IX. Le saint Évêque de Genève fit plus encore en fa
S. François veur du jeune Olier, que de prédire sa vocation, de Sales veut Après avoir dit à sa mère qu’elle ne devait plus avoir M. Olier s’arrêter à ses doutes , et l’avoir engagée à changer auprès de lui ges craintes en actions de grâces, il pria l'intendant poui îeievei.^ cjonner son füs pour qu’il le formât lui-
même aux vertus et à la science ecclésiastiques. « Ce bon Prélat, » écrivait dans la suite M. Olier, « témoignait à mon père vouloir me retirer auprès /j) Mémoires » de lui , pour m’élever à la piété (2). » Son dessein aut,. de M. Olier, était, en quittant Lyon, de remettre à son coadjut. i, p. 130. teur confite du diocèse de Genève, et de se retirer dans une espèce d’ermitage, situé sur le rivage du lac d’Anneci. Il y avait déjà fait bâtir cinq salit1 François ou S1X cellules (3) , et c’était dans cette solitude de Sales , Ve- qu’il se proposait d’avoir le jeune Olier auprès de écrits^ de divers sa personne, comme autrefois le grand-prêtre Héli part, iv, ch. vi. eut en sa garde la jeunesse de Samuel. Cette réso-
(4) Vie de M. lution mérite une attention particulière (4). Saint ^retonviiliers François de Sales s’était longtemps efforcé, mais en t. i. p. 18. L. vain , d’établir un séminaire pour son diocèse, et Grandet , i ies, surtout de former trois hommes capables d’en
Mémoires surM. prendre la direction. Trois ans avant le trait que oher , par M. n0us venons de rapporter, M. Bourdoise lui ayant
Baudrand,x>. 1 . . ...... ,
— La rie de M. un jour témoigné son etonnement de ce qu il ne Olier , par le consacrait pas ses talents à la formation des ecclé- Peie Giry,xvd\<L sjas^ques5 « j’avoue, lui avait répondu le saint Évê- Remarqnes his- » que, et je suis très-persuadé qu’il n’y a rien de pagif 5oi * In ’ * plus nécessaire dans l'Église; mais après avoir
(5) La Vie de y> travaillé moi-même pendant dix-sept ans à for- M. Bourdoise, » mer seulement trois prêtres, tels que je les sourie? PifsS10’ du * haitais, pour m’aider à réformer le clergé de mon même, in-4°, p. » diocèse: je n’ai pu en former qu’un et demi; et je 214, etc. -Sen- n’aj pensé aux filles de la Visitation et à quelques
16YIC6S ClU YflêîYlC ‘ x J- J.
Des prêtres, » séculiers, que lorsque j’ai eu perdu toute espé- XjfXc'a }> rance a R egard des Ecclésiastiques (5).» La résomus racontait le lution contraire, que prit saint François de Sales
ENFANCE DE M. OLIER
en faveur du jeune Olier, lui fut donc inspirée par même trait, ib. l’assurance de former en lui un ecclésiastique digne Vre in'4*’ p- 215 de ses soins , ou plutôt par la connaissance surnaturelle qu’il avait dès lors des services que cet en- +NÜTE s tant rendrait un jour à l’Église.* Depuis cette heu- " ’ p' ’ reuse entrevue, il conçut pour le jeune Olier toute l’affection et la tendresse cl’un père ; et celui-ci de son côté éprouva pour le saint Évêque la plus filiale confiance et l’amour le plus respectueux. Dès ce moment, et jusqu’à sa mort, il ne lui donna plus que le nom de père. « Si je le nomme parfois mon » père, » dit-il, prêchant un jour le panégyrique de ce Saint, que la voix des peuples canonisait déjà, ri^
« c’est que j’ai eu le bien d’avoir reçu... sa bènédic- Sales. Ms. de »tion, et d’avoir porté la sainte soutane par SQS M-0her:exorde' » saints avis et son conseil (1). * » *N0TE 9, p. 42.
