‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 169 sur 249 · CONDUITE DE DIEU SUR L’ORATOIRE · texte numérisé non relu

CONDUITE DE DIEU SUR L’ORATOIRE

ne porta jamais sa propre Congrégation , quoiqu’il ne connût rien de plus nécessaire à l’Eglise (1). Il est encore très-remarquable que , jusqu’alors, et contre les premiers desseins de son fondateur, cette Congrégation se fût employée presque exclusivement aux missions, à la conduite des paroisses , et surtout à la direction des collèges f (2) ; car les séminaires qu’elle avait essayé d’établir n’eurent aucun résultat. S’il était permis de rechercher les motifs de cette conduite de Dieu, on pourrait peutêtre penser que sa providence avait en vue de procurer, par ce moyen , la conservation de la foi dans l’Eglise de France. Personne n’ignore en effet, qu’après la mort du Père de Condren , le Jansénisme corrompit la plus grande partie de cette Société, dans laquelle il ne cessa de trouver des défenseurs (3) ; et si elle eût été alors en possession de l’éducation du clergé , il est aisé de juger les maux qui en seraient résultés pour toute l’Eglise de France (4).

Il semble même que , dès l’origine de la Congrégation de l’Oratoire, la Providence ait voulu l’éloigner de l’éducation du clergé, contre les vues de son fondateur. Le Père de Bérulle craignant, en effet, que le goût des lettres profanes ne détournât ses prêtres de la fin principale de son institut, pria le Pape Paul Y de leur défendre expressément , dans sa bulle d’institution, la direction des collèges ; et l’on fut assez surpris de voir que néanmoins cette clause n’y eût pas été insérée(5). Mais une omission,

(1) Mémoires deM .du Fer rier, p. 135.

(2) Annales de l'Oratoire.

(3) Annales de l’Oratoire.~ Remontrance chrétienne aux RR.

PP. de l'Oratoire, in-4° —Bib.

Nation. D. 1417.

— Hisl. du cardinal deBérulte, par Tabaraud, t.. ii. — Vie des successeurs du P. de Condren-

(4) Ibid. i. », p. 224.

(5) Annales de l’Oratoire. Année 1615.— Journal de la maison de St-Honoré, t.

i, p. 15. - Hist.

du cardinal de Bérulle, 1. 1, p.

-J- L’Oratoire était si éloigné de travailler à 1 établissement des séminaires, que, peu après la mort du Père de Condren, cette Congrégation aima mieux laisser sortir de son sein le Père Eudes, que de lui fournir les moyens de réaliser enfin les vues du fondateur, en se livrant à cette œuvre; et ce fut à cette occasion que le cardinal de Richelieu appliqua au Père Eudes les paroles du roi de Tyr aux ambassadeurs de Salomon : « Béni soit le Seigneur Dieu, qui a donné à David un fils si sage (6). »

(6) Vie du Père Eudes, 1826, liv.

iii,p.90.-7te<iu même, in-4°. Ouvrage; anon. du Père ISeurier, Eudisie, p. 93.

Ms. des Dames du Refuge , dites de St-Michel , à Paris.

(2) Recueil des lettres de !U. Vincent de Paul, t.

(3) Extrait des Assemblées générales, 3e, 4 e et 5e de l’Oral , in-4°, p. 22.

(4) Annales de l’Oratoire , année 1615.

Résignation de M. Olier sur la mort du Père de Condren.

(4) Extrait des Assemblées gé nèrales, 3% 4 e,et 5e de l’Oratoire, in-4° — Projet de la Congrégation dressé par le Père de Bérulle, p. 22.

dont les suites furent si considérables, n’était point sans un dessein particulier de Dieu, qui assiste de ses lumières les Souverains Pontifs dans l’institution des Ordres (1). Elle fut cause que l'Oratoire, au lieu de s’occuper des séminaires, moyen si influent sur la foi du clergé et des peuples, se chargea aussitôt, comme l’avait craint le Père de Bérulle, d’une multitude de collèges, quoique cette oeuvre se trouvât entièrement étrangère au dessein du fondateur (2) : et , ce qui n’est pas moins digne de remarque, le Père de Bérulle , en faisant lui-même tant de petits établissements qui épuisaient sa Compagnie et en changeaient le but , témoignait n’agir en cela que conformément à la volonté divine (3) *f*.

Cependant les peines intérieures de M. Olier persévéraient toujours; il était même au plus fort de ces cruelles épreuves, lorsqu’il perdit le Père de Condren. Dans un pareil état, cette perte auraitdûêtre pour lui un nouveau sujet de désolation : il l’accepta néanmoins avec une résignation parfaite, fruit incontestable des épreuves par où Dieu l’avait fait

f « Ainsi l’institution , non de la jeunesse, comme aux RR. » PP. Jésuites, dit le Père de Bérulle, mais des prêtres seu - » lement, serait une des fonctions de cette Congrégation (4). » Par délibération de la VIIe assemblée générale, deux Pères de l'Oratoire, chargés de rédiger le recueil des sept assemblées, voulurent concilier ensemble les vues du fondateur avec les emplois delà Congrégation, appliquée principalement à la direction des collèges et aux hautes études. Ils n’y parvinrent qu’en modifiant, comme il suit, les paroles du Père de Bérulle : «.Ainsi, l’institution des prêtres , ecclésias- » tiques et jeunes clercs destinés à l'Eglise , serait une des » principales fonctions de cette Congrégation. « Recueil des sept assemblées, in-4°, 1654, de l’imprimerie d’Antoine Vitré, page 6. — On voit la même modification clans le Recueil des Statuts de la Congrégation de l'Oratoire , imprimé parl’ordre du Général, Paris, in-12, Ire partie, chapitre 1, article I, pagef>. Comme aussi dans le Recueil des Statuts de la Congrégation de l’Oratoire de Jésus, en 2 volumes in-12, tome l, page 5, et ailleurs.

