‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 167 sur 249 · MORT DU P. DE CONDREN · texte numérisé non relu

MORT DU P. DE CONDREN

on témoigna pour lui la vénération la plus profonde et la plus vive. « Qui ne sait que dans le moment » de son trépas , dit M. de Yirazel, tout le monde » accourut? Que de respects , que d’estime , que » d’acclamations, que d’honneurs, que d’admiration, » que de louanges ! Il fallait que sa gloire fût très- » grande , comme ses grâces ont été extraordi- » naires(l).» Enfin, lorsqu’il était exposé dans l’église de l’Oratoire, l’éclat dont brilla tout-à-coup son visage, plus vermeil qu’il ne l’avait jamais été, excita l’admiration universelle, au point qu’on douta s’il était mort, et que le Père Bernard, dit le pauvre prêtre, avec quelques autres , ayant levé ses paupières et vu son œil plein de vie , s’écrièrent qu’il était encore vivant * (2).

Parmi la foule des spectateurs se trouvaient M. Olier et ses amis ; ils assistèrent aussi à l’inhumation (3), retardée jusqu’à l’entrée de la nuit à cause de l’affluence du peuple (4). En considérant ce saint corps, M. Olier, malgré l’accablement où le mettaient ses peines, se sentit extraordinairement touché. «Notre bienheureux Père, dit-il, nous donnait » part , le plus qu’il pouvait , à ses dévotions ; et » nous étions deux ou trois qu’il espérait laisser les » héritiers de son esprit. Je ressentis les effets de » cette bonne espérance après sa mort ; car , penx- dant le temps que son corps fut exposé, plus je » le considérais et plus aussi il me tenait pénétré de » son esprit d’anéantissement : tellement que je ne » pouvais avoir d’autre occupation intérieure, étant » entièrement rempli de celle-là. C’était ce grand » anéantissement et ce vide total de lui-même qui » excellait en lui, et le rendait si capable d’être pos- » sédé de Dieu , et si rempli de Jésus-Christ : en » sorte que c’était plutôt Jésus-Christ vivant dans » le Père de Condren , que le Père de Condren vi- » vant en lui-même (5). »

» Maintenant encore , le souvenir de ce saint » homme, la vue de cet intérieur admirable, de cette

(1 Oraison funèbre du P. de Condren.

♦NOTE 8, p.

(2) Cloysav.lt, Vies Mss. t. i,

de M .du Verrier ,

(4) Vie du cardinal de Bérulle, par TabaraudA.

il, p. 209.

(5) Esprit de M. Olier, t. n, p. 333*

(1) Mémoires autogr. de M.

Olier.

(2) Oraison funèbre du P . de Condren.

Le Père Condren apparaît à M.

Meyster et à M. Olier.

» vertu si pure et si éminente, me confond au point » que je ne puis l’exprimer. Rien ne me fournit une » idée plus sainte , plus élevée de Notre— Seigneur, » le Pontife saint par excellence , innocent, sans » tache, séparé de toutes les créatures, régnant dans » les deux; en un mot, rien ne me fait autant com- » prendre sa sainteté incomparable, que la pensée » du Père de Condren (1). »

Cette haute opinion n’était pas particulière à ses disciples : l’évêque de Saint-Brieux, dans l’oraison funèbre qu’il prononça , ne craignit point de le montrer à ses auditeurs comme triomphant déjà dans la gloire. « Le ciel l’ayant reçu, dit-il, il faut que » la terre le loue. Ne dois-je pas dire : Mortuus est » ad osculiim Domini? Le Fils de Dieu ne lui dit pas » comme à Moïse: Ascende, et morere: mais Morere, » et ascende. Si vous me demandez en quel état il est » dans le ciel, je vous répondrai : Sa gloire n’est » pas concevable ; et je dirai avec l’Apôtre : Nec » ocnlus vidit, nec anris audivit , nec in cor hominis » ascendit quœ prœparavit Deus diligentibus se. Sa » gloire le fait être parfaitement à Dieu ; et sa cha- » ritè, qui est très-accomplie, l’oblige, heureusement » pour nous, d’être toujours dans les pensées, les » soins, les désirs du salut, du bonheur, du progrès » de tous ceux qu’il servait sur la terre (2). »

Les disciples du Père de Condren reçurent les de premiers des témoignages de sa gloire, et tout à la

fois des marques de cette parfaite charité. Nous avons vu que M. du Ferrier lui avait fait demander que, si Dieu l’appelait à lui, il éclairât quelqu’un d’eux sur le sujet dont il avait commencé à lui parler touchant les séminaires. « Il le fit en effet, » dit M. du Ferrier lui-même; car le lendemain de » son enterrement, où nous assistâmes, M. Meyster » (qui était venu à Paris sur la nouvelle de sa mort)f

f M. Meyster, cet infatigable missionnaire, au lieu de prendre trois mois de repos chaque année, selon la pratique

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