Mais déjà le saint Évêque touchait à la fin de sa x. vie ; il ne devait plus revoir son église d’Anneci; et s. François sa mort, qui arriva peu de jours après, fit succéder de Sales bénit les regrets les plus amers à ces douces espérances. M. Olier avant La seule consolation que monsieur et madame de mounr- Olier purent goûter, fut de lui présenter encore leur fils, qu’il bénit pour la dernière fois. M. Olier père attendait à Lyon les deux Cours de France et de Savoie : sachant que saint François de Sales (2) La Vie de devait accompagner cette dernière, il fut ravi de lui témoigner, dans cette circonstance, la haute par le R. p. de estime qu’il faisait de son mérite et de ses vertus, la Rivière> liv-
” .,. , iv. chap. lviii,
et lui offrit, avec beaucoup d instances (2), lap. 652.
moitié de son hôtel situé à la place de Bellecour (3),
lequel, étant d’une très- vaste étendue (4) et proche (3) Histoire du
le monastère de la Visitation, pi esentait d aillcuis ^ e iiy. x,
toutes les commodités désirables (5). Le saint in-4°, p. 564.
Évêque arriva le 29 novembre ; mais, par amour
pour la pauvreté, il refusa de loger dans la maison J^ïn. mTÏ*
de l’Intendant. Il répondit à M. Olier et à d’autres page 455.
personnes de considération qui lui faisaient les
mêmes instances, qu’ayant prévu la difficulté
qu’il y aurait de se loger (les deux Cours étant ksoiuer> iib. Vn.
Lyon), il s’était déjà assuré d’un logement assez commode pour lui, et qui ne pouvait lui manquer. On le crut; mais on fut bien surpris, lorsqu’on apprit qu’il n’avait pour tout logis, que la chambre du jardinier de la Visitation, exposée à tous les vents, et où demeurait de plus le confesseur du monastère. Les instances recommencèrent aussi inutilement ; et, comme on ne cessait de lui représenter qu’il souffrait beaucoup dans un lieu (1) Histoire1. . 1. r .... ,
du bienheureux Si incommode : «Je ne suis jamais mieux, repon--
François de Sa,- dit-il avec douceur, que quand je ne suis guère de’ % aies W pa^ bien (1). » Enfin il parut si résolu à n’en point 5(>4 et 565. sortir, qu’on fut contraint de l’y laisser.
Bientôt il tomba dans une grave apoplexie, et le bruit s’en étant répandu dans Lyon, on fit, le jour même, des prières publiques dans toutes les églises de la ville. Il y eut une affluence extraordinaire à la chambre du jardinier. Le duc de Nemours, Henri de Savoie, quoique alité et vivement tourmenté de la goutte, s’y fit conduire en grande hâte, et se prosterna à deux genoux devant PÜ8' Ie ht du saint Évêque (2). Madame Olier, sans
pouvoir cacher son émotion ni ses larmes, y accourut suivie de ses enfants , pour servir ellemême ce saint malade, qui lui avait procuré tant de consolations. Mais tous les soins devenaient inutiles. Inconsolable de voir ravir sitôt à sa famille cet ange tutélaire, elle désira de recevoir au moins sa bénédiction , et d’entendre de sa bouche une dernière parole. Le saint Évêque, accablé par le mal, n’en put proférer aucune ; il leva cependant , quoique avec peine , son bras presque défaillant par suite d’une abondante saignée, et il la bénit. Madame Olier désira pour ses enfants la même faveur, et ne pouvant, sans doute à cause de ses sanglots , en exprimer la demande au saint Évêque lui-même , elle pria l’un des assistants, M. Robert Berthelot, évêque de Damas, de la demander pour eux. Saint Fran-
ETUDES DE M. OLIER
çois de Sales leva de nouveau le bras et les bénit (1). ,;i) La Vie de
C’était le jour de saint Jean l’Évangéliste, l’une messirc Fran-
des fêtes du jeune Olier : «Ce bon prélat, dit-il, par M.^Lon-
» me donna, un jour devant que de mourir, Sa mf-ierre, Lyon,
» sainte bénédiction à Lyon (2).* Quoique les his-iG2t’ p‘ 4G2'
toriens du saint Évêque de Genève ne nous aient ' aT°ïe io,p.42
point transmis les circonstances de cette entrevue, (2) Mémoire s
on est fondé à croire que, dans ce moment, le “wt,' d* M{^ier’
cœur si aimant de saint François de Sales répandit
sur le jeune Olier les plus doux sentiments de sa •
tendresse, et que ce père mourant pria le Seigneur
d’achever, dans son fils adoptif, l’ouvrage qu’il
était contraint de laisser imparfait : car l’un de
ses historiens remarque que lorsque le saint
Évêque bénit les enfants de madame Olier, le
mal ne lui avait pas ôté la présence d’esprit (3); (3) La vie de
et un autre ajoute, que quoiqu’il ne pût les bénir saint François
qu avec peine, il le ht neanmoins avec une jacon test in-4°, c/i«r
asse\ contente et paisible (A). «Je ne doute point, Claude Barbin,
dit M. de Bretonvilliers, que cette sainte béné- !’aye 3G8'
» diction n’ait été la source de plusieurs grâces F) La lie du — . , . . . 1 . . . , même, par M. de
» que M. Olier a reçues depuis, et ne lui ait obtenu Longue-terre.
