‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 7 sur 249 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

épuisant toutes les ressources de la charité, sans jamais se laisser abattre par la malice et l’obstination des cœurs les plus endurcis. On le verra, missionnaire infatigable, parcourir pendant plusieurs années les lieux les plus pauvres et les plus abandonnés, rompre le pain de la parole et des sacrements aux ignorants et aux hommes simples, que tant de prêtres, livrés aux vanités du monde, laissaient misérablement périr. Devenu curé de la paroisse la plus vaste et la plus déréglée qui lut alors, il donnera l’exemple d’une rare intelligence dans la distribution des secours spirituels à tout son troupeau, d’une vigilance parfaite sur les besoins de toutes ses ouailles, et sur les dangers qui les menacent, d’un désintéressement et d’une générosité toujours disposée à de nouveaux sacrifices, tant qu’il y a des misères à soulager; enfin, d’un zèle sans bornes, qui le porte à faire le vœu singulier de servitude envers Jésus-Christ et ses membres , en sorte qu’il est en effet, et à la lettre , le serviteur de chaque âme qui a recours à sa charité.

Ajoutons encore que, pour achever de le perfectionner dans la solide vertu, Dieu le fit passer par des peines étranges, qu’il n’envoie qu’à quelques âmes appelées à recevoir les plus hautes communications de la grâce. Le récit de ces épreuves pourrait étonner les personnes peu versées dans la connaissance des voies intérieures. Il est néanmoins comme le point capital et en quelque sorte la clef de toute la vie de M. Olier. Ce fut en effet par ces terribles épreuves que Dieu

détruisit en lui toute attache aux créatures, tout

M. Olier est prévenu de faveurs extraordinaires. Observation importante à cet égard.

t I ) Bened. XIV De servorum Dpi Beatif. etc.

lib. in, cap. 25, n° 3.

xviij PRÉFACE.

appui sur lui-même, toute recherche de l’estime des hommes , et le délivra ainsi de la corruption de l’ amour-propre , pour régner seul en lui; et alors l’Esprit divin, ne trouvant plus en quelque sorte d’obstacles dans cette âme, la posséda pleinement, et se communiqua à elle avec une plénitude de lumières et de grâces diverses, dont on voit peu d’exemples.

Ceux qui ont lu les histoires des Saints, celles surtout des instituteurs d’Ordres ou de sociétés dans l’Église, ne seront pas surpris que M. Olier ait reçu, comme la plupart d’entre eux, des grâces et des faveurs extraordinaires (1). Il y aurait assurément de la faiblesse à admettre aisément toute espèce de révélations ; mais ce serait se rapprocher trop de l’impiété et de l’irréligion du siècle, que de ne croire â aucune, par cela seul que ces sortes de faveurs sortent de l’ordre commun. C’est la remarque d’un grave et pieux auteur, le Père Saint-Juré, que nous laisserons parler ici : « Il ne faut point, dit-il, mesurer les » bontés de Dieu à notre raison, ou â notre cœur » petit et rétréci. Les pères, quoique sages, sé- » rieux et âgés, jouent quelquefois et bégaient » avec leurs enfants. L’un d’eux, très-grand per- » sonnage, capitaine renommé, et qui fut Agési- » las, roi de Sparte, ayant été surpris par un » de ses amis , comme il courait sur un bâton « avec un petit enfant qu’il avait, et remarquant » que cet ami était étonné de lui voir faire une » telle action, il lui demanda s’il avait des en- » fants; l’autre répondant que non: Ne nous » étonnez donc pas de ce que je fais, lui dit

PRÉFACE. xiX

» Agésilas ; il faut être père pour avoir de pa- » reilles tendresses , et venir à ces oublis de soi- » même . » On ne doit donc pas trouver étrange,

» conclut cet auteur , si Dieu , le vrai Père des » hommes, a des bontés si aimables et des dou- » ceurs si charmantes pour les Saints, qui sont » ses plus chers enfants : et, pour juger de la » vérité des témoignages qu'il leur en donne , il » faudrait avoir l’amour même dont il les pré- » vient. Après les mystères de l’Incarnation et de » l’Eucharistie, après ce que Dieu a fait pour » l’homme dans le premier, et ce qu’il fait encore » tous les jours dans le second , et dont nous ne « pouvons douter, il n’y a rien d’incroyable en » fait de grâce. Dans une seule communion,

