‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 172 sur 249 · ÉPREUVES. SOUSTRACTION DES DONS SURNATURELS · texte numérisé non relu

ÉPREUVES. SOUSTRACTION DES DONS SURNATURELS

NOTE 1, p. 273. — M. Olier expose ainsi les effets étonnants que laisse dans une âme la soustraction des dons surnaturels , lorsque Dieu veut , par ce moyen, la purifier.

» Cette soustraction , dit-il , se fait à l’égard de la grâce » sensible ; car la bonté divine ne laisse pas de nous secou- » rir alors de grâces insensibles, bien plus efficaces. Le dé- » faut de ces grâces sensibles cause d’étranges effets , et » souvent des humiliations prodigieuses dans une âme. Sous » l’influence de ces secours, la volonté et le cœur sont por- » tés à Dieu avec délices, et l’on en remarque quelque chose » au dehors, jusque dans le port et le maintien du corps,

» jusqu’aux œuvres extérieures qui s’opèrent alors avec une » douceur, une modestie et une égalité non pareilles. Dieu » retirant ces dons sensibles, il laisse l’âme dans sa nudité; » et comme de ces dons naissaient auparavant de grandes » lumières, il ne reste plus alors dans l’âme que trouble et » confusion (1). »

« Touché de compassion pour moi , Dieu me fit donc la » miséricorde de m’ôter ces biens, pour me faire connaître » ce que j’étais, et me désabuser ainsi doucement de mon » erreur. C’est l’effet d’une miséricorde non pareille, que de » nous laisser ainsi à nous-mêmes ; sans cela, nous irions » nous estimant , nous appropriant ce qui est à Dieu seul, » et nous tomberions enfin dans un aveuglement semblable » à celui de Lucifer. Par-là, Dieu montre visiblement à » une âme le fond de son abjection , et achève de lui dé- » couvrir sa misère (2) ; car cette grâce sensible, qui tenait » en bride l’homme corrompu , venant à se retirer, tout » change aussitôt dans l’intérieur et l’extérieur. L’Esprit » Saint lui laisse alors éprouver quel est son déréglement » naturel , et la corruption de ses désirs. Alors il semble » que la bride soit lâchée aux passions. On ne sent que » colère dans les moindres rencontres, envie, aversion, sen- » timents d’amour-propre, jusque-là que la superbe rejaillit » sur l’extérieur dans la contenance du corps, qui est fière » et arrogante. Souvent néanmoins l’âme n’y contribue par » aucune pensée, ni aucun sentiment volontaire ; c’est l’effet

(1) Mém. aut de M. Olier, 1. 1, p. 299, 300.— Tie de M. Olier, par M. de Bretonvilliers ,t. îv, p.i'tSl.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, ib.

NOTES

(1) Mém. aut.

de M. Olier, t. i, p. 305, 306.

(2'i Ibid. t. i.

(3) Ibid. t. i, p. 309, 310.

» propre d’un dégorgement de superbe , qui se fait sentir » partout en l’absence de son gouverneur, dont la présence y> la réprime et l’oblige à se cacher (1). Ainsi, quand le Saint- » Esprit, qui avait élevé l’âme à Dieu pour un temps, vient îà se retirer, l’âme, n’étant plus soutenue par ce principe 3> si fort et si puissant, retombe en elle-même, et semble par » cette chute tomber dans un abîme d’obscurités , de ténè- » bres, de 'corruption, de confusion; dans un abîme de pas- » sions, qui, comme des bêtes farouches , se rongent et se t> dévorent elles-mêmes. Enfin , il semble à l’âme qu’elle ■» tombe du ciel dans les enfers, tant notre fonds est épou- » vantable à nos propres yeux ; combien plus aux yeux de » Dieu, la pureté et sainteté même (2) ! Dieu laisse ainsi au » milieu de nous cette fournaise ardente , cette concupis- » cence, qui, non moins que les cendres de Sodôme et de » Gomorrhe, nous avertit des jugements de Dieu, pronont> cés contre Adam et sa postérité ; c’est une bouche d’enfer t> que nous portons dans nos entrailles , qui vomit toujours t> mille vapeurs insupportables à Dieu , et qui attirent sur t> notre chair de péché le châtiment de sa main vengeresse.

» Je ne parle pas ici des péchés que nous avons commis par notre propre malice, mais seulement de l’humiliation » commune à tout le monde. Je ne m’étonne plus si les s> Saints entraient quelquefois en de saintes fureurs contre » eux-mêmes; si, armés d’instruments de pénitence, ils ï> mettaient leur chair en lambeaux, et faisaient ruisseler t> leur sang, infligeant ainsi à leur chair un juste martyre. y> C’est pour cela que le Fils de Dieu, afin de montrer aux » hommes ce qu’ils devaient souffrir dans leur chair crimi- » nelle, voulut qu’on le flagellât , que son sang coulât de » toutes parts, et que ses os fussent disloqués. De là vient » que ce secours sensible se retirant , et cette soustraction » mettant à nu notre malice, nous sommes bien aises d’être » en butte aux injures , aux outrages , aux traitements les » plus injustes et les plus rigoureux (3).

» Voilà ce qu’opèrent ces soustractions de grâces : d’abord » la connaissance visible et manifeste que nous ne sommes » que péché par nous-mêmes; et ensuite l’humilité, qui fait » que nous nous plaisons à être traités de la part de Dieu » et de la part des hommes , selon que notre péché le mé- » rite. Dieu ne fait ces soustractions de grâces sensibles » que pour mettre à la place d’autres grâces plus excel- » lentes, comme un jardinier qui n’arrache un arbre de son » jardin que pour en planter un meilleur. Mais comme il » ne veut pas toujours produire les mêmes opérations dans » tous les hommes , il ne les prépare pas tous de la même » manière; n’ayant pas résolu de prendre une possession si » singulière de tous, il ne les détache pas aussi universelle-

» ment et ne les déracine pas si à fondlesunsquelesautres.il » ne fait sentir ces soustractions et ces délaissements qu’en » proportion des dons qu’il veut répandre ; et parce que la » superbe est plus fréquente dans les dons de la grâce que » dans ceux de la nature , et que la première lui est plus » odieuse, ce bon Maître, soigneux de notre salut, opère plus » souvent ces soustractions dans les dons de la grâce que » dans les autres (1). »

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