» de très-grandes faveurs de Notre- Seigneur. »
M. Olier en conserva toujours un précieux souvenir, mêlé d’une tendre et ferme confiance aux mérites de ce saint protecteur. Il 11e cessa de l’invoquer; et, dans plusieurs circonstances, il éprouva l’effet de ses puissantes intercessions , comme on le verra dans la suite.* *NOTEU,p 43
Déjà il avait atteint sa quatorzième année, et xi. était parvenu à cette époque de la vie, où l’amour Dieu attire de la dissipation et du plaisir entraînent la plupart M. Olier à la des jeunes gens. Son naturel bouillant et son pratique de la tempérament sanguin devaient l’exposer, plus vertu- — h le qu’un autre, aux surprises de cet âge. Mais son Prcservc de la bienheureux père veillait tellement sur tous ses mor tpas, qu’il lui fut comme impossible de contracter jamais l’habitude du vice. Il rapporte lui-même que, dès qu’il s’était rendu coupable de quelque
Tom. 1. 2
infidélité, un nuage épais obscurcissait aussitôt son esprit, jusqu’à le rendre incapable de la moindre application à ses devoirs d’études. «Je remarquerai » ici, dit-il, que je n’ai jamais rien pu apprendre que » par grâce et dans le temps que j’étais en grâce, » selon qu’il me semblait. Étant au collège, dès que » j avais commis un péché, j 'avais l’entendement tout » bouché et tout aveuglé, et me trouvais comme im- » puissant de rien apprendre et retenir, si bien qu’il » me fallait aussitôt aller à confesse. Je me souviens » aussi que, voulant entreprendre quelque action » publique, il fallait par nécessité que, longtemps » auparavant, je me tinsse dans la grâce. Le plus » grand étonnement que j’eusse en ces temps-là, était » de voir des gens dans le péché, qui néanmoins » étaient savants et apprenaient bien leurs leçons. » J’admirais comme cela se pouvait faire, m'imagim Mémoires y> nant que tout le monde fût comme moi (1). » t. >, p 168. Par ces châtiments sensibles, et si propres a faire impression sur l’esprit d’un écolier, Dieu voulait lui inspirer un grand amour pour la vertu qui fait le plus bel ornement de la jeunesse ; et, dans une circonstance périlleuse, il daigna récompenser d’une manière éclatante ses généreux efforts. « A l’âge de » quinze ans, un jour que jeme baignais, je traversai, » dit-il, un bras de rivière à la nage ; ce qui me mit » horsd’haleine. Au moment d’aborder sur le rivage, » j’y aperçus quelques personnes qui me voyaient, et » n’osant paraître devant elles dans un état qui eût » blessé la pudeur, je voulus repasser à l’autre bord » sans prendre haleine; mais n’étant encore qu’au » milieu, et déjà n’en pouvant plus, je commençai à » enfoncer, lorsque miraculeusement je rencontrai « un pieu caché dans l’eau et enfoncé dans le sable : » je m’y appuyai d’un pied, en attendant qu’on me » vînt secourir, ou que je prisse haleine ; ce qui me » tira du danger fi. Je remercie la divine bonté de
f Le trait que rapporte ici M. Olier a été autrefois représenté par une gravure en taille-douce.
études de m. olier.
» m’avoirdonné souvent la vie, et je la prie quelle me (1) Mémoires » la conserve pour son service seulement (1). » aut. de M. Oher,
Vers ce temps, il éprouva de vifs désirs d’em- L'année Domibrasser la vie religieuse. Son attrait le portait à.nicaine- ~ Re' entrer dans 1 ordre des Chartreux, et souvent lingues, t. m, visitait la Chartreuse de Lyon, en grande réputation P- 453 et 454de ferveur. « J avais eu ce dessein et éprouvé ce oiier , par le >■> mouvement, dit-il, dès l’âge de quinze ans ; ce père Giry, part. » qui m’avait fait souvent solliciter ces bons Pères page M)”.’ Ibld' » de me recevoir parmi eux : grâce que je ne pus XII » toutefois obtenir, étant bien vrai que je ne la sol- M " 01‘ier a » licitais pas si ardemment comme je l’eusse pu, le désir diem » mes péchés, mes études et mes voyages inter- brasser l’état » rompant successivement ce dessein. Tous ces religieux ; il » obstacles cependant ne m’empêchaient pas d’al- revient de » 1er toujours visiter ces saints déserts dans toutes Lyon à Paria, » les provinces où j’en rencontrais (2). Pendant les où 11 étudie la » premières incertitudes de ma vocation, étant en- philosophie,
» core jeune, j’eus quelque mouvement et inclina- ) Mémoires » tion pour un autre Ordre que celui des Chartreux t i’ p. 90.
