‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 211 sur 249 · CHANTAL · texte numérisé non relu

CHANTAL

NOTE 17, p. 363. — M. Olier commençait l’établissement de Vaugirard lorsqu'il apprit la mort d’une grande servante de Dieu, avec laquelle il eut très-probablement plus d’une fois des rapports, sainte Jeanne-Françoise de Chantal, fondatrice de la Visitation de Sainte-Marie. Sa grande dévotion pour saint François de Sales , dont il vénérait l’esprit et la grâce dans sa très-digne fille , et l’affection singulière qu’il portait à l’ordre de la Visitation , lui firent prendre beaucoup de part à cette perte. Mais il y prit part à la manière des Saints, c’est-à dire, en remerciant Dieu de la gloire dont il couronnait, dans le ciel, sa servante, et en redoublant ses prières pour l’institut qui se voyait privé d’un si ferme appui. Ces sentiments de son cœur, peints par lui-même dans une de ses lettres , sont une preuve trop frappante de

{t) Annales de l'Oratoire. Assemblée de 1662.

(21 Journal de la maison rue Saint-Honoré, t.

i, p. 395. — Recueil de Vies, de Cloysault, t m, p. 315.

(3) Mèm. aut.

de M. Olier, t.n, p. 134.

(4) Vie du P.

de Condren, édit, de 1657, livre h, ch. xxiv.

(5) Lettres diverses de M.

Tronson, t. i, p.

NOTES

il) Lettre ■> autographes de M.

()lier,\ j.323 324.

l’élévation et de la générosité de sa foi, pour les passer ici sous silence. Il écrivit à la Mère de Bressand, alors supérieure de la Visitation, à Nantes : «Votre douleur sur la perte que vous avez faite m’a touché sensiblement. Mais » si vous êtes bien chrétienne, vous trouverez au ciel, dès » maintenant, avec plus d utilité, d’efficacité et de sainteté, » ce que vous possédiez grossièrement sur la terre. Vous » en jouissiez à la façon d'Adam, et parce qu’elle était dans v cet état d infirmité , et parce que vous en usiez vous- » même par des voies terrestres : témoin votre tendresse et votre affliction si sensioles... Ne sommes-nous donc pas » bien loin de notre compte , ma très-chère Mère , quand » nous pensons être séparés et dépouillés de tout , quand » nous croyons vivre seulement en charité ? On dit , pour s excuser : G est qu’elle était utile à l’Ordre, et je regrette ia porte de l'Ordre. Mais, ma très-chère Mère, c’est notre ; appui charnel que nous pleurons; c’est pour l’objet de notre » amour natui el que nous soupirons. Car la bienheureuse » Mère de Chantal n’est pas moins pleine de charité pour » 1 Ordre , quelle ne 1 était sur la terre; elle n’a pas moins » les yeux sur tout 1 Ordre, ni moins d'efficace pour en pro- >■ curer le bien. Elle est en Dieu, elle est consommée en lui, » qui est l’amour, la sagesse et la puissance infinie. Mainte- » nant donc, elle vous aime, vous et tout l’Ordre , par cet » amour; elle vous voit, vous et tout l’Ordre, par cette sa- » gesse et cette connaissance, par lesquelles elle l’eclaire de •v toutes parts; elle l assiste par cette puissance, dans tous » les endroits où il est étendu , non plus par les faibles >: secours de sa plume et de ses avis , mais par l’efficace et » la vertu divines où elle est entrée, et d’ou elle produit les » effets que les cœurs bien disposés expérimentent.

» C est une beiie leçon que nous fait ce pauvre Canada, » dans la relation de cette année : ces jeunes convertis » disent que pleurer la mort des chrétiens, c est porter envie » à leur bonheur... Et que faut-il que nous disions nous- » mêmes?. ..Je ne vous puis celer que j'ai senti votre mal » avant vous ; et voulant prévenir vos souhaits, je demandai » beaucoup à Dieu (mais dans mes tiédeurs et faiblesses » ordinaires) qu'il lui plût prendre une nouvelle protection » de votre Ordre , à présent que ce secours sensible était » absent , et que celle par les mains de laquelle il semblait » porter et diriger votre institut lui était ôtée. Il le fera, et » sans doute les âmes bien fidèles éprouveront ce que c'est » que de se confier en lui ; je le prie tout de nouveau qu’il » vous donne son Esprit d’enfant : Esprit de confiance et » d’abandon entre les mains de votre Père , qui a plus » d’amour et de soins de votre chère âme , que vous ne le » pourriez concevoir (1). »

