‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 89 sur 249 · MORT DE LA MERE AGNES · texte numérisé non relu

MORT DE LA MERE AGNES

» sainte que soit sa créature , si elle nous remplit » et nous occupe d’elle-même, elle bannit Dieu de » nous, et en éloigne ses faveurs et ses grâces.

» C’est de quoi j’ai bien peur pour moi , et ce que » je n’appréhende pas pour vous: vous êtes ses » bonnes filles , les héritières de ses vertus , les » images vivantes de sa grâce ; et moi , misérable » pécheur, je suis l’ingrat sujet de ses bénédic- » tions, l’infidèle successeur de ses dévotions, l’in- » soient profanateur de ses grâces , et qui peut- » être , par mes péchés et mes misères , ai causé sa » mort. Priez-la donc, invoquez-la donc pour moi ;

» les filles auront pouvoir sur l’esprit de la mère.

» J’attends cette faveur , étant , mes révérendes (0 Archives » Mères, votre très-humble et très-obéissant fils , s*™athœHnede » frère et serviteur (1). » Langeac.

Les Religieuses de Sainte-Catherine de Langeac, dont la communauté s’est perpétuée jusqu’à ce jour dans cette ville , conservent religieusement une ancienne copie de la lettre que nous venons de rapporter. Par respect pour M. Olier, qu’elles ont toujours vénéré comme un Saint , elles la tiennent renfermée dans une boîte où sont plusieurs reliques de la Mère Agnès. Elles y conservent aussi une écuelle avec sa sous-coupe, dont le serviteur de Dieu se servait dans ses visites à la Mère Agnès*, * note 23, ainsi qu’un- calice en argent qu’il donna au monas- 134tère. C’est une nouvelle preuve de l’impression profonde qu’a laissée autrefois l’idée de sa sainteté.

On a vu, par la lettre de M. Olier, l’assurance XX. qu’il eut de la gloire de la Mère Agnès, dès qu’il en M. Olier eût appris la mort. Depuis ce moment , l’une de quitte son carses intentions, en offrant le Saint Sacrifice , fut de rosse et mene remercier Dieu de la mesure extraordinaire de une vie aP0S“ grâces dont il l’avait enrichie, et il ne cessa de l’in- tolicluevoquer avec une confiance égale à la vive affection qu’elle lui avait toujours témoignée. La privation d’un tel appui , au lieu de ralentir sa ferveur, sembla l’animer au contraire d’un nouveau zèle pour

(1) Mém. aut.

de SI. Olier, t. n, p. 345 et verso.

(2) Vie de î If.

Olier, par lePère Giry, Ve partie, ch. vi, p 25. — Année Dominic.

— Remarq. historiques , t. 7.11, p.4G2. — Vie Ms.

de M. Olier par M. de Bretonvilliers, 1. 1, p. l‘J 1 ,

(3) Vie Ms. de saint Vincent de Paul, par Abelly,\. i, ch. xxxii.

Un saint Évêque veut remettre à M.

Olier son évêché.

pratiquer les conseils de perfection qu'il avait reçus de cette grande servante de Dieu , surtout la pauvreté évangélique quelle lui avait si souvent et si fortement inculquée. Jusqu’alors il avait retenu, par l’ordre de saint Vincent de Paul, son carrosse et ses chevaux , quoiqu’il lui en coûtât de continuelles violences. « Depuis que je m’étais donné ■entièrement à Dieu, dit -il, j’éprouvais mille v peines et mille souffrances, lorsque j’entrais dans » le carrosse que j’avais conservé jusqu’à ces der- » niers temps ; et les fréquents accidents qui m’ar- » rivaient ensuite, me confirmaient de plus en plus » dans la pensée où j’étais que Dieu voulait me » voir débarrassé de tous ces dehors mondains. Je ne puis porter les livrées du monde, ni ses façons de faire ; je ne puis m’accommoder à ses suites, » à ses laquais, à ses équipages, enfin à tout ce qu’il - estime; et il me semble que je souffre les peines » du purgatoire, quand je pense à un train et à un » laquais qui me suit (1). » Étant donc de retour à Paris, il obtint enfin de son directeur, avant la fin de cette année 1634 , la permission de vendre , au profit des pauvres et des missions qu’il projetait, son carrosse et tous ses chevaux. Il ne se réserva qu’un seul domestique , par l’ordre exprès de saint Vincent de Paul (2); et , au mois de janvier, pour suivre l’attrait qui le pressait de se dévouer au salut des pauvres de la campagne, il se joignit aux prêtres de Saint-Lazare, dans une mission qu’ils allaient prêcher (3).