» (c’était celui de Saint-François*). J’allai quelque- » fois pour demander qu’on m’y reçût; mais ce » sentiment ne durant pas, j’abandonnai ma pour- » suite, conservant toutefois une grande affection » et pour le Fondateur et pour tout l’Ordre (3).»
NOTE 12, p. 43
(3) Mémoires
M. Olier achevait ses humanités à Lyon, lors- ^ p> 93/er’ qu’il fut pourvu du prieuré de la Trinité de Clisson , Ordre de Saint-Benoît, au diocèse de Nantes.
Quelque temps après , des religieux de l’abbaye de Saint-J ovin l’ayant troublé dans la possession de ce bénéfice, son père, qui était fort versé dans la pratique des affaires et dans la science du droit, conclut avec eux un accommodement , qui fut , comme nous le rapporterons dans la suite, le prétexte d’un grand démêlé (4). (4) Factum
Ce magistrat, bien digne de l’estime et de la. confiance du Souverain, dont il faisait respecter de la Bibüoth. et chérir l’autorité, fut promu, en 1625, de la charge d’intendant de Lyon, qu’il exerçait de- n
(1) Factum, puis huit ans , à celle de conseiller d’Etat (1). Il Ü‘- tes GihiMo- ramena alors ses enfants à Paris; et ce fut dans gies des Maîtres l’Université de cette grande ville, que celui dont des requêtes, etc. nous écrivons la vie acheva ses études. Il eut pour
professeur de philosophie un des plus habiles maîtres qui fussent alors, Pierre Paclet, professeur au collège d’Harcourt, sous lequel avait étudié Alain de Solminihac, évêque de Cahors et auparavant
(2) vie de M. abbé de Chancellade (2). Les succès de M. Olier ré-
nihac Pondirent aux espérances qu’il avait données jus-
i, ch.’iv, p.’25! qu’alors; et, à la fin de son cours, il soutint avec
des applaudissements universels un acte public, en latin et en grec , sur toute la philosophie. Son professeur rendit même ce témoignage à la capa-
(3) Vie Ms. de cité de son élève, que, dans ses thèses comme dans
M. Olier, par M. , . . ,
de Bretonrü- ses réponses aux difficultés, il avait réussi aussi
liers, 1. 1, p. 20. bien qu’il était possible de le faire (3).
XIII. Après être sorti du collège d’Harcourt, il com- M. Olier mença à fréquenter les écoles de Sorbonne, où il etuchelatheo- eut enC0re les mêmes succès. Il se proposait de bonne60 S°' parcourir la carrière de la licence, et, pour s’y disposer, il suivit pendant plusieurs années les M^oUe™ par m. leç°ns des plus habiles docteurs (4). « La bonté de Bretonvü- » divine, écrivait-il dans la suite, m’a donné pour bers, ibid. >y ma^res cjes personnages des plus capables qu’il (5) Mém. aut. » y eût dans l’Université; feu mon père n’ayant i. p.’i7i. ’ ’ » jamais rien épargné pour mon avancement dans (G) Mém aut y> ^es études (^)- » Son père lui donna même pour de M. olier, t. précepteur particulier un docteur de Sorbonne, h, p. 322. également recommandable pour sa piété et pour (7) vie Ms. de sa science, et qui fut professeur de théologie m' Leschàssier dans cette école (6). Il paraît que c’était Nicolas Lepage 5. maistre (7), nommé ensuite à l’évêché de Lombez
(8) Gailiachris- par Louis XIY, dont il était devenu prédicateur (8). tiana, t. xui, M. Olier l'etira de ses études de grands avantages :
la langue grecque, dans laquelle il était fort versé lui facilita beaucoup l’intelligence des divines Écritures , et en particulier celle des Pères grecs qu’il lisait dans leur langue originale ; et l’étude de la
col. 327.
