IL EST PRIVÉ DE TOUTE CONSOLATION EN ASSISTANT LES MALADES
NOTE 2, p. 275. — «Arrivant un jour à Bazainville, l’un » de mes prieurés, sur le chemin d’un lieu où l’on allait faire » la mission, au diocèse de Chartres, je vins une heure plus » tard que je ne devais. Le curé de la paroisse, ne pensant » pas qu’aucun malade dût avoir besoin de lui , s’était ab- » senté l’après-midi ; j'arrivais à peine, qu’on me vint aver- » tir pour deux malades à l’extrémité; j’y courus aussitôt, » et j’administrai l’un d’eux. Je trouvai l’autre si accablé » par le mal, que je ne pus lui donner le saint Viatique, » mais seulement l’Extrême-onction. Retournant de là à » l’église, disposé , comme j’étais dans le temps de mes » peines, à m'attribuer toute espèce de mal , j’éprouvai les » douleurs les plus étranges : Quoi, me disais-je, malheu- » reux que je suis ! faut-il que ces pauvres gens souffrent » pour mes péchés, et que cette âme ait été privée des secours » que Notre-Seigneur lui avait préparés par mon ministère, » et qui étaient nécessaires à son salut? Je remarquerai » cependant que, si je fusse allé droit à la mission, cette » pauvre âme eût été encore plus délaissée ; pourtant ma » douleur était si grande, et la violence de mon affliction si » véhémente, que, fondant en larmes et poussant des cris, » je me trouvai dans cet état que décrit le Prophète : Rugie- » bam à gemitu cor dis mei ; et je disais, dans l’excès de ma » douleur : Ah! mon Dieu! faites tomber sur moi tout le » malheur de mes crimes. Ah ! Seigneur ! punissez-moi, » perdez-moi , si vous voulez ; mais que les pauvres âmes » n’en souffrent point. Ah! mon Dieu ! apaisez votre co- » 1ère. (2).
» Ayant été appelé un jour pour exhorter une femme de » condition qui était à l’extrémité et qui avait mal vécu, je » m’approchai d’elle avec une froideur intérieure qui ne se » peut exprimer , comme il m’arrivait souvent alors ; je » tâchai pourtant de lui procurer ce que je pus de secours; » et, enfin, son curé vint auprès d’elle pour lui parler : je » m’en revins, croyant ne devoir pas y demeurer davantage,
(1) Mém. aut, de M. Olier, t. î, p. 304.
(2) Ibid. t. I, p. 177, 178.
NOTES
(1) Mém. aut.
de M. Olier , t. 1, p 185. — Vie de M. Olier, par M. de Bretonvilliers, t. îv, p.
(2) Ibid. t.
p. 183. - Vie de M. Olier, par le P. Giry, partie i, ch. xi. — Remarq. hist., t. m, p, 519.
» Je ne fus pas sitôt arrivé à la maison, qu’après avoir prié » un peu de temps et avoir répondu à un ecclésiastique, sur- » le-champ je prends mon manteau et me remets en chemin » pour aller la revoir; mais, avant d’arriver chez la malade, » on m’apprend qu’elle vient de mourir. C’étaient là toutes » les consolations sensibles que j’éprouvais alors. On me » dit cependant que cette personne témoigna , avant d’ex- » pirer, un grand regret de ses fautes, et qu’elle fit des » actes de contrition qui parurent sincères, quoiqu’elle eût » une grande attache pour une personne de condition avec » laquelle elle avait mal vécu (1).
« Notre-Seigneur permettait , durant ce temps, que les » cures qui dépendaient de moi, manquassent de pasteurs, » ou qu’il y en eût qui se conduisissent d’une manière in- » digne. Un curé condamné à abandonner sa cure, m’ayant » fait souffrir mille persécutions, Dieu voulut que ce même » homme revînt dans son ancien bénéfice, et que je l’assis- » tasse à la mort. Il daigna me faire ensuite une grâce signa- » lée, en me donnant un curé que je puis appeler la perle » des pasteurs. C’est un Saint; et, quoiqu’il soit seul dans » ce lieu, il y a formé un séminaire de jeunes enfants, aux- » quels Dieu donnera, je l’espère, sa sainte bénédiction. » Notre bon Maître m’a toujours accordé ses grâces après » me les avoir fait demander fort long-temps (2). Mais celles » que je reçus pour moi ou pour les autres, dans cet état, » ne m’empêchaient pas de me regarder toujours comme le » Judas de la compagnie; je ne les considérais même pas » comme des grâces , ne croyant pas alors que j’en pûsse » recevoir (3). »