» Notre-Seigneur témoigne plus d’amour à un » homme imparfait, et se communique à lui avec » plus de merveilles , qu’il n’en a fait paraître à » tous les saints, dans toutes les communications » extraordinaires (1). » A ces réflexions si judicieuses , nous pourrions ajouter que l’apparition de la mère Agnès de Langeac à M. Olier, ayant déjà été discutée à Rome, et démontrée indubitable, cette faveur, la plus étonnante de celles qu’il a reçues, est un fort préjugé de la vérité des autres. Mais, sans entrer ici dans une discussion qui nous conduirait trop loin, il suffira de rappeler une observation qu’on a déjà laite , au sujet des visions de sainte Thérèse. Dans le récit de ces sortes de grâces, il peut s’élever deux doutes: premièrement, si la personne qui les rapporte est sincère , et ensuite si elle n’est point abusée par son imagination. Or ceux qui examineront

de Renty , par le P. Saint-Juré.

Conclusion.

PREFACE

Diverses Vies deM.Olierpubliées jusqu’i¬

sans prévention les écrits de M. Olier , seront d’abord convaincus de son entière sincérité; et, quant à ce qui regarde la réalité de ces grâces, il leur sera difficile de se persuader que de pures imaginations missent les âmes dans un état aussi saint et aussi divin que celui où nous le verrons élevé, et surtout que des illusions eussent eu un accomplissement si précis, et des résultats si exactement vérifiés par l’événement : connue il est arrivé de plusieurs visions de M. Olier, que nous rapporterons dans la suite, et qui sont essentiellement liées à sa vocation.

En publiant cet ouvrage , nous ne pouvons nous dispenser de parler des Vies du serviteur de Dieu qui ont déjà paru, et d’indiquer au lecteur les sources où nous avons puisé nous-même. Malgré l’éclat que la vertu du fondateur de St.-Sulpice avait jeté dans son siècle, le souvenir de ses actions s’affaiblit insensiblement, sans doute par le peu de soin que l’on eut de les faire connaître; car ce ne fut guère que trente ans après sa mort que parut la première notice sur sa vie; encore ne forme-t-elle qu’un volume in-18, d’environ ISO pages. « 11 y a longtemps, lit-on dans » l’Avis au lecteur, que le public soupire après » la Vie de M. Olier : l’assiduité de ses enfants à » travailler plutôt qu’à écrire, nous a caché jus- » qu’à ce jour ce précieux trésor; nous le de- » vous au R. P. Giry, provincial des Minimes, » qui l’a mis à la lin de la Vie des Saints. » L’éditeur ne produisit cet abrégé, que comme un échantillon de la pièce entière , qu’il faisait espérer de voir bientôt paraître. Ce iuL néanmoins,

PRÉFACE

pendant près de 140 ans, la notice la plus complète qu’on eût sur M. Olier. Une autre Vie beaucoup plus considérable a été composée peu de temps avant, la Révolution, par M. Nagot f, mort supérieur du séminaire de Baltimore, en Amérique. Cet ouvrage publié il y a quelques années en un volume in -8° est entièrement épuisé aujourd’hui. Les fruits d’édification qu’il a produits dans plusieurs ecclésiastiques , nous déterminent à publier une nouvelle Yie de M. Olier qui renferme beaucoup plus de faits que la précédente, et qui, parla, fera connaître davantage les œuvres et les vertus de ce saint prêtre, l’origine et les progrès de sa compagnie, et la part qu’il a eue, dans son siècle, à la réformation du clergé.

Les matériaux qui nous ont servi à la rédiger, sont principalement les manuscrits mêmes du serviteur de Dieu, à qui le Père Bataille, l’un de ses directeurs , ordonna en 1 642 de mettre par

f M. Nagot cependant assure dans sa Préface (1), qu’un religieux de l'ordre de Saint-Dominique publia en 1657 une petite Vie de M. Olier de 30 pages in-4°. Il parle de celle que composa le Père de Saint-Vincent, et qui parut pour la première fois, non en 1657, mais en 1702, à Amiens, dans la première partie du mois de septembre de V Année Dominicaine. On en a détaché quelques exemplaires ; et comme on y lit à la marge la date 1657, qui est l’année où M. Olier mourut, M. Nagot a cru, par mégarde, que la notice aVait été publiée cette année même. La Vie écrite par ce dernier est tirée presque dans son entier de celle que M. de Bretonvilliers avait composée ; on y retrouve aussi quelques fragments du Mémoire de M. Baudrand , et de la notice sur M. Olier par Grandet. Comme nous nous sommes attachés dans celle-ci aux pièces originales, nous n’avons cité que rarement M. Nagot. Nous n’avons pourtant pas fait difficulté d’emprunter à ce pieux et estimable écrivain, quelques narrations qui nous ont paru reproduire heureusement les sources.