ÉTUDES DE M. OLIER
théologie scolastique lui fut très-utile pour acquérir non-seulement la connaissance du dogme, mais aussi une certaine intelligence des mystères de Jésus-Christ (1). Il pensait que la scolastique, étudiée i\)Galliachrisdans des vues pures et simples, était une excellente Hana, t. n, col. préparation à cette haute et sublime théologie. iaunZnet9groe- « J’estime la scolastique, disait-il , comme elle le cam apprimè » mérite, et j’avoue que je lui suis beaucoup rede- callel}at- — Mé- » vable pour l’intelligence et l’appui des mystères. Baudrand, p. 1.
» Il est vrai que seule elle ne saurait les éclaircir et —ViedeM.Oher , J , . , parlePereGiry,
» en donner les véritables ouvertures, a cause que, p. 9. L’Année
» ces mystères étant cachés par l’ordre exprès de Dominicaine,!™ T-, . , . „ , , , , , partie de Sep-
» Dieu , si lui-meme ne les revele, on ne les peut tembre, p. 416.
» connaître. Mais on ne doit pas s’en prendre à la » théologie, qui, tirant par la raison ses conclusions » des principes de la foi , ne prétend pas découvrir ^
» par là ce qui ne saurait être ouvert que par une deM. Olier] t. n’ » clarté divine (2). » Pase 177 •
Les succès qu’il obtint dans ses études , d’autant XIV. plus flatteurs pour ses parents qu’ils étaient plus M. Olier est justement acquis, leur inspirèrent bientôt le désir P ourv u de de le produire dans le monde. Naissance, talents , 1,abb aYe de réputation , qualités de l’esprit et du cœur, tout en Pebrac et du lui concourait à en faire un sujet de grande espé- e a~
rance; et la haute considération dont jouissaient ses proches semblait, selon les fausses maximes du siècle, lui permettre de prétendre aux premières dignités de l’Eglise ou de l’État. C’était la perspective qu’ils lui mettaient souvent devant les yeux , et la piété dont ils faisaient profession n’était point assez pure, pour écarter tout ce qui pouvait jeter dans son cœur des sentiments d’ambition et de vaine gloire. On lui parlait tantôt de se produire à la Cour, et de se mettre sur les rangs pour parve- yie m dg nir ; tantôt des démarches qu’on faisait, et de celles m. olier, par qu’il devait faire lui-même, pour seconder les vues ^ Bret qu’avaient sur lui les personnes puissantes. Son 23. — vie du père, qui ne négligeait aucune occasion de lui don- même, ParJ° ner de l’éclat (3), avait obtenu pour lui, dès l’an- JD®”. ° '
née 1625, l’abbaye de Notre-Dame de Pébrac, de l’ordre des Chanoines réguliers de Saint-Augustin, au diocèse de Saint-Flour, et qui lui fut résignée , du consentement de Louis XIII, par Jacques d’Apchon, seigneur de Chanteloupe, prêtre de l’Oratoire, qui en était le quatrième abbé commendataire (1). Si les voies dont se servit M. Olier pour Bib^duRotin- procurer ce bénéfice à son fils, n’étaient pas entièrefoiio, Saint-Vie- ment canoniques, il paraît qu’il fut induit en erreur tor, 1054. par jes Casuistes qu’il consulta, et à l’avis desquels il se soumit comme à des docteurs plus experts que lui dans ces matières délicates. Son fils, qui en prit connaissance dans la suite, ainsi que nous le dirons, jugea l’affaire tout autrement, et regarda le traité par lequel il obtint cette abbaye comme l’ouvrage de la vanité, de l’avarice et du sacrilège. Ce fut en 1626 qu’il en prit possession ; un accident qui lui survint tout-à-coup dans ce moment , et qui mit sa vie en péril , lui parut être, dès qu’il eut connu la nature de ce contrat , un châtiment du Ciel , qui voulait avertir par là le fils d’expier la faute du père. « Je pensai mourir sur-le-champ , » dit-il, sans maladie ni incommodité précédente. » Tout le temps que j’ai gardé ce bénéfice, il a été » pour moi une source continuelle de peines et de » traverses , sans savoir ce que devenaient l’argent » ni les revenus, et j’y ai souffert des persécutions » étranges de la part de gentilshommes armés con- » tre moi pour avoir mon bien (2). » On verra dans
deM oïier Tl' SIa1-e comment fut réparée cette faute qu’il ne p. 132, 133. ’ cessait de s’imputer.
