M. OLIER RECONNAIT LA MERE AGNES
du zèle toutes les heures du jour, au lieu de réparer ses forces par le sommeil de la nuit, souvent il en passait une partie considérable en prières (1).
Ce fut un nouveau sujet de joie pour M. Olier, au milieu de tant de bénédictions, que de n’être pas considéré par le peuple comme chef de cette entreprise. Personne ne pensait en effet, qu’il en fût le mobile et le soutien, le voyant exercer auprès des pauvres les fonctions, en apparence, les plus humiliantes ; et chacun déférait cet honneur à M. Perrochel. « J’ai demandé à Dieu cette grâce avec » instance, dit-il, de ne jamais passer que pour un » rien et pour un homme de néant que je suis ; ce » que j’ai acquis par sa bonté : car j’ai toujours été » traité de la sorte, n'ayant jamais eu d’extérieur » qui annonçât autre chose de moi. Dans mon pre- » mier voyage d’Auvergne, où je menai en carrosse » dans ces déserts sauvages, des personnes de con- » dition , entre autres M. Perrochel , on demandait » qui était celui qui conduisait tant de personnes » de qualité; on ne pouvait jamais croire que ce fût » moi, et l’on indiquait M. Perrochel, qui passait » déjà en ce pays, quoique alors il ne prêchât point » encore (2), pour ce qu’il est, comme il l’a montré » partout, savoir : un ange envoyé de Dieu, un » apôtre , enfin une vive image de Notre -Sei- » gneur(3)f. »
En se livrant ainsi aux travaux de la mission, M. Olier ne perdait pas de vue le dessein qu’il avait formé d’aller à Langeac, pour savoir si la mère Agnès ne serait pas la servante de Dieu qui lui avait apparu durant sa retraite. De son côté Agnès n’ignorait rien de ce qui concernait M. Olier. Au moment où la troupe de missionnaires était partie de Paris, elle avait eu connaissance de son voyage(4);
f Notre bienheureuse sœur Agnès, écrivait M. Olier, cette grande servante de Jésus-Christ, et si éclairée, me dit une fois, parlant de M. Perrochel : C’est un homme tout à Dieu ( 5).
Tom.. I. 7
(1) VieMs.de M. Ohcr, par M.
de Dretonvi Hiers t. 1, |>. (4!). — L'année Dominicaine , etc. — Remarques historiques, t. m, page 400.
(2) Mémoires aut de M. Olier, t. 11, p. 200, 270
(3) Ibid. t. u,
La mère Agnès manifeste à M. Olier sa vocation touchant l’établissement des séminaires.
(4) iilém. aut.
de M Olier, 1. 1, p. 05. — L'Ann e Dominicaine etc. — Remarq.
liist. t. m, pago
(5) Mémoires aut. de M. Olier, t. 11, .p. 187.
(l) Vie de la mère Agnès, in- 4°, p. 50G.
(2) Summarium, etc. test, xiv. Dépositions delamère Bayol
(3) Ibid. test, xvn. Dépositions de la mère des Séraphins.
(4) Mémoires aut. de M. Olier, 1. 1, p. 84, 85. — Vie Ms. de M.
Olier, par M. de Brelonvilliers , t i, p. 1 10.
+ NOTE 2, page 123 .
et, depuis ce jour, elle n’avait cessé de parler à ses sœurs de l’arrivée prochaine de l’abbé de Pébrac, et toujours avec les sentiments d une joie extraordinaire. Ces religieuses ne pouvaient comprendre comment leur Mère témoignait tant d’estime pour un ecclésiastique qu’elle n'avait vu, ni eu occasion de connaître (1). Elles soupçonnèrent qu’elle avait eu quelque lumière surnaturelle à son sujet ; et l’arrivée de M. Olier en Auvergne, quelles apprirent bientôt, les confirma toutes dans cette persuasion, non moins que sa première visite au monastère.
Dès que les exercices de la mission lui laissèrent quelque loisir, et peu après son arrivée en Auvergne, il prit enfin la route de Langeac. Tout ce qu’il entendit raconter de la sainteté de la mère Agnès, dans cette ville et dans l’hôtellerie même où il s’arrêta, fortifia de plus en plus le pressentiment qui l’avait amené, et lui donna un nouveau désir de voir cette fille extraordinaire (2). Une autre circonstance l’étonna au-delà de tout ce qu’on peut imaginer, ce fut de recevoir, dans l’hôtellerie même, la visite d’une tourière que la mère Agnès lui envoyait pour le saluer de sa part (3). Cette attention, qui semblait n’avoir rien que d’ordinaire , offrait à M. Olier une occasion toute naturelle de rendre sa visite à la Prieure qui l’avait ainsi prévenu ; mais il fut privé ce jour-là de l’avantage de s’entretenir avec elle. Agnès ne put venir au parloir : elle témoigna cependant par une distinction qui étonna beaucoup ses sœurs , l’estime singulière qu’elle faisait de cet ecclésiastique ; car elle leur remit son chapelet, en les chargeant de le lui donner de sa part (4). Après plusieurs voyages à Langeac, où M. Olier s’était toujours inutilement présenté au parloir*, la Prieure vint le trouver. Elle entra, accompagnée d’une de ses religieuses, le voile baissé sur le visage, selon la coutume de son Ordre, et lui parla d’abord comme à un ecclésiastique qu’elle paraissait ne con-