‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 58 sur 249 · LA MÈRE AGNÈS PRIE POUR M. OLIER · texte numérisé non relu

LA MÈRE AGNÈS PRIE POUR M. OLIER

» ses servantes d’admirable sainteté, et à laquelle » elle dit : Prie mon Fils pour l’abbé de Pébrac, » parlant de ce misérable pécheur ; ce que cette » sainte fille exécuta si soigneusement, qu’à tout » moment elle m’avait présent à son esprit sans » m'avoir jamais vu, étant à cent lieues d’elle, et » qu’elle s’immolait pour moi comme une victime » à la justice de Dieu. Car, après avoir souffert pour » mes péchés abominables des peines excessives de » la part du Fils de Dieu, qui lui faisait souffrir » les impressions de sa passion et de sa mort, uni- » que source de toute satisfaction digne de Dieu, » elle employait encore pour moi toutes les inven- » tions que l’amour a coutume de fournir aux âmes » pénitentes , comme cilices , haires , disciplines , » ceintures de fer; et avec tant de générosité, » qu’elle ensanglantait les murs de sa cellule, et que » les ardillons de ses disciplines se retroussaient » contre ses os, qui en demeuraient découverts et » dépouillés de chair. Tels étaient les excès de sa » pénitence, à quoi elle joignait encore ce qu’il y a » de plus précieux, les soupirs de son cœur, et des » contritions si violentes, qu’elles eussent brisé des » rochers; et enfin ses larmes abondantes qu’elle » répandait tous les jours une heure entière (1).

« Je remercie l’ineffable bonté de Dieu, qui, non » contente des caresses qu’elle fait à mon âme, dé— » charge encore sa colère sur un autre que moi, et » choisit dans le corps de son Fils, qui est l’Église, » une des parties les plus belles et les plus délicates, » afin de satisfaire pour les crimes de la plus sale » et de la plus honteuse : car tout mon sang versé » goutte à goutte, et tout mon corps tranché en » pièces, tous les jours de ma vie, n’êussent été suf- » fisants. Si bien que la bonté de Dieu chercha ail— » leurs à contenter sa justice; ne trouvant point en » moi ni la pureté de l’amour pour lui plaire, ni les » forces pour suffire à une juste pénitence, et aux » emplois laborieux des missions auxquelles elle me

(l) Mémoires aut. de M. Olier,

» destinait. Donc, qu’à jamais la divine bonté soit » louée, benie, adorée. Que tous les Anges et les » Saints publient à haute voix sa sainte, adorable » et infinie miséricorde pour moi, Que je cesse de » vivre et d’être, pour publier, par ma destruction » et mon silence, qu’il est au-dessus de toute » louange, puisque tout ce qui existe, converti en » bouches et en langues, ne serait pas capable de » raconter la moindre de ses gloires, dont la » plus grande est celle de sa miséricorde. Qu’en at- » tendant, Seigneur, mon coeur, ma vie, mon être » soient convertis en mon Jésus, pour être à votre aut Ikl^oUer » g'l°ire une hostie de louange qui magnifie votre 1. 1, p. 83, 88. » bonté et chante votre miséricorde (1). »

Xiii. M. Olier n’eut connaissance des prières et des M. Olier en- austérités de la mère Agnès qu’au bout de trois treprend plu- ans, lorsqu’il vit pour la première fois cette grande sieurs pèleri- servante de Dieu. Déjà cependant il en éprouva les nages pour effets dans la grâce signalée que Dieu lui fit, en le connaître sa pxant enqn sur sa vocation, comme nous le ravocation. conterons bientôt. Il n’avait point encore de directeur, et ne savait pas même qu’il fût nécessaire d’en (2) Ibid. 1. 1, avoir un pour avancer dans la vie parfaite (2). Toup- 90- jours incertain sur sa vocation, il doutait si Dieu

ne voulait pas qu’il entrât dans quelqu’un des Ordres religieux les plus réformés, ou s’il était appelé à travailler dans le clergé au salut des âmes. Les faveurs dont il était déjà redevable à l’intercession de la très-sainte Vierge lui firent espérer qu’en l’invoquant avec confiance, il éprouverait encore les effets de son pouvoir auprès de Dieu ; et, pour se disposer à cette grâce qu’il demandait avec tant d’instances, il entreprit divers pèlerinages en son honneur. Il aima toujours beaucoup cette pratique autorisée dans tous les temps par l’Église, et toujours louable quand on sait en éloigner les abus d’une fausse piété. Outre les pèlerinages qu’il fit à Notre-Dame des Vertus, à Notre-Dame des Anges, et ailleurs aux environs de Paris, il eut la dévotion,

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