‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 235 sur 249 · IV. SÉMINAIRE ÉTABLI AU COLLÈGE DES BONS- ENFANTS A PARIS · texte numérisé non relu

IV. SÉMINAIRE ÉTABLI AU COLLÈGE DES BONS- ENFANTS A PARIS

Le continuateur de l 'histoire de l’église catholique en France, parlant de l’établissement des grands séminaires, s’est exprimé de manière à faire croire que l'essai d’un séminaire de ce genre fait à Paris par saint Vincent, pour douze sujets, précéda de quelques années celui de M. Olier à Vaugirard. « Vincent, dit-il, établit au collège des Bons-enfants » un grand séminaire, ainsi qu’on dirait aujourd’hui , où il » reçut de jeunes théologiens, pour y passer deux années. » Cette nouvelle œuvre fort goûtée dès sa naissance, se » propagea bientôt en France, et dans les pays étrangers; » néanmoins elle parut demeurer stationnaire, et rester à » l’état d’essai pendant encore quelques années, jusqu’à ce que » le zèle de M. Olier eût donné à l’œuvre des séminaires. » tout son essor. Dieu parut avoir plus spécialement réser- » vé à ce pieux personnage , émule autant que disciple et » ami de Vincent de Paul, l’établissement et la conduite des » séminaires, qui, dans ses desseins, devaient donner à la » France ce clergé auquel toute l’Eglise rend hommage au- » jourd’hui (3). »

Il est difficile de bien saisir ce que le continuateur de Monseigneur Jager a voulu dire en cet endroit ; et ce qu’il entend par l’essor que le pè/e de M. Olier donna à l’œuvre des séminaires. Il serait tombé dans une inexactitude manifeste, s’il avait supposé que le fondateur du séminaire de Saint- Sulpice ne commença son œuvre qu’après qu’avait eu lieu, au collège des Bons-enfants, le changement dont il parle.

(1! Vie Ms. de P. Ttonal. Vie des quatre évêq. ,

(2) Sairit Vincent de Paul, etc.

(3) Histoire e l’Eglise catholique en France, par Jager, l.xvi, p, 551.

NOTES

(I) Lett. du 9 février 16 4 2.

(>) Sain ! Vincent de Paul elc.

t. Il, p. DO.

V6) Id. ibiil., (j. 1 7 ! , . ' à.

(4) Saint Vincent de Paul , t.

il, p. 16.2.

(J>) Mém.aut.

de )1. Olier, t.n, p. 168, 169.

Le séminaire de Vaugirard, en effet, date au plus tard des premiers jours de janvier 1642. et ce n’est qu’au mois de février suivant que, sur l’invitation et les encouragements du cardinal de Richelieu, saint Vincent de Paul, reçut, par manière d’essai , douze séminaristes proprement dits . au collège des Bons-enfants, qui jusque là n'avait été destiné qu’à des élèves appliqués à l’étude du latin. C’est ce qui se voit dans une lettre déjà citée du saint fondateur de la Mission (!'; c’est ce que disent unanimement Abelly, Collet, et le dernier historien de saint Vincent de Pauj. Ce dernier, que le continuateur de l 'histoire de l’ Eglise en France a certainement consulté sur la question qui nous occupe, n'allègue pas contre la priorité de Vaugirard la date de l’essai fait au collège des Bons-enfants, mais celle des séminaires d’Annecy et d’Aleth : «Ainsi, dit cet auteur . au > commencement de février 1642. le séminaire des Bons-en-

fants allait naître ; le séminaire d’Aleth existait, ainsi que >; celui d’Annecy (2).» Il dit encore ailleurs :«11 y a lieu de croire » que le séminaire des Bons-enfants fut non pas établi mais >; organisé avant celui de Saint-Sulpice (3j » On a dit déjà ce qu'il faut penser de cette priorité d’organisation déniée au séminaire de Vaugirard; ce n’est pas le lieu d’y revenir. Il est au moins admis par le dernier historien de saint Vincent de Paul, que le séminaire établi au collège des Bonsenlants ne le fut pas avant celui de Vaugirard.

Nous ne parlons pas du séminaire interne de la Mission que saint Vincent de Paul établit en 1657 et dans lequel, durant deux années entières, il exerçait à toutes les vertus de leur état ceux qui voulaient s’attacher à sa Congrégation. Malgré la similitude des noms, et quoique on en ait dit (4;, cette maison n’était pas un grand séminaire, mais un noviciat.