RAP.DE m. ROUSSEAU AVEC LES DISC. du p. de condr. 301

passer. Il en écrivait ainsi à la sœur de Vauldray, pour la consoler d’une privation bien moins considérable : « Hé bien, ma chère fille, s’il fallait se » troubler pour les accidents, nous n’aurions jamais » de paix en ce monde. Je vous ferai part de celui » qui m’est arrivé : c’est que mon Père maître » m’est ôté d’entre les mains, par l’ordre de la vo- » lonté divine, qui est notre chère maîtresse, tant » dans la soustraction que dans l’abondance, dans les » sécheresses que dans les plus douces communi- » cations. C’était un homme qui m’aidait beaucoup » pour me porter à Dieu, ce que je chéris et désire » le plus. C’est lui qui m’a tant encouragé à vous » servir, vous en particulier, et qui m’a recom- » mandé la maison de la Régrippière. Enfin, c’est » lui qui m’a tant dit de bonnes et saintes choses. » Hé bien, ma sœur, la volonté de Dieu ne vaut- » elle pas ce saint homme, qui n’a rien eu que par la » sainteté de cette divine volonté? Ne saura-t-elle » pas suppléer à ce qu’elle nous ôte ? Ne fera-t-elle » pas bien, par elle-même , ce qu’elle faisait par x> autrui? Très chère fille, adorons la volonté de » Jésus, adorons ce cher Maître; il permet les ren- » contres les plus épineuses pour notre sanctifi- » cation (1) »

Avant de raconter les événements qui précédèrent immédiatement ou qui amenèrent l’heureux accomplissement de l’ordre donné par le Père de Condren à ses disciples, nous ferons remarquer ici que quand Marie Rousseau connut les deux œuvres futures : l’établissement du séminaire et la réforme du faubourg Sàint-Germain , elle ignorait encore quels seraient les ecclésiastiques dont Dieu se servirait pour les accomplir; de plus sachant déjà les efforts que l’enfer devait faire pour les étouffer dès leur naissance , et les autres difficultés qu’il y aurait à surmonter, elle résista longtemps avant de promettre à Dieu de concourir à ces œuvres, quand le moment de l’exécution serait venu. Il s’agissait en effet pour

• ( 1 ) Lettres aut .

de M. Olier, p.

Marie Rousseau refuse longtemps de manifester aux disciples du Père de Condren les desseins de Dieu sur eux.

(1) Mémoires particuliers, année 1640.

(2) Ibid, années 1640, 1641,

(3) Ibid. 1642.

(4) Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, tom. v.

elle,depersuaderàces ecclésiastiques des choses trèsdifficiles à croire : savoir , qu’ils étaient appelés de Dieu soit à établir des communautés de prêtres et des séminaires en se dépouillant de leurs propres biens, soit à réformer la paroisse de Saint-Sulpice • que ces œuvres subsisteraient , malgré l’opposition des petits et des grands, soulevés pour les anéantir ; qu’enfin elles réjouiraient l’Eglise et procureraient la gloire de Dieu (1) Elle voyait combien de telles promesses seraient difficiles à accepter, sur la simple parole d’une pauvre femme : que les uns en douteraient ou s’en moqueraient ; et que d’autres en prendraient occasion de la regarder comme une personne qui voudrait trafiquer de la dévotion pour s’enrichir. Effrayée par toutes ces difficultés , et par beaucoup d’autres , elle persista , pendant environ dix ans , à refuser de donner son consentement à Dieu qui l’en pressait. Au milieu de ses tristesses d’esprit et de ses craintes accablantes, elle lui représentait, toute en larmes, que ce n’étaient pas là des affaires de femme; qu’il lui suffirait d’une vie commune et ordinaire pour faire son salut ; et qu’elle avait assez des peines de son ménage, sans se jeter encore dans tant de contradictions et de difficultés. Puis , elle se soulageait elle-même, en se disant, que ce n’étaient là que de simples lumières ; et que peut-être elles ne se réaliseraient pas (2). Ces résistances persévérèrent ainsi, jusqu’à ce que le Père Armand jésuite, alors son directeur, lui fit prononcer un acte de consécration, qu’elle mit par écrit, en vertu duquel elle voua dès-lors ses services à l’Eglise , et aux personnes que Dieu lui associeraitun jour (3). Elle dut prononcer cet acte avant le 8 décembre 1638, où le Père Armand termina sa vie (4). La Providence la mit alors sous la conduite du Père Hugues Bataille de l’abbaye Saint-Germain, dont nous parlerons dans la suite ; et ce Religieux entrant dans les vues du Père Armand, tint la même conduite sur elle.

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