, persuadée que Dieu la voulait aveugle, et » qu’elle en devait être bien aise. Ces pèlerinages finis, elle » revint à Illiers, où elle vivait de quatorze deniers qu’elle » gagnait par jour en filant, ne vivant que de pain et d’eau; » et, comme elle était tout près de l’Eglise, elle y passait » une bonne partie des journées. Il y avait cinq ou six ans » qu’elle avait fait venir près d’elle une petite orpheline, sa » parente, pour l’élever en la crainte de Dieu, et ses qua- » torze deniers suffisaient pour l’une et pour l’autre.

» Je m’informai de sa voie intérieure, et je trouvai qu’il » n’y avait ni vision ni révélation. Elle était tout occupée de » la présence et de l’amour de Dieu, et du regret qu’il fût » si mal servi par elle, après tant de bienfaits. Pour ce qui » est des grâces extraordinaires dont vous me parlez, hé- » las! disait-elle, j’ai commis une grande faute une fois. Un » homme de ma connaissance eut les côtes brisées d’une » roue de charrette, contre une muraille. Quand je l’eus » appris, je m’en allai pour le consoler chez lui, où je priai » un peu près de son lit. Il me vint la pensée de toucher » son mal, et lui ayant demandé s’il voulait me le permet-

NOTES

» tre, il témoigna le désirer; hélas, Monsieur, j’entrepris » cela! — Hé bien, lui dis-je, qu’arriva-t-il? — Monsieur, il » se trouva aussitôt guéri ; mais vous allez voir la malice » de ma superbe et de mon immortification. Comme je re- » venais chez mon hôtesse, il y eut quelqu'un qui, sans » doute pour se divertir, me vint mettre de la fiente dans » la bouche ; d’abord mon estomac se souleva par cette » puanteur, et j’en fus tout émue; et misérable je ne con- » sidérai pas Jésus-Christ, abreuvé de fiel et de vinaigre.

» J’entrai dans un jardin, où je me jetai par terre, pleurai » mon impénitence et mon peu de conformité aux souffran- » ces de mon Sauveur. — Je voulus savoir, continue M. du » Ferrier, si elle avait de quoi se nourrir: il y avait deux » jours qu’une grosse fièvre la consumait, et elle n’avait » pris qu’un peu d’eau, qu’elle buvait avec un chalumeau » de paille, en le plongeant dans un petit cruchet qui était » dans son lit. Je dis à son hôtesse de faire venir une fille » chez nous, pour prendre du bouillon qu’on y faisait pour » les malades.' Mais cette fille ayant vu tant de monde au » logis n’osa y entrer, et s’en retourna; 'de sorte que la ma- » lade passa encore cette troisième nuit avec de l’eau. Lors- » que j’appris cela le matin, avant d’aller à l’Eglise, je m’en » fâchai contre son hôtesse, et cette pauvre fille prit un » soin ingénieux d’excuser cette faute, protestant qu’elle » n’en avait point reçu d’incommodité, et qu’elle ne voulait » pas qu’on se mît en peine pour elle.

» Le récit que j’en fis à nos messieurs leur donna de l’ad- » miration; ils voulurent la voir; ce qui se fit sans l'exposer » au péril de la vanité : car elle ne les vit ni ne les ouit » point. On nous parla de cette fille comme d’une sorcière, » parce qu’elle guérissait beaucoup de malades en les tou- » chant ou en priant pour eux. M. de Bassancourt avait » alors les yeux fort malades: il fut guéri un ou deux jours » après cette visite ; ce que cependant nous ne regardâmes » pas comme un miracle. Je me contenterai de rapporter une » disposition admirable où elle était à l'égard du monde. » L’exhortant dans l’agonie, je voulus lui faire faire un acte » de renoncement au monde et à ce qu'il estime; et comme » je lui demandai si elle ne voulait pas de bon cœur en » sortir et le quitter, elle me répondit: Monsieur, je ne » pense point à lui. — Cette réponse me surprit, ne sachant » pas d’abord si elle avait compris ce que je lui disais. Je » continuai: Françoise, êtes-vous aise de mourir pour aller » à Dieu ? Oui, dit-elle. — N’estimez-vous pas misérables » ceux qui aiment la vie du monde, rempli de tant d’occa- » sions de se perdre? Monsieur, répliqua-t-clle, je ne pense » pas à lui. Enfin, pour achever de m’éclaircir, je revins une » troisième fois : Françoise, renonçons au monde et à tout

» ce qui est à lui, et abandonnons-nous à Notre-Seigneur, » afin qu’il nous en sépare. — Hélas, Monsieur, dit-elle, ex- » cusez-moi, je ne veux pas seulement penser à l’ennemi de » mon Sauveur. — Je compris alors l’excellence de sa dis- » position à l’égard du monde, dont elle ne voulait avoir ni » la vue ni la pensée. Elle mourut le dimanche suivant, » comme elle l’avait dit à son hôtesse le premier jour de sa » maladie; et lui ayant proposé le jeudi de recevoir le sacre- » ment de l'Extrême-Onction, elle m’avait prié de le différer » jusqu’au samedi. J’admirai l’affluence de gens qui allèrent » à sa maison, où je fus moi-même pour prier Dieu, toute » la paroisse y venant avec une dévotion singulière. »

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