SUR LA SAINTE MAISON DE LORETTE
NOTE 13, p. 30. — On sera bien aise de trouver ici un précis de l'histoire de la translation de la sainte Maison de Lorette. Ce fut sous le pontificat de Célestin V, et lorsque les Chrétiens avaient entièrement perdu les saints lieux de la Palestine, que la petite maison, où s’est opéré le mystère de l’Incarnation dans le sein de Marie, fut transportée par les anges, de Nazareth dans la Dalmatie, ou l’Esclavonie, sur un petit mont appelé Tersato. Les miracles qui s'opéraient tous les jours dans cette sainte Maison, l’enquête juridique que des députés du pays allèrent faire à Nazareth même, pour constater sa translation en Dalmatie, enfin la persuasion universelle des peuples qui venaient la vénérer de toutes parts, semblaient être des preuves incontestables de la vérité du prodige. Dieu voulut néanmoins en donner une nouvelle , qui eût en quelque sorte l’Italie et la Dalmatie pour témoins. Après trois ans et sept mois, la sainte Maison fut transportée, à travers la mer Adriatique, au territoire de Récanati, dans une forêt appartenant à une dame
appelée Lorette-, et cet événement jeta les peuples de la Dalmatie dans une telle désolation, qu’ils semblaient ne pouvoir y survivre. Pour se consoler, ils bâtirent, sur le même terrain, une église consacrée à la Mère de Dieu, qui fut desservie depuis par des Franciscains, et sur la porte de laquelle on mit cette inscription : Hic est locus in quo fuit sacra Domus Naqarena quæ nunc in Recineti partibus colitur . Il y eut même beaucoup d’habitants de la Dalmatie qui vinrent en Italie fixer leur demeure auprès de la sainte Maison , et qui établirent la compagnie du Corpus Domini, appelée pour cela des Esclavons , jusqu’au pontificat de Paul III.
Cette nouvelle translation fit tant de bruit dans la Chrétienté, qu’il vint de presque toute l’Europe une multitude innombrable de pèlerins à Récanati, afin d'honorer la Maison dite depuis de Lorette. Pour constater de plus en plus la vérité de cet événement, les habitants de la province envoyèrent d’abord en Dalmatie, et ensuite à Nazareth, seize personnes des plus qualifiées, qui firent, sur les lieux, de nouvelles enquêtes. Mais Dieu daigna en montrer lui-ihéme la certitude en renouvelant deux fois, coup sur coup, le prodige de la translation dans le territoire même de Récanati. Car, au bout de huit mois, la forêt de Lorette se trouvant infestée d’assassins qui arrêtaient les pèlerins, la Maison fut transportée à un mille plus avant, et se plaça sur une petite hauteur qui appartenait à deux frères de la famille des Antici ; et enfin ceux-ci ayant pris les armes l’un contre l’autre pour partager les offrandes des pèlerins, la Maison de Lorette fut transférée dans un endroit peu éloigné, et au milieu du chemin public , où elle est restée, et où a été bâtie, depuis, la ville appelée Lorette.
La translation miraculeuse de cette sainte Maison étant incontestablement démontrée, les souverains Pontifes ont établi une fête pour en célébrer la mémoire.
On lit dans le Martyrologe Romain, au dix décembre : Laureti in Piceno, Translatio sacrce domûs Dei genitricis Marice, in qua Verbum caro factum est ; et, dans la sixième leçon de l’Office, ces paroles qui y furent ajoutées sous le pontificat d’innocent XII : « Ipsius autem Virginis natalis domus, » divinis mysteriis consecrata, ab Infidelium potestate in » Dalmatiam priùs , deinde in agrum Lauretanum Picenæ » provinciæ translata fuit , sedente sancto Cœlestino V ; » tandemque ipsam esse in qua Verbum caro factum est , et » habitavit in nobis, tum pontificiis diplomatibus et celeber- » rimâ totius orbis veneratione, tum continué miraeulorum » virtute , et ccelestium beneficiorum gratiâ eomprobatur. » Quibus permotus Innocentius XII, quô ferventiùs erga » Matris amplissimæ cultum fidelium memoria excitaretur,
DU LIVRE PREMIER
» cjusdem sanctæ domûs translationem anniversariâ solem- » nitate in tota Piceni provincia veneratam, Missâ et Officio » proprio celebrari præcepit. »
Cette addition ne fut faite qu’après l’examen le plus sévère, dans la congrégation des Rites, en 1699.
Benoît XIV (De Festis B. Marice Virg. cap. xvi. De Festo Translationis sanctæ domûs Lauretanæ 1, fait voir que la vérité de cette histoire est appuyée sur les fondements les plus solides, et prouve invinciblement qu’on ne peut la révoquer en doute. Les preuves principales sont :
1° Les constitutions de Paul II, de Léon X, de Paul III, de Paul IV, et de Sixte V.
2° Les miracles presque sans nombre qui se sont opérés et s’opèrent encore tous les jours dans la sainte chapelle de Lorette : « De miraculis autem quæ quotidie in sacra ilia » domo contingunt , probantque locum ilium eumdem esse » in quo ineffabile Incarnationis Verbi mysterium impletum » est, ea sunt propè innumera, ibique continué succedentia, » atque ita nota, ut de iis dicere hominis sit abutentis otio » suo. » Ibid. n. 2.
3° Le témoignage des écrivains les plus recommandables, comme Canisius , Baronius , Rainaldus , Tursellinus, Turrianus, Benzonius, Angelita , etc. , et surtout Martorellus qui rapporte, dans son Theatrum sanctæ domûs Lauretanæ, les paroles de témoins qui, dans un examen solennel, attestent tenir de leurs ancêtres , qu’ils avaient vu , de leurs propres yeux, la sainte Maison portée dans les airs, -et venir se placer au lieu où on la voit actuellement.
4° Le rapport des trois commissaires envoyés par Clément VII, pour comparer les dimensions de la sainte Maison de Lorette avec celles des lieux où elle était située auparavant, soit en Dalmatie, soit en Galilée, et qui les trouvèrent parfaitement conformes.
Benoît XIV, après avoir cité et adopté ces autorités différentes, ajoute: « Sed temperare nobis ipsi non possumus, » quin nonnihil dicamus de eo quod quidam, ut eruditi » acrisque ingenii sibi famam parent, semihianti ore mussi- » tant, sapientioribus magnique nominis criticis hujus non » probari veritatem historiæ. » Il oppose à ces faux critiques, Bollandus, Papebrock son continuateur, le P. Alexandre, Théophile Raynaud, Baillet lui-même, le P. Honoré de Sainte-Marie, Graveson, Guido-Grandus, Calmet, Murator^ etc., qui tous admettent comme incontestable la vérité de cette histoire.
C’est sur le modèle de la sainte Maison de Lorette, renfermée dans l’église du même nom, qu’a été construite la chapelle dite de Lorette , qu’on voit à Issy, dans la maison de campagne du séminaire de Saint-Sulpice (1).
(1) Histoire du diocèse de Paris, par Lebœuf, t. vu, p. 11, 15.
— Mercure de France , Avril 1742.— ViaCrucis, ou Méthode pratique du chemin de la croix in -18, dernière édition .
INCERTITUDES DE M. OLIER SUR SA VOCATION; ELLE LUI EST ENFIN MONTREE EN FIGURE. IL SE MET SOUS LA CONDUITE DE SAINT VINCENT DE PAUL ET S’EXERCE AUX MISSIONS