Deux motifs l’avaient déterminé à quitter si promptement l’Auvergne : la réforme de son abbaye, qui n’eut alors aucune suite, et, comme nous l’avons dit, un ordre du Père de Condren. Ce Père lui avait mandé de se rendre sans délai à Paris pour une affaire qui exigeait sa présence ; et, comme elle eut de grandes conséquences pour la vocation de M. Olier, il est nécessaire d’en exposer toutes les circonstances en détail. Depuis plusieurs an-

ON OFFRE A M. OL1ER l’ePISCOPAT

nées, M. Olier avait eu un songe que nous avons déjà rapporté : il lui avait semblé voir saint Grégoire-le-Grand et saint Ambroise assis dans deux trônes, et, au-dessous, la place vacante d’un curé. Quoiqu’il eut l’esprit encore frappé de ce songe, il n’en comprenait et n’en soupçonnait pas même le sens ; seulement il en avait conçu une dévotion particulière pour saint Ambroise ; il pensait souvent à lui dans ses oraisons , et il en méditait les vertus et les exemples, afin de le prendre pour modèle, si Dieu l’appelait un jour à l’épiscopat. C’est précisément pour une proposition de ce genre que son retour à Paris était désiré ; l’opinion qu’on avait conçue de son zèle et de sa piété ayant fait naître à un prélat (1) la pensée de le demander au Roi pour son successeur. Ce prélat , homme de grande oraison, et qui priait depuis plusieurs années pour obtenir un sujet digne de cette haute charge, crut, dès la première entrevue, avoir enfin trouvé dans M. Olier celui qu’il demandait à Dieu si instamment; et, de son côté, M. Olier se sentit pénétré de vénération pour la personne de cet évêque. « Il me fit beaucoup d’honneur, dit-il , » en me témoignant cette bonne volonté , préféra- • blement à plusieurs autres, mille fois plus ca- •• pables que moi. Ses saints entretiens me touchè- ■ rent extrêmement , surtout le premier , lorsque, me parlant de saint Ambroise , de la vie duquel j’avais l’esprit tout rempli , il me fit fondre tout en larmes. J’estimais beaucoup ce saint docteur, tant parce qu’il était le protecteur de notre Sœur Agnès , que parce qu’il m’avait apparu en songe avec saint Grégoire (2j. »

Dans les dispositions où M. Olier était alors à l’égard de l’épiscopat, un mot de saint Vincent de Paul, son directeur, qui l’y croyait appelé, eût suffi pour lui persuader qu’il était lui-même ce successeur demandé à Dieu avec tant d’instance, et que

(l) Le Père Ed.

Cloysault,dansle Recueil des vies de quelques prêtres de laCongrégnt. de l’Orat., t.i, p. 256, pense que c’était M. de Corueillan , évêque de Rhodez.

(2) il/rim. aut.

de M. Olier, t. 1, p 98, 99.

saint Ambroise lui servirait en effet de modèle dans cette nouvelle dignité. Mais , par un dessein particulier de la Providence , il passa , dans ces circonstances mêmes , sous la conduite du Père de Condren , à l’occasion que nous allons dire ; et ce changement fit échouer tout à fait les desseins du prélat.

NOTES DU LIVRE TROISIÈME

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