GRAND-SÉMINAIRE FORMÉ PAR LA DIVINE PROVI¬ DENCE A VAUGIRARD : IL EST L’OCCASION DE SEMBLA¬ BLES ÉTABLISSEMENTS EN FRANCE , COMME L’AVAIT ANNONCÉ LE PÈRE DE CONDREN

Le cardinal de Richelieu eut bientôt appris le but du nouvel établissement, formé à Yaugirard et le nom de ceux qui le commençaient. La naissance et le mérite de ces ecclésiastiques ne lui étaient pas inconnus. Dans les entretiens qu’il avait eus avec le Père de Condren , quelques années auparavant, pour savoir de lui quels étaient les sujets les plus dignes de l’épiscopat, cet homme de Dieu lui en avait nommé quelques-uns, en ajoutant, comme on l a déjà vu, qu’il en connaissait d'autres très-capables dont il n’osait lui faire mention, Notre-Seigneur voulant se servir d’eux pour un grand dessein. Dès que la nouvelle de l’établissement formé à Vaugirard parvint aux oreilles de ce ministre, il jugea aussitôt, par sa grande pénétration, que ces ecclésiastiques étaient ceux dont le Père de Condren lui avait parlé, sans vouloir les désigner personnellement ; et comme il méditait alors l’établissement d’un séminaire d’évêques , il résolut de les avoir auprès de lui , afin de s’en servir pour former cette maison , et les placer dans la suite selon se’s vues. Dans ce dessein , il donna ordre à la duchesse d’Aiguillon, sa nièce, d’aller les trouver de sa part, de leur témoigner l’estime qu’il faisait de leur mérite, d’ajouter qu’il était extrêmement édifié de leur retraite, mais qu’il voulait être pour quelque chose dans leur établissement ; et que, sachant combien

Le cardinal de Richelieu veut attirer les solitaires à Ruel : ils le remercient.

(1) Histoire du diocèsede Paris , ■par Lebæuf, t.

vu. Paroisse de Ruel, p. 160 et suiv.

(2) Mèmoir.de M. Baudrand, p. 16, 17.

Premiers séminaristes.

Comment ils sont attirés à Vaugirard.

* NOTE 1 , p.

Bourdoise, Ms.

in-4°. — Vie du même, Ms. in-folio, liv. iv, ch. iv. — Vie deM.

Olier, par le P.

G.rtj, partie lre, chap. xii.

(4) Mémoires de M. Baudrand, p. 17.

(5) Mémoires de M. du Verrier, pag. 155. — Vie de M.dc Queylus par Grandet.

(6)t. ii, p. 1 1 9,

ils étaient mal logés , il leur offrait son château de Ruel (1) pour y faire leurs exercices , dans la solitude , et avec une entière liberté ; promettant d’appuyer leurs desseins de tout son crédit , et même de l’autorité du Roi, qui leur était assurée*]*. Une proposition si généreuse, bien digne delà religion du cardinal et de sa grandeur dame, fut reçue de M. Olier et de ses compagnons avec autant de reconnaissance que de respect. S’ils eussent été moins jaloux de fonder leur établissement sur Dieu seul, ils auraient pu regarder la démarche du cardinal comme une occasion ménagée par la Providence pour assurer le succès de ce dessein ; mais ne voulant reconnaître que Dieu pour appui et pour fondateur, ils prièrent la duchesse d’Aiguillon de représenter au cardinal , qu’étant venus se fixer à Vaugirard pour y vivre dans la solitude, il leur serait bien difficile de suivre leur attrait dans la maison et dans la compagnie d’un premier ministre, et qu’ils suppliaient très-humblement Son Eminence, avec toutes les instances dont ils étaient capables, de les laisser dans le lieu qu’ils occupaient, précisément parce qu’il était pauvre et caché (2).

Cette réponse , loin de refroidir le cardinal à l’égard de ces, ecclésiastiques et de lui déplaire, ne fit qu’augmenter son estime et sa vénération pour eux*, et surtout pour M. Olier. Elle leur attira même l’admiration de toute la Cour, et engagea plusieurs jeunes ecclésiastiques de mérite à se joindre à eux, pour se former aux vertus apostoliques (3). M. Louis Henri de Pardaillan de Gondrin , alors âgé de vingt-deux ans (4), et M. Gabriel de Thubières de Queylus, abbé du Loc-Dieu, furent les premiers séminaristes reçus à Vaugirard (5). M. Pierre delà Chassaigne, prévôt du chapitre de Brioude, y entra

-f L’auteur des Vies des quatre évêques engagés dans la cause de Port-Royal (6), en rapportant ce fait, en a tellement altéré toutes les circonstances, fqu’il est impossible de le reconnaître.

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