‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 195 sur 249 · LUMIÈRES COMMUNIQUÉES A M. OLIER · texte numérisé non relu

LUMIÈRES COMMUNIQUÉES A M. OLIER

la part si active qu’il prit , par ses conseils , à l’établissement de la nouvelle société.

Nous avons dit que Marie Rousseau devait s’abstenir de rien découvrir aux trois solitaires de Vaugirard, des lumières qu’elle avait reçues sur la réforme de la paroisse , et l’établissement du Séminaire de Saint-Sulpice , avant que le Père Bataille eût jugé à propos de leur en faire la première ouverture : néanmoins lorsqu’elle vit que Dieu avait rendu à son serviteur ses anciens dons , et lui en avait même communiqué de nouveaux , elle n’eut pas de repos , qu’elle n’eût enfin détrompé , à son sujet, les anciens compagnons de ses missions. Elle alla trouver ces Messieurs, les pria chacun de venir à Vaugirard, pour conférer avec lui : les assurant qu’ils seraient eux-mêmes frappés de le voir et de l’entendre. « Et ce fut elle, dit M. Olier, qui acheva » de les désabuser et de les délivrer de leurs pré- » ventions contre moi. Cette sainte âme travailla » par ses prières , ses veilles , ses mortifications et » une multitude de soins et d’autres peines, à nous » rassembler enfin à Vaugirard, nous qui étions de » pauvres errants, de pauvres aveuglés, de pauvres » brebis sans pasteurs (1). » Pressés, en effet, par cette grande servante de Dieu , et désirant de connaître la vérité par eux-mêmes , plusieurs de ces ecclésiastiques, qui avaient été témoins des humiliations de M. Olier, se rendirent à Vaugirard. En le voyant , en l’entendant parler , ils ne pouvaient revenir de leur surprise , ni croire à un tel changement. Souvent ils l’avaient vu demeurer comme muet, lorsqu’il voulait exhorter les peuples : et depuis quelques jours sa langue était tellement déliée, il expliquait les mystères de la foi avec un langage si sublime , il traitait les vérités de l’Evangile avec tant de dignité , d’onction et de force , qu’ils ne le reconnaissaient plus. Au rapport du Père de Saint- Vincent , Dominicain , ils se disaient les uns aux autres : « Oh ! quel changement est celui-ci ! le doigt

M. Rousseau attire à Vaugirard les anciens compagnons de M.

Olier.

(1) Além. aut.

de M. Olier, t. vi, p. 217; t. h, p.

326, verso.

Olier , par le P.

de S. - Vincent, dans l'année Do.

1 " part, de sept. , in-4°, p. 422. — Rem. hist. t. ni, Vie de M. Olier, par le P. Giry, part. P", ch. xu.

Ibid.]>. 324, 325

M. Olier est l’un des héritiers de l’esprit du P. de Condren.

(2) Cloysault, Vies Ms. t. i, p 267;t. ni, p.287

» de Dieu est manifeste ; jamais homme n’a mieux » parlé de nos saints mystères (1);» et ils demeuraient convaincus que l’Esprit de Dieu leur parlait par sa bouche , comme autrefois par celle du Père de Condren.

Ceux surtout qui avaient joui plus longtemps des entretiens de ce saint personnage, étaient étrangement étonnés, croyant retrouver dans M. Olier ses lumières, ses maximes, sa sagesse, ses vertus, enfin un autre lui-même f. «Un de nos Messieurs, qui » avait été neuf ou dix ans avec le défunt Père de » Condren et avec M. Amelote son disciple, dit M. » Olier, fut vivement touché, ainsi que toute la » Compagnie, en m’entendant parler à un saint prê- » tre, qu’on m’avait adressé pour l’affermir dans sa » vocation , et l’animer au service de notre Maître ; » jusque là qu’il ne put s’empêcher de me dire à » moi-même , comme l’avait prédit cette sainte » veuve, qu’il avait été étonné et extrêmement tou- » ché de la beauté, de la grandeur et de la sainteté » des choses que j’avais dites, et qui étaient tout-à- » fait les mêmes que celles que disait le Père de » Condren ; qu’enfin je les expliquais mieux que M. » Amelote. Cela me confond , quand j’y pense; car » je suis un pauvre aveugle si misérable , un ver de » terre si chétif, que je m’étonne d’oser paraître de- » vant le monde, moi plongé si longtemps dans l’a- » veuglement le plus ténébreux, et l’objet de la » risée et des mépris de tous ceux qui maintenant » m’écoutent avec étonnement, et admirent mespa- » rôles. Ils peuvent bien le faire ; car moi-même » j’en suis tout étonné, sachant bien mon ignorance » et ma stupidité, et ayant été convaincu tant d’an-

f Les Pères de l’Oratoire en vinrent jusqu’à se persuader que M. Olier avait mis autrefois par écrit les pensées du Père de Condren, et que le livre de Y Introduction aux vertus chrétiennes , qu’il publia dans la suite , était un simple recueil ou abrégé des entretiens de leur défunt Général . tant cette unité de vues et d’esprit était frappante (2).

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