MÉPRIS
« NOTE 5, p. 280. — « Durant mes peines, il me semblait, » dit M. Olier, que Dieu voulait que je fusse comme enfer- » me dans un tombeau, vivant dans un esprit de mort atout,
» soit pour l’intérieur, soit pour l’extérieur; que je n’eusse » aucune sorte d’élévation ni de consolation , ne méritant, » au contraire, qu’abjection, humiliation, anéantissement et » croix perpétuelle (2). Au sortir d’une mission, nous allâmes, y> selon notre coutume, à Notre-Dame de Chartres; et il m’ar- » riva , ce qui m'est ordinaire , de chercher secrètement y> quelque soulagement à ma superbe humiliée et à mon » amour-propre , en désirant d’aller à pied , de compagnie y> avec une personne de grand mérite, et quelques autres » qui la suivaient : mais la Providence ne le permit point. » Voyant alors que j’étais indigne de cette sainte conversation, je m’en allai seul , comme un pauvre excommunié » comblé cependant de beaucoup de grâces; car je me trou- » vai aussitôt l’esprit rempli d’une grande lumière, sans » presque me sentir moi-même dans la marche, tant elle me » remplissait de joie. Je voyais alors l’horreur de la su- •» perbe et son énormité , puisqu’elle dérobe à Dieu l’hon- » neur qui appartient à lui seul, et dont il est si jaloux, que » bien qu’il se communique tout entier à sa créature, jamais ’» il ne lui communique son honneur. J’en demeurai si con- » vaincu, j’étais si pénétré du mépris et de la confusion qui s sont dus à l’homme, que je ressentais des joies non pay> reilles, lorsqu’en esprit je me voyais foulé aux pieds de » tout le monde, plongé dans la boue et les ruisseaux des » rues, prêt à déclarer mes péchés à la face de l’univers, ne » désirant que de l’honneur pour Dieu, et pour moi du mé- » pris. L’Esprit de mon divin Maître me préparait par là à » supporter les injures et les affronts. Un jour , pendant la » Semaine sainte, je vis plusieurs personnes se moquer de » moi dans une action publique de religion; cette humiliay> tion n’aurait rien pu sur mon esprit, s’il n’eût étéintérieu- » renient délaissé de Dieu, et comme abandonné au senti- » ment de ma superbe et de mon amour-propre, et si le dé- » mon ne se fût mis de la partie , pour m’exciter par ses
» secousses à me fâcher, à m’inquiéter, et à concevoir des » sentiments d’aigreur et de colère. Cependant, m’abandon- » nant alors à l’Esprit de Dieu, et m’unissant à sa force pour » résister, je me sentis délivré tout-à-coup, après avoir ad- » héré un peu de temps à cette force divine. Tout celas’éva- » nouit donc, et je n’ai pas souvenir d’avoir eu , depuis, » quelque peine à souffrir les injures et les mépris qui me » sont dus, me voyant injurié, tantôt par un de mes proches, » tantôt par une servante, ce dont eux-mèmes étaient très- » étonnés (1). »
NOTE 6, p. 281. — » Lorsque le Saint-Esprit se retirait » sensiblement de moi, dit M. Olier, la nature corrompue » produisait des effets étranges. Il semblait alors que je » fûsse abandonné de Dieu et comme possédé par le démon » de l’amour-propre et de la superbe; et sentant en moi ces » malheureux effets, je craignais toujours de n’agir que par » orgueil , quoique le Père de Condren me dît que ce n’é- » taient là que des effets de la nature viciée (2). Etant avec » nos Messieurs , je me sentais quelquefois tout enflé de » superbe et d’arrogance ; il me semble qu'il en paraissait » quelque chose dans mon extérieur et dans la posture de » mon corps: ce que je n’avais pas éprouvé avant ces peines » intérieures; pourtant cela se faisait de soi-même, sans que » j’y participasse en rien. Je ne crois même pas que, durant » tout ce temps, j’aie eu des pensées de superbe. J’avais » bien de temps en temps de légères pensées de faire de grandes » choses pour Dieu comme de prêcher par les villages, de » convertir les peuples, parce que de saintes âmes m’avaient » assuré que Dieu voulait se servir de moi pour faire di- » verses oeuvres dans son Eglise : je ne m’arrêtais cepen- » dant point à ces pensées, je les rejetais au contraire soi- » gneusemént, de peur de la moindre superbe. C’était en » effet ce que je craignais le plus , parce qu’il me semblait » que Dieu me voulait du mal à cause de mon orgueil, et » qu’il désirait que je travaillasse à m’en purifier; mais ce » qu’il y avait de déréglé dans mon extérieur portait nos » Messieurs à me juger plein de superbe (3). «