Matériaux de cette nouvelle Vie.

(1)P. vj.

(1) Mêm. aut.

deM. Olier, t. n,

(2) Vie Ms. de Grandet, t. i, p.

XXÎj PRÉFACE.

écrit toutes les grâces qu’il avait reçues jusqu’alors. M. Olier obéit avec la docilité d’un enfant, et raconta en détail , dans ses écrits , avec une grande simplicité, tout le bien que Dieu avait daigné opérer en lui ou par son ministère. C’est ce qui explique pourquoi il parle si souvent de lui-même, et quelquefois dans des termes qu’on pourrait trouver peu conformes à l’humilité chrétienne, si l’on ne savait qu’il n’écrivait que pour son directeur, et si l’on ne trouvait d’ailleurs à côté de ces récits, les expressions les plus fortes et les plus naïves du profond mépris qu’il avait pour lui-même. « Mon courage, disait-il , est par- » fois tout abattu, voyant les impertinences que » j’écris. Elles me semblent être de grandes per- » tes de temps pour moi et pour mon cher direc- » leur, que j’ai crainte d’amuser. Je plains les » heures qu’il doit employer à les lire ; et il me » semble qu’il devrait me faire cesser d’écrire » ces niaiseries et ces impertinences, tout-à-fait » insupportables (1). »

A mesure que M. Olier avait écrit un cahier, il le mettait entre les mains du Père Bataille, et celui-ci, après la mort de son pénitent, les remit tous aux directeurs du séminaire de Saint-S ulpice (2). C’est la source principale où nous avons puisé. Nous avons mis aussi à contribution beaucoup de lettres et d’écrits spirituels du serviteur de Dieu, la plupart inédits jusqu’ici; comme aussi un grand nombre d’autres manuscrits appartenant aux bibliothèques publiques, ou à diverses archives de Paris et de plusieurs autres villes; enfin beaucoup d’ouvrages imprimés, mais

PRÉFACE. XXlij

presque tous anciens et peu connus. Dans remploi de ces divers matériaux, nous ne nous sommes permis d’autres modifications que celles qui ont paru nécessaires pour corriger quelques inexactitudes, surtout de nombreuses négligences dans le style; et comme nous n’avançons rien que le lecteur ne pût vérifier au besoin, nous avons soin d’indiquer toujours les sources où nous puisons. Nous donnerons même, à la suite de cette Préface, une notice des principaux manuscrits que nous venons d’indiquer.

L’ordre qui nous a paru le plus clair et le moins sujet à des répétitions fatigantes, a été de présenter, dans une première partie, la Vie de M. Olier, depuis sa naissance jusqu’à son entrée dans la" cure de Saint-Sulpice; et ici les faits sont classés dans leur ordre chronologique. Nous exposons dans la seconde partie tout ce qu’il a fait, comme curé, pour la réforme et le bon gouvernement de sa paroisse. Enfin, dans la troisième, nous le représentons comme fondateur du séminaire et de la compagnie de Saint-Sulpice, ainsi que de plusieurs autres établissements, et nous terminons par la narration de sa dernière maladie, de sa mort, et de quelques grâces et guérisons qu’on a attribuées à ses mérites. Les faits de la seconde et de la troisième partie ont eu lieu, pour la plupart, dans le même espace de temps ; mais nous avons eu plus d’égard à l’ordre des matières qu’à celui des années, afin d’éviter un mélange de faits disparates, qui aurait pu jeter de l’obscurité dans l’esprit du lecteur.

Plan de cette nouvelle Vie.

PRÉFACE

Il ne nous reste qu’à prier le divin Instituteur du sacerdoce de bénir cet ouvrage, et de donner encore aux paroles et aux exemples de M. Olier, l’efficacité qu’ils ont eue pour former à l’Église tant de fervents lévites et tant de saints prêtres.

Page 1