‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 222 sur 249 · LE SÉMINAIRE, OEUVRE, DE LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

LE SÉMINAIRE, OEUVRE, DE LA PROVIDENCE

» de mes désolations, de mes obscurités, et de l’a- » veuglement où il avait plu à la bonté divine de me » tenir deux ans entiers. Je me souviens que je » souffris ces peines sans nombre, dès que je me » joignis à eux, qui ne voyaient plus en moi qu’un » pauvre réprouvé, et me traitaient comme tel. Bé- » ni soit Dieu, qui fait toujours ses œuvres par le > plus pauvre, qu'il élève de terre et du fumier où » il était étendu : Suscitans à terra inopern, et de » stercore elevans pauperem (1).

« Quand je fus associé à cette compagnie, et que » je tombai dans cet état de désolation, je ne pen- » sais pas alors que jamais Notre Seigneur voulût » se servir de moi pour procurer sa gloire. C’est » renverser toute la sagesse humaine, et montrer » qu'il n’a besoin de rien pour faire ce qu'il lui plaît. » Si quelqu’un me l’eût dit à moi-même, je m’en se- * rais moqué : tant les œuvres que Dieu fait par moi » sont éloignées de mon insuffisance et de ma stu- » pidité. Dieu soit béni de tout ; il veut seul paraître » l’auteur de son ouvrage ; personne ne pourra partait geravecluirhonneurqu’ilenattend(2)*.» «Avant- » hier, à la conférence de l’Ecriture sainte, il fallut » expliquer un chapitre très-difficile de saint Jean, » où il est parlé de la Samaritaine. Je recevais tant » de lumières en l’expliquant, que tous ceux qui » m’écoutaient donnaient des témoignages de leur » satisfaction et de leur surprise ; les messieurs de » notre Compagnie surtout ÿ ne pouvaient s'imaginer que ce fût moi-même qui leur parlât de la » sorte, vu qu’autrefois ils me faisaient tous la le- » çon et paraissaient plus entendus que moi en

(1) J twioires nui. de M.Olier , I. il, pi g. 165, 166, 16", .

(2) Ibid., pag.

' NOTE 6, p.

-J- Les directeurs du séminaire étaient présents, aussi bien que les séminaristes à ces conférences; et. ce fut l'origine de l’usage longtemps observé par les prêtres de la communauté de la paroisse de Saint-Sulpice à Paris, d’assister aux conférences d'Écriture Sainte, que l’on faisait au séminaire, toutes les fois qu’ils n’étaient pas appelés, ou retenus ailleurs par leurs fonctions.

(3] Mémoires aut. de M. Olier,

XYI.

Fondements de l’esprit du séminaire : 1° le crucifiement du vieil homme.

(2) Mémoirts de M.du Ferrier, p. 172.

» toutes choses. C’est ce qui me réjouit ; car ma plus » grande joie est de voir que chacun est convaincu » que ce que je puis dire n’est pas de moi, mais de y> Dieu seul, et qu’on y ait croyance ; et que chacun » vive selon les maximes chrétiennes qu’il plaît à » Dieu de m’enseigner tous les jours (3).

M. Olier avait appris, par ses longues épreuves, la pratique des maximes chrétiennes qu’il devait enseigner aux autres, c’est-à-dire, le renoncement à la vie d’Adam, et ensuite l’établissement de la vie de Jésus-Christ dans ses membres. Ce furent là les grands principes qu’il suivit constamment dans la conduite des âmes, et la base sur laquelle il édifia toute la perfection de sa société. « Nous convînmes » dans notre retraite de Vaugirard, dit M. du Fer- » rier, qu’il ne fallait rien attendre de bon d’un » ecclésiastique, s’il n’était convàincu que, pour » vivre en chrétien, et puis monter à la vocation » ecclésiastique, il fallait mourir à Adam et vivre à » Jésus-Christ, conformément à l’instruction que » saint Paul donnait aux nouveaux convertis, comme » pour leur servir de catéchisme ; qu’il fallait en » convaincre tous ceux qui venaient au séminaire, » s’ils ne l’entendaient pas 'déjà; et que, s’ils ne la » goûtaient point, il n’en fallait rien attendre ; qu’on » pourrait leur dire : Ideo vos non auditis, quia ex » Deo non estis, et qu’afin qu’ils ne pussent pas en » douter, il fallait leur mettre devant les yeux les » paroles de l’Apôtre aux Romains, chap. VIe, ver- » set 3, et leur dire : Ignorez-vous que nous tous, » qui avons été baptisés en Jésus-Christ et enseve- » lis dans l’eau et retirés ensuite, nous avons reçu » l’impression des mystères de sa mort, de sa sépul- » ture et de sa résurrection, afin de commencer une » vie, non plus du vieil Adam, mais du nouveau ; » une vie de mort pour tout ce que la nature, les » sens et le monde aiment et estiment, et de résur- » rection conforme à celle de Jésus-Christ dont » nous avons reçu l’Esprit (1) ? »

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