‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 182 sur 249 · DEUXIEME VOYAGE DE M.OLIER A LA RÉGRIPPIÈRE · texte numérisé non relu

DEUXIEME VOYAGE DE M.OLIER A LA RÉGRIPPIÈRE

intention. M. du Ferrier. quoique naturellement très-affable, fit dans ce moment une réponse qui le remplit bientôt lui-même de confusion et d’étonnement : il refusa froidement ce service : et comme le sacristain voulait réitérer sa demande, pensant que M. du Ferrier ne l’eût point entendue : Je vous ai dit, répliqua-t-il, que je n’en ferais rien. Cette réponse toucha si vivement madame de la Troche, que, prenant M. du Ferrier pour un homme de Dieu fort éclairé . elle se crut perdue , et se jetant par terre dans sa chambre, elle répandit un torrent de larmes.

Ensuite elle alla supplier l'une des quatorze Religieuses converties, de lui procurer l’occasion de parler à cet ecclésiastique ; mais quand elle eut appris qu’il était parti pour Chsson, elle faillit mourir de douleur, en sorte que M. Olier se crut obligé d’envoyer prier M. du Ferrier de revenir promptement à la Régrippière. Il s’y rendituussitôt, et il se fit dans cette maison un changement admirable. La Sœur de la Troche commença par une déclaration publique de son orgueil, confessant à sa honte qu’elle avait osé se mêler de donner aux autres des avis contraires à l’essence de leurs obligations. Elle protesta que jamais elle ne songerait qua obéir et à observer les vœux de sa profession, et avertit chacune de ses sœurs de ne plus venir la consulter, voulant désormais vivre dans le recueillement et le silence. Après cette déclaration et la confession générale qui la suivit, toutes imitèrent son exemple. M.duFerrier leur enseigna à faire l’oraison ; et elles trouvèrent tant de consolation et de goût aux' divers actes qu’il leur suggérait durant cet exercice, qu’elles ne pouvaient se lasser de les répéter ensuite dans la journée (1). « Ce fut lui, dit M. Olier, (1) Mém. de » qui procura le plus de gloire à Dieu, dans cette iSjil.’ > maison, par l’union des cœurs de ces bonnes » tilles, auparavant divisées. Pendant une de ses » exhortations , elles s’embrassèrent toutes avec

M. Olier bénit Dieu du changement de la Régrippière.

(I) Mém. au t.

de M. Otier, t. i, [). 144, 146, 14 7.

— Vie de M. 0lier, par M. de BretonvillierSyt.

alarmes en présence du très -saint Sacrement. » Enfin, de quarante qu’elles sont, il n’y en a que » très-peu qui n’aient fait des confessions générales » ou des revues du passé, avec tant de bénédiction, » que cette maison n’était plus reconnaissable lors- » que nous en partîmes ; car elles ont embrassé » l’oraison , la vie commune , et toutes ensemble » pratiquent maintenant ce que la plus petite partie » du troupeau avait commencé auparavant et con— » tinuait de faire depuis mon premier voyage.

» Béni soit à jamais notre bon Dieu qui prend » son temps et ses mesures comme il lui plaît, et se » sert de ce qu’il veut pour l’accomplissement de » ses desseins! Qu’il soit béni ce Dieu d’amour, qui, » seul, trouve en lui-même la cause et le motif du s> bien qu’il fait à ses créatures ; puisqu’il les en » comble souvent, quand elles le méritent le moins, s> et lorsqu’elles ne provoquent que sa colère ; ce » Dieu dont la plus grande gloire est de se servir » des instruments les plus faibles et les plus inutiles: Béni soyez-vous à jamais, ô mon Dieu, » maître absolu de ces petits serviteurs, qui en dis- » posez comme il vous plaît ; vous prenez plaisir à * les mener et à les conduire par la main , ô bon » Maître ! ô Maître tout puissant, vous êtes l’unique- » ment bon Maître. Vous savez que l’avant-veille » de ce voyage, je ne pensais pas à l’entreprendre, » et vous m’envoyâtes exprès mon directeur pour » me l’ordonner. Ce fut vous, ô mon Dieu ! qui re- » nouvelâtes cette bénite maison, que vous avez » tant aimée de toute éternité , et à laquelle vous » rendez tant de témoignages de votre saint amour. » Ce fut vous seul qui opérâtes tous ces prodiges, » par l’effusion de votre grâce, et la vertu de votre » sainte parole, qui, étant poussée par votre Esprit, » produit tous les effets qu’il lui plaît (1). »

L’abbesse de Fontevrault, informée du changement inopiné de la Régrippière, s’applaudit d’avoir invité le serviteur de Dieu à y porter ainsi la grâce

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