Il n’avait que dix-huit ans lorsqu’il prit possession de l’abbaye de Pébrac ; le onze octobre de la même année 1626, il fut élu chanoine-comte honoraire de (3) Le cierge l’illustre chapitre de Saint-Julien de Brioude, titre de France, etc., d’honneur que partageaient les évêques de Mende remp^T* ut* et et *es abbés de Saint-Robert de la Chaise-
p. 23o’. ’ Dieu, et de Notre-Dame de Pébrac (3). Enfin ses pa¬
rents obtinrent pour lui, outre le prieuré de Clisson, celui de Bazainville, au diocèse de Chartres.
ETUDES DE M. OLIER
Voulant le pousser aux honneurs, ils désirèrent XV. qu’il exerçât déjà son talent pour la prédication. M- 01ier se D’après la coutume, sa qualité d’abbé lui permet- livre au mimstait alors de remplir ce ministère, quoiqu’il ne fût tèrede la Pre point encore prêtre, ni même dans les saints Ordres ; et il fut tellement goûté dans ces premiers e e
essais, qu’on voulut bientôt l’entendre dans les meilleures chaires de la capitale. Sa mère n’avait jamais eu pour lui une tendresse comparable à celle qu’elle portait à ses autres enfants ; elle était néanmoins ravie des éloges qu’on donnait de toutes parts à son fils, et fondait sur lui ses plus flatteuses espérances. « Elle m’aimait beaucoup, dit-il , tan- » dis quelle me voyait marcher dans la grandeur » et l’applaudissement du monde , comme , par » exemple , quand j’avais du train , que je prêchais » avec gentillesse , que je composais ces beaux ser—
» mons à la mode, tout pleins de vanité, de pointes » d’éloquence et de curiosité; et que je ne disais iijMém. aut. » rien contre les mœurs du monde, à savoir, lava- de M. Olier, t. » rice et la superbe (1). » p' 407 '
Ce fut , en effet, vers ce temps que M. Olier commença à fréquenter les Grands, et à s’engager dans les divertissements du monde. Ses parents, pour lui frayer un chemin aux honneurs , lui prodiguèrent tous les moyens de paraître avec éclat. Il avait un grand train , deux carrosses , une maison nombreuse, et goûtait les agréments de la société avec toute la liberté que prenaient les gentilshommes de son rang. La vivacité de son esprit , ses manières nobles et aisées, les agréments de sa personne, la considération dont jouissait sa famille, alliée à ^ Mém sur tout ce qu’il y avait de plus élevé dans la magistra- il. Olier , par ture (2) ; tous ces avantages le firent rechercher , Ba^d[^'e dans les sociétés du monde, dont la fréquentation de M. Olier, par faillit lui devenir funeste. Enfin ses parents ouvri- JïJLJ* rent les yeux, et se repentirent d’avoir voulu le sa- Dominicaine, crifier à leur vanité, en le jetant au milieu de tant etc- — Rc,™ar-
J ’ ’ ques hist., tom.
de périls. m, p. 452, 454.
tion ment à O lier, et Faubourg Germain.
(1 ) Mèm, aui. i, p. 9.?.
XVI. Sa mère surtout , qui avait une grande horreur Marie Rous- du péché, fit, pour la conversion de son fils, des seau; sa voca- prières ferventes ; elle répandait chaque jour beaurelative- C0Up de larmes devant Dieu , et ne cessa de gémir M' et de prier jusqu’à son entière conversion (1). Plui. sieurs saintes âmes à qui Dieu inspira , vers ce temps, les mêmes sentiments de zèle et de dévouement, offraient pour lui les plus ardentes prières. L’une d’elles, qui fut l’instrument de sa conversion, quoique alors il ne la connût point, priait continuellement pour le renouvellement du clergé et spécialement pour le faubourg Saint-Germain qu’elle habitait. C’était une âme de grâce, comblée des dons du ciel les plus extraordinaires, et favorisée des communications les plus intimes avec la Mère de Dieu. Pour faire éclater davantage les richesses de sa bonté, Dieu était allé la choisir dans la classe la plus obscure , et dans l’une des professions les plus avilissantes aux yeux du monde. C’était Marie de Gournay, veuve de David Rousseau ,
(2) Remarques l’un des vingt-cinq marchands de vin de Paris (2).
histor tom. m, ]\( OUS aurons occasion d’en parler souvent dans p. 214. — I. i, , . r