‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 76 sur 249 · LA VENERABLE MERE AGNES DE LAN GE AC APPARAIT A ME OLIER · texte numérisé non relu

LA VENERABLE MERE AGNES DE LAN GE AC APPARAIT A ME OLIER

PREMIÈRE MISSION DAUYERGNE

» rition, ajoute-il, cette sainte âme revint une au- » tre fois, à peu de temps de là, pour me confirmer dans ladite vue, et je l’ai aussi présente à l’es- » prit, que si je la voyais encore. » Cette seconde visite, et probablement le costume sous lequel la mère Agnès lui avait apparu , firent comprendre à M. Olier que la personne qu’il avait prise d’abord pour la Mère de Dieu, était quelque Religieuse de l’ordre de Saint -Dominique, encore vivante. Il éprouva, dès ce moment, le désir de faire une exacte recherche pour savoir dans quel monastère elle se trouvait (1) : mais comme il lui tardait beaucoup de se mettre en marche pour Pébrac, et que tous ses préparatifs de voyage étaient faits, il ne voulut pas différer davantage. Il partit donc incontinent après sa retraite , avec les compagnons qu’il s’était associés. Le jour du départ fut pour eux un jour de fête , surtout pour M. Olier. « Jus- » qu’alors, dit-il, on n’avait point vu des personnes » de qualité se livrer aux travaux de la mission ; » notre bon maître prit plaisir à me faire commen- » cer , et se servit de moi pour mettre en branle » plusieurs personnes de condition, que j’amenai » avec moi dans les déserts d’Auvergne, pour les » dépayser et les accoutumer à la fatigue (2) »

On conçoit aisément à quoi s’occupa et de quoi s’entretint, pendant toute la route, cette compagnie de missionnaires. Quoique M. Olier eût renoncé à faire alors des recherches pour connaître la servante de Dieu qui lui avait apparu, il ne laissait pas de prendre des informations durant le chemin, sans se douter encore que la Providence le conduisait tout auprès de la petite ville où demeurait cette sainte fille ; car Langeac, où était situé le monastère de la mère Agnès, n’est qu’à deux lieues de l’abbaye de Pébrac, qui devait être le centre de la mission. Lorsqu’il arriva à Riom, ville d’Auvergne, éloignée de dix-huit lieues de Langeac , il entendit parler de la mère Agnès, comme d’un prodige de

(1) Déposition de la mère Françoise des Séraphins. — Svmmarium , etc.

test. xv.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, t.

ir, p. 202.

( I ) Déposition de la mère des Séraphins, citée plus haut.

Zèle et humilité de M.

Olier dans les travaux de la mission.

(2) L’année Dominicaine , etc. — Remarq.

historiques , 1 .

sainteté, et apprenant qu elle était de l’ordre de Saint-Dominique, il commença à penser que c’était peut-être la personne qui lui était apparue , vêtue, en effet, à la manière des Religieuses de cet Ordre. Enfin, après de nouveaux témoignages de la haute vertu de la mère Agnès qui lui furent donnés à quatre lieues de Langeac, dans la ville de Brioude (1 ) il résolut d’aller la visiter, dès que les travaux de la mission lui en laisseraient le loisir.

Les ouvriers apostoliques arrivèrent à Pébrac. sans que la difficulté des chemins (2) ni les fatigues du voyage eussent diminué l'ardeur de leur zèle. Ce village, situé dans les gorges d’un torrent appelé la Dège, qui se jette dans l'Ailier, est entoure de montagnes escarpées et de rochers affreux, qui en rendent l’accès extrêmement difficile. Dès que les missionnaires y furent arrivés, ils se livrèrent à l’œuvre qui les avait attirés dans ces lieux sauvages. On aurait peine à se figurer tous les travaux qu’ils entreprirent et qu’ils soutinrent, allant de paroisse en paroisse, de bourgade en bourgade, à l'exemple du Sauveur du monde et de ses premiers disciples, pour y annoncer le royaume de Dieu , et ramener les brebis égarées qui y étaient en grand nombre. M. Olier prêchait tous les jours, et ne descendait de chaire que pour aller achever au confessionnal les conversions que la force et fonction de ses paroles avaient commencées dans ses instructions publiques. On vit encore alors combien il chérissait les pauvres, par les œuvres de miséricorde qu’il exerçait à leur égard. Il les rassemblait, comme un père eût rassemblé ses enfants, les servait de ses propres mains , tète nue , et se nourrissait de leurs restes. Après son repas, il allait visiter tous ceux à qui il pouvait être utile, les consolant, les exhortant, et gagnant ainsi par la douceur, ceux qui, au mépris de la grâce de la mission, ne s’étaient point rendus à la force de ses paroles. Enfin, non content d’avoir consacré aux œuvres

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