SÉMINAIRE DE VILLEFRANCHE
à douze questions de dogme ou de morale. Enfin, ls prêtres embrassèrent la réforme avec tant de docilité, que tous se conformèrent comme à l'envi aux saints canons en ce qui concerne la soