MORT DE LA MERE AGNES
» à l’imitation cle la pratique de cette bonne Sainte » en pareille rencontre; je m’adressai même à elle » dans le Très-Saint-Sacrement, puisque les Saints » y sont présents , et que partout où Jésus-Christ est , partout aussi les Saints le suivent. Étant » donc beaucoup affligé de sa mort, et m’adressant » à cette sainte âme , qui avait grande compassion
» de la moindre de mes peines . , aussitôt je fus
• remis de ma douleur, mes larmes furent essuyées., » et même , contre mon gré , je me sentis dans l’impuissance de pleurer et de m’affliger davan- » tage : car, en ce temps , j’étais encore dans cette » niaiserie , de croire qu’il fallait s’affliger après de » telles pertes , qu’il fallait même donner ce témoi- » gnage à l’amitié d’une si sainte personne ; ce qui » est une des manies du monde , comme si les » Saints ne gagnaient pas au départ de cette vie(l). » M. Olier, ainsi consolé, songea à consoler à son tour les Religieuses de Langeac , que cette perte avait jetées dans la consternation , et dont la douleur semblait n’avoir pas de bornes. Il commença sa lettre par cette salutation :
« Mes révérendes Mères , Jésus-Christ délaissé de son Père, la Mère délaissée de son Fils,- soient votre consolation et votre appui.
« Quoiqu’il n’y ait rien de plus commun dans le monde que les pertes , la vôtre ne peut être com- ■ mune : je le connais assez parce que j’en éprouve,
- moi qui ne saurais prétendre si légitimement que vous à la possession de votre bienheureuse Mère.
- Vous avez eu sujet de gémir quelque temps, et •• vous pouvez encore soupirer à l’ouverture de ma
lettre , en voyant la plaie que cette mort a faite à „ mon cœur. Mais , toutefois , mes révérendes Mères, ce qui doit nous consoler tous également, c’est qu’étant obligés d’oublier nos intérêts pour procurer ceux de Dieu , nous sommes assurés » qu’il gagne dans nos pertes; et qu’aujourd’hui il » possède pleinement cette âme, que l’usage de sa
(1) Mém. aut deM. Olier, t. i p 85, 80. — T m, p. 58 . — T v, p. 331 , 332
» liberté retenait auparavant incertaine , et dont il » n’avait encore que l’attente. Mes révérendes Mères, » que saurions-nous perdre dans un événement qui » enrichit même la majesté de Dieu? Vous avez » perdu une fille , et vous avez une Sainte ; elle » était dans vos bras , et elle est dans le sein de » Dieu.
« Mais, outre cela , ne devons-nous pas nous ré- » jouir du bonheur de votre Mère? Vous aimiez » mieux sa vie que la vôtre , comme vous me le » mandez ; vous ne devez pas moins aimer sa gloire : » et si vous vous affligiez au-delà des premières » surprises , ce serait haïr et pleurer son bonheur , » et lui faire croire , si elle en était capable , que » vous seriez jalouses de son repos et ennemies de » sa félicité. Ce sont là les ouvrages bien impar- » faits de nos faibles sentiments. Mes révérendes » Mères, il ne faut donc pas pleurer sur son corps, » puisqu’il attend la gloire ; moins encore sur son » âme, puisqu’elle la possède. Ce serait remplir de » larmes le paradis, où ces effets de nos faiblesses » et de l’imperfection de notre foi ne doivent pas » avoir d’accès. Je vous dirai qu'il faudrait prendre » garde en cette rencontre à un malheur assez com- » mun qui suit la mort des grandes âmes , savoir , » le déclin et le déchet de leurs maisons. Ce n’est » pas que notre Dieu n’ait autant de motifs de » nous favoriser qu’auparavant , mais la méfiance » pour lui éloigne ses approches et ses caresses. » Les pertes des créatures nous unissent toujours » à Dieu , de même que leur jouissance par trop » intéressée , et leur attache trop empressée , nous » en sépare et nous en éloigne. Et , comme vous le » savez, les recherches que nous faisons de l’amour » divin et de la grâce dans les créatures , sont vi- » cieuses et blâmables , dès qu’elles s’éloignent de » la volonté de Dieu. Notre Dieu se réserve tou- » jours cet empire et cet hommage pour soi ; et » veut aussi par là nous montrer que quelque