‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 168 sur 249 · APPARITIONS DU P. DE CONDREN · texte numérisé non relu

APPARITIONS DU P. DE CONDREN

» me fit le récit d’une vision qu’il avait eue cette » nuit. Le Père de Condren , revêtu de ses habits » sacerdotaux et environné de gloire, lui apparut, » et le délivra d’une peine d’esprit qu’il m’avait » déjà communiquée , ainsi que de la pensée qu’il » avait de se séparer de nos Messieurs. Il lui dit de » n’y point songer, et de se donner patience, parce » que, dans peu de temps, Dieu ferait lui-même cette » séparation ; voulant qu’ils cessâssent les missions, » pour s’appliquer à former des ecclésiastiques dans » un séminaire ; que cette maison produirait un » grand bien pour l’Eglise, et serait remplie de bé- » nédiction ; qu’enfin ils vivraient sans vœux et sans » privilèges (c’est-à-dire soumis aux évêques), et » selon les règles des ecclésiastiques (1). » On peut remarquer en passant, que ç’avait été le dessein du P. de Bérulle dans la formation de l’Oratoire, à qui, comme dit Bossuet, «il avait cru ne devoir donner » d’autre esprit que celui de l’Eglise même, d’autres » règles que ses canons, d’autres supérieurs que ses x> évêques , d’autres liens que sa charité, d’autres » vœux que ceux du baptême et du sacerdoce (2).

» Ma joie ne fut pas petite , continue M. du Fer- » rier, entendant M. Meyster me dire ce que je » désirais savoir. Car, sans qu’il eût aucune con- » naissance de ce que le défunt m’avait dit, il com- » rnença à m’exposer toutes ces choses par l’endroit » où le Père de Condren avait fini avec moi la veille » de sa maladie. L’heureux effet que cette vue avait » causé dans son esprit , devenu calme et paisible, » me confirma qu’elle venait de Dieu ; et je le priai » d’en faire le récit à nos Messieurs, qui l’agréèrent » beaucoup (3). » M. Olier en rapporte effectivement une autre circonstance, qu’il avait sans doute apprise de la propre bouche de M. Meyster. « Il

de ses confrères, continuait seul les missions (4) ; il parcourait, vers le temps de la mort du Père de Condren, les paroisses du diocèse de Chartres,

(t) Mémoires de M du Ferrier,

(2) Omis. fun.

du Père Bourgoing, par Bossuet, 1er point.

OEuvres de Bossuet , tom. xvii, p. 572.

(3) Mémoires de M. du Ferrier, Ms. de la Bibliothèque Sainte- Genevièv.p.VZ’l .

(4) Mémoir.de M. du Ferrier, Ms. de la Bibl.

Ste - Geneviève ,

p. 113. Ms.de la Bibl. N. p. 97.

(i) Mémoires aui.de M. Olier.

— Copie des mêmes, i. m. pag.

* NOTE 9, p.

p. 238. — Abrégé du 9e cahier des Mémoir. aut.

de M. Olier.

(3) L’Espril de M. Olier, t. a, p. 333.

(4) Mémoir. de M. B au dr and, p.

(S) Cloysault, Vies Mss. 1. 1. p.

Pourquoi l’Orat. , quoique né pour rétablissement des Séminaires en France , n’a point com mencé cette œuvre.

» lui apparut , dit-il , tout éclatant de lumière ; et, » à la fin de son apparition , en remontant au ciel, ? il disait ces paroles , avec l’accent de l’admiration » et d’un ravissement céleste : Sanctus , Sanctus , » Sanctus (1)*. » Le serviteur de Dieu parle , dans ses Mémoires , d’une semblable apparition dont il avait été lui-même favorisé. « La nuit qui suivit sa » mort, dit-il, à mon réveil, il daigna m’apparaître : » nous ayant traité, pendant sa vie, comme Notre- » Seigneur avait traité ses Apôtres, il me dit ces » paroles du Sauveur aux siens : Ayez confiance, j’ai » vaincu le monde : Confidite , ego vici mundum (2). » Ce n’est pas le seul témoignage qu’il m’ait donné » après sa mort, pour me faire participant et héri- » tier de son esprit (3). » Quoique nous ne connaissions pas en détail ces faveurs dont veut ici parler M. Olier, nous savons cependant que le Père de Condren , lui apparaissant dans une gloire et dans une lumière immenses, lui dit qu’il l’avait, en effet, laissé héritier de son esprit, avec deux autres qu’il nomma, et dont l’un était M. Amelote (4); et ce fut pour attirer de plus en plus sur lui cette faveur, que, tous les jours, pendant plusieurs années, il envoya un de ses prêtres dire la sainte Messe sur le tombeau du Père de Condren (5), dans l’église de l’Oratoire.

On aura lieu sans doute de s’étonner qu’étant chef d’une Société nombreuse , née pour travailler à l’éducation du clergé, le Père de Condren se soit déchargé, comme il le fit , du gouvernement extérieur de sa Compagnie , et ait formé avec tant de soins un petit nombre d’ecclésiastiques pour établir des séminaires en France: œuvre dont il ne s’occupa presque point lui-même f, et à laquelle il

f Le P. de Condren avait eu dessein d’établir un sémi- (6) Abrégé du n£dre dans l’abbaye de Juilly, unie à l’Oratoire, en 1637. Il yC cahier des porta même M. Olier à contribuer à cette bonne œuvre (6), Mémoires aut.de qui toutefois, n’eut aucun résultat pour le clergé, puisque la M. Olier. maison de Juilly ne fut jamais qu’un simple college.

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