LA MERE AGNES DEMANDE DE MOURIR
de son côté , que son retour dans cette ville était nécessaire (1), pour traiter une autre affaire importante, dont le succès contribuerait beaucoup à la gloire de Dieu. Quelque pénible que dut être à M. Olier une séparation si prompte et si inattendue , dès le premier mot le sacrifice fut fait. La Mère Agnès y parut d’abord très sensible ; mais ayant bientôt demandé à Dieu la grâce de le lui offrir avec générosité, elle pressa elle-même M. Olier d'obéir et de partir sans délai (2). Au moment de prendre congé l’un de l’autre , elle lui donna son crucifix*, et lui dit: « Depuis votre arrivée, j'avais » cessé de demander à Dieu d’aller à lui ; mais » maintenant je puis bien dire adieu aux parloirs » et au monde. » En se retirant elle dit tout haut: » Adieu, parloirs, je ne vous verrai plus, » et alla aussitôt se prosterner devant le très-saint Sacrement. Là , fondant en larmes, elle adressa à Notre- Seigneur les paroles suivantes, qui firent connaître à ses Sœurs la proximité de sa mort. « Hé , mon » Dieu ! que m’avez-vous fait? Vous m’aviez donné » un homme selon mon cœur , et vous me l’avez » ôté. Hé bien, mon Tout! que votre sainte vo- » lonté soit faite (3)1 Mon cher Époux et Ami » (c’est ainsi qu’il appelait Notre-Seigneur), j’ai ac- » compli , par votre grâce , l’œuvre que vous et » votre sainte Mère m’aviez confiée, et pour la- » quelle vous avez voulu que je demeurasse encore » sur la terre. Vous savez le désir que vous avez » mis dans mon cœur, de vous aimer de toute son » étendue, uniquement et sans réserve; ce que ne » pouvant pas faire sur la terre, j’ai toujours dé- » siré d’aller à vous, pour être dans le parfait amour. » Mon cher Ami, ne retardez pas mon bonheur: » tirez-moi à vous, et donnez-moi place parmi ceux » qui vous bénissent et vous adorent sans cesse; » car, si vous ne le faites, je crois que je mourrai » de langueur à chaque moment. Je vous remer- » cie d’avoir écouté mes prières , et de m’avoir
(t) Vie de la M. Agnès de Jésus, p. j 15. — Année Dominicaine, etc. — Remarques historiques, t. ni, p.
Olier, par M. de Bretonvilliers, t. i, p. 11G.
* NOTE 21, p. 133.
(3) Année Dominicaine , etc.
— Remarques historiques ,t.m, p. 461.
* NOTE 22, p. 134.
(1) Vie Ms. de if. Olier, par M.
de Bretonvilliers. t. i, pag.
(2) Admirable Vie de Sœur Agnès, t. ii, liv. vi, chap. ii.
(3) Attestât, autograph. touchant M. Olier,
(4) Année Do ■ minicaine, etc.
ibid.,p. 462.
La M. Agnès meurt. M. Olier écrit aux religieuses de Langeac pour les consoler.
(5) Vie de la if. Agnès de Jésus , 2’ part, eh. xx, p. 369, et suiv.
(6) Mira, g ut.
dé LL Olier, 1. 1,
(7) L’admirable Vie, etc., t. î, Préface.
» donné et fait voir celui que vous désiriez que je » procurasse à votre Eglise par mes soins : l’ayant » vu et le sachant à vous , laissez aller mon esprit » en paix. Je ne vous demande pas que vous le ti- » riez avec moi de ce monde, m’ayant fait voir qu’il » vous devait rendre de grands services dans votre » Eglise. Préservez-le du mal , ayez- -le sous votre » protection ; faites-lui la grâce de n’aimer que vous. » de n’être possédé que de votre esprit , et de ne » vivre que de votre vie. Ce sont les prières que » vous fait votre pauvre servante, résolue de ne bou- » ger d’ici, jusqu’à ce que vous l’ayez exaucée*(l). »
Peu de jours après le départ de M. Olier, la Mère Agnès tomba malade , le 12 octobre 1634 (2); et. profitant du peu de temps qui lui restait encore, elle écrivit au Père de Condren , général de l'Oratoire, pour le prier de se charger de la conduite spirituelle de M. Olier, qu’elle -même ne pouvait plus diriger visiblement (3). C’était . pour ce Père, comme un ordre du Ciel , à cause de l’estime singulière qu’il faisait de cette sainte fille f .
Agnès écrivit aussi à M. Olier, pour lui déclarer qu’elle ne tarderait pas d'aller se réunir à Dieu (4): l’événement justifia cette prédiction d’une manière frappante ; car elle mourut le 19 du même mois, âgée de trente-deux ans (5) , trois semaines seulement après que M. Olier l’eût quittée (6). Il reçut la lettre , qui lui apprit la nouvelle de sa mort , le jour de la Toussaint, lorsqu’il était au confessionnal, dans l’église de Saint-Paul, à Paris. « Aussitôt. » tout touché, dit-il, je m’en allai devant le Saint- » Sacrement faire mes plaintes à Notre -Seigneur » de ce qu’il m’avait ôté ce secours pour mon salut.
f Étant sur le point de se démettre du généralatde l’Oratoire, le Père de Condren consulta par lettre la Mère Agnès : et dès qu’il eût reçu sa réponse, qui fut négative, il renonça sur-le-champ à ce dessein (7).
Ti-Ëub.