NOTE 6, p. 399. — « Dans l’établissement de l’Eglise, ce » grand œuvre de sa puissance , Dieu, dit M. Olier, s'est » servi de la petitesse en la personne de Jésus-Christ, pour » l’entreprendre, afin qu’on vît ouvertement qui avait élevé » ce grand ouvrage. Il s’est servi de l’extérieur humble et » petit de Jésus-Christ. sonFils. de ses petites prédications. » de ses persécutions, de sa croix, et ensuite de la folie de » ses maximes, de la faiblesse de ses Apôtres, de leur igno- » rance, pour abattre le monde, et renverser l’orgueil et la » sagesse de Satan. C’est le dessein de Dieu , de vouloir » paraître en tout l’auteur de son ouvrage, et de ne souffrir » que personne . pas même son Fils cet instrument si par- » fait , si divin , lui dérobe rien de sa gloire. Ainsi Dieu » prend plaisir à employer pour ses œuvres ce qu’il y a de » plus abject et de plus indigne (5) , et s’il se sert de moi

» dans les petits emplois de la Compagnie, c'est que je suis le (1) Mém.aut » plus impertinent de tous (1). » de M . Olier, 1. 1

ABANDON DE SOI-MÊME A 1,’eSPRTT DE NOTRE - SEIGNEUR

NOTE 7, p. 405. — «Dieu m’a fait connaître, par le chanü gement qui s’est opéré en moi, dit M. Olier, un stratagème ■» de l’amour-propre: c’est de nous appliquer toujours à nous » considérer nous-mêmes, sous le beau prétexte de regar- » der notre misère pour nous en corriger; et c’est, en » effet, le moyen de n’en sortir jamais; car nous ne faisons » alors que nous décourager et perdre le temps, n’étant » pas capables de nous élever au-dessus de nous-mêmes.

» Le moyen qui m’a beaucoup aidé, et qui en a aidé beau- » coup d’autres, à qui je l’ai proposé, c’est qu’étant comme je ï> suppose, dans la grâce qui rend le Saint-Esprit présent » en nous, et ayant la volonté sincère de nous corriger de » nos défauts: au lieu de les éplucher -j-, il faut nous donner » fréquemment au Saint-Esprit, afin qu’il nous élève au-des- » sus de nous-mêmes, et nous fasse agir par lui. C’est donc »à cet Esprit qu’il faut nous abandonner ; nos âmes s’étant » égarées, déviées et aveuglées, il nous a été donné pour » les redresser, les diriger, les éclairer. C’est lui qui est » notre principal directeur, comme il l'était de notre Sei- » gneur Jésus-Christ, de qui il est dit: Ductus à Spiritu in » desertinn; rediit in Spiritu, et autres paroles semblables.

» Aussi, une âme vraiment chrétienne n'est-elle appelée spi-

rituelle , que parce qu’elle est conduite par le Saint-Esprit.

» O! quel trésor que celui-là! quel incompréhensible bien- » fait î Combien de chrétiens laissent le Saint-Esprit im- » puissant en eux-mêmes, pour ne pas vouloir consentir à » son opération divine ! Quel prodige que cet Esprit, tout- » puissant hors de nous, se tempère tellement avec nous,

» que nous pouvons empêcher ses desseins, et lui résister » si nous voulons ! Tous les hommes ensemble ne seraient » pas capables d’arrêter le mouvement d’une planète qui n’a » cependant pour principe que la force d’un esprit célestef f,

f M. Olier ne veut pas exclure ici les examens de conscience, mais seulement ces retours inquiets et curieux sur soi même, qui sont ordinairement le fruit de l’amour-propre.

Sa doctrine, en cette matière, est analogue à celle de saint François de Sales. Introduction à la vie dévote, part, xv, chapitre ix. — Traité de l’amour de Dieu, liv. vm. chap. xiv.

ff C’est le sentiment des anciens sur le mouvement des astres. S. Thom. i, p. quæst. 110. art. m . Natura corporalis

NOTES

(I) Mém avt.

de W. Olier , 1. 1, p. 125, 126.

( 2) Vies de Belig. de la Visitation, t. XIV.

(;') Mém. aut.

» et un homme, quoique seul, peut, par sa liberté, s’opposer aux mouvements de l’Esprit créateur, qui attend son » consentement pour faire agir sa puissance divine. (1) »

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