‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 213 sur 249 · RÉGLEMENTS DU SÉMINAIRE DE VAUG1RARD · texte numérisé non relu

RÉGLEMENTS DU SÉMINAIRE DE VAUG1RARD

cation, et à celui du catéchisme ; fonctions que tous les directeurs du séminaire avaient exercées pendant huit ou dix ans, dans les travaux de leurs missions.

Dès-lors et comme on a continué depuis au séminaire de Saint-Sulpice , on leur donnait le soir, ordinairement de deux en deux jours , des sujets d’oraison de vive voix; le matin ils employaient une heure entière à ce saint exercice ; on les conduisait en promenade une fois la semaine ; les jours de leurs communions ordinaires , étaient les dimanches et les jeudis (1) ; sans parler de quantité d’autres semblables pratiques, qu’on peut voir encore dans le règlement du séminaire de Saint Sulpice. Car c’est à Vaugirard que furent faits, et que commençèrent d’être mis en usage, les règlements principaux observés depuis, dans les séminaires de Saint-Sulpice. « Ayant à dire, rapporte M. du Fery> rier, parlant de Vaugirard, comme la bonté de » Dieu fit réussir ce que tout le monde croyait im- » possible, je ne prétends pas mettre ici les règle- » ments qu’on y fit, ni le détail des exercices pour » former les ecclésiastiques , et pour reconnaître » s’ils étaient appelés de Dieu à cet état (2). » Pour qu’il ne manquât rien à la perfection des règles et de l’ordre qu’on établit à Vaugirard , Dieu voulut même que M. Olier et ses collaborateurs joignissent à leurs propres lumières , celles des hommes les plus sages et les plus expérimentés de ce temps, qu’il y eût à Paris : saint Vincent de Paul, dom Grégoire Tarrisse, le Père Bataille, le Père de Saint- Juré, alors recteur du noviciat des Jésuites, rue Pot de fer (3), le Père Hayneuve , M. Bourdoise, les Pères de l’Oratoire, de Monchi et Bouchard, qui tous voulurent bien les aider de leurs conseils dans la formation du nouvel établissement. « Cet excel- » lent homme, dit M. du Ferrier, parlant en par- » ticulier de M. Bourdoise, nous fut très-utile dans » les commencements, et nous communiqua beau-

Réglements du séminaire de Vaugirard.

(1) Mémoires autographes de M. Olier.

(2) Mémoires de M. duFerrier,

(3) Archives de l’Empire.

Carton L. 1217.

Celte rue est aujourd’hui appelée Bonaparte.

( 1 ) A rchives de l’Empire. — Cart. L. p. 158.

Bourdnise. Ms.

in-4°, p. 514.

(3) Mémoires de M.duFerrier, p. 155.

(4) Vie de M. Bourdoise, Ms., in-4° p.

(5) Vie de saint Vincent de Paul, par M . l’abbé Maynard, t. n, p. 174.

» coup d’écrits et de mémoires dont nous profitâmes f (1). » L’historien de ce dernier ajoute : « Il alla les trouver à Yaugirard , et les aida pen- » dant trois semaines environ , à former un corps » de séminaire ; ce qui arriva au mois de février » 1642 (2). « Aussi, M. du Ferrier , qui écrivit ses mémoires longtemps après, fait-il remarquer, que le séjour de ces jeunes Messieurs à Yaugirard « ne y> fut pas une petite grâce de Dieu, pour les former » à l’état ecclésiastique, où » ajoute-t-il, « ils ont » réussi avec tant de bénédiction (3). « ff Ces bénédictions que Dieu se plaisait à verser ainsi sur l’établissement naissant de la Société et du séminaire de Yaugirard, faisaient direàM.Olier avec autant de reconnaissance que d’étonnement : » Je me suis réjoui, et je me réjouis encore envoyant » que ce qui se fait journellement dans la petite » compagnie , n’est point attribué à personne de » nous, et qu’il est évident que Dieu seul fait ici » toutes choses ; car il n’est pas un de nous qui » puisse donner sujet au monde de dire : Un tel a » fait cette œuvre. O ! que Dieu soit béni, qui veut » seul se glorifier dans son ouvrage ! Je vois quel- » quefois mon néant , et celui de toute la Compa- » gnie, avec une lumière si pure et si claire ; je suis » si fort convaincu de notre incapacité et de notre » impuissance à rien faire pour Dieu , qu’il me » semble que tout va se perdre, que toute la société » va se ruiner, n’y ayant rien en nous qui puisse y> nous faire subsister un instant. Ces vues de notre

f M. Bourdoise avait composé, en 1633, plusieurs conférences sur les qualités nécessaires à des prêtres de communauté; et on avait aussi à Saint-Nicolas plusieurs recueils de l’Ecriture, des Conciles et des Pères, que M. Beuvelet en 1654 réduisit en forme de méditations (4).

ff Tous ces détails doivent servir de correctif, à ce qu’on lit dans la dernière Vie de saint Vincent de Paul : que le séminaire de Vaugirard ne fut apparemment qu'une réunion de piété, sans étude de théologie ; une simple association d’ecclésiastiques et de prêtres, où rien n’était encore organisé (5).

on blame l’établissement de vauoirard 383

y> néant, qui me remplissent de méfiance de nous- » mêmes, me font reconnaître Dieu comme l’unique » conservateur de notre Société, pour tous les mo- Mjm°-res » ments de sa subsistance (1). » lV, p. 310.^’

M. Olier était d’autant plus convaincu de la né- V. cessité du secours de Dieu, pour affermir l’œuvre On blâme naissante du séminaire, qu’il la voyait traversée et hautement à combattue par des personnes du plus grand poids. blisscment de Sans parler des plaisanteries que l’on faisait sur Vaugirard. le lieu qu’il avait choisi pour jeter les fondements de cette entreprise, il se trouvait des ecclésiastiques qui, tout charmés qu’ils étaient de la voir commencer, ne pouvaient goûter les moyens qu’il prenait, ni en augurer favorablement. D’autres disaient tout haut, qu’il était contre le sens de laisser là les missions, dont les fruits avaient été si abondants, pour tenter au hasard une œuvre si incertaine , et pour s’opiniâtrer à reprendre un édifice qui s’était ^ vie (]e M écroulé presque aussitôt qu’on en avait posé les Olier, par M. de premiers matériaux (2). On ne concevait pas , en Sretonmlhers, t. effet, qu’après avoir évangélisé avec tant de succès plusieurs provinces, et avoir rempli toute la France du bruit de ses missions, M. Olier voulût enfouir le talent, et cacher la lumière évangélique sous le boisseau , en allant se confiner dans un village.

L’un des Supérieurs ecclésiastiques du diocèse de Paris , lui fit même , dans ces circonstances, une proposition qui, toute extraordinaire qu’elle paraît, montre néanmoins combien le projet de Vaugirard, que presque tous regardaient comme une pieuse chimère , semblait contraire aux hautes espérances qu’on avait conçues de son zèle et de ses talents.

» Après que j’eus parlé à mon directeur, dit le ser- » viteur de Dieu , je m’en allai visiter le grand- » vicaire de monseigneur l’archevêque (car alors il » n’y en avait qu’un). D’abord, et après peu de dis- » cours : Je désirerais bien , me dit— il , que vous » voulussiez entreprendre un voyage pour la gloire » de Dieu : ce serait d’aller à Rome , et d’y établir

(1) Mémoires an t. de M. Olier, 1. 1. — Copie des Mémoires aui.dc M. Olier , 1. 1, p.

Efforts, jusqu’alors impuissants, pour procurer l’établissement des séminaires en France.

(2; Traité des séminaires, par M. Godeau , évêque de Vencc, in-

(3) Collection des procès verbaux, assemblée de 1025. C. xx, l. n, p. 500.

Ibid, de 1708.

(4) Bibliothèque impériale, 36283.

» une mission qui irait par tout le monde. Saint » Pierre et saint Paul, ajouta-t-il, ne sont pas de- » meurés renfermés dans quelques endroits parti- » culiers de la Judée ; ils sont allés à Rome. Il faut » aussi vous-même aller en ce lieu-là : je vous le » dis encore une fois, vous y devez aller; je le sais » bien; vous y penserez. Ces paroles m’étonnèrent, » étant prononcées par cette personne-là, et avec » tant d’assurance (1). »

C’était sans doute l’inutilité prétendue du projet de Vaugirard qui faisait parler ainsi ce grandvicaire. Car, d’après la persuasion commune, l’établissement des séminaires était alors regardé comme une entreprise impossible ; et, à en juger par l’expérience du passé, cette persuasion n’était pas sans fondement. Depuis quatre-vingts ans que le concile de Trente en avait ordonné l’érection , on n’avait point encore vu en France les fruits d’une institution si ardemment désirée, malgré les nombreuses ordonnances rendues sur ce sujet par divers conciles. Dans quelques diocèses , ces ordonnances avaient été rejetées par les Chapitres ; ailleurs, elles étaient restées sans exécution , ou n’avaient pas été longtemps en vigueur (2). A force d’instances et de sollicitations , M. Bourdoise , le docteur Duval et quelques autres, parvinrent à engager l’Assemblée du clergé de France f, à délibérer de nouveau sur cette matière ; et ce fut alors

•j* Dans la vie manuscrite deM. Bourdoise que nous suivons ici, on lit que cette assemblée eût lieu en 1629, ce qui est une aberration de copiste : puisqu'il n’y eût aucune assemblée du clergé cette année-là. Il s’agissait sans doute de celle de 1625, qui loua et approuva l'érection de maisons cléricales, proposées par M. Godeffroy, sous le nom de séminaires , ou collèges de saints exercices (3), ce qui était aussi le titre du petit écrit qu’il présenta à l’Assemblée (4) , et qui n’eut aucun résultat. C’est vraisemblablement de cet écrit qu’on lit dans la vie de M. Bourdoise : que celui-ci l’ayant vu dit à l’auteur, que ce projet paraîtrait admirable aux évêques; mais que le fruit qu’il en retirerait ne vaudrait pas l’argent qu’il aurait dépensé pour le livrer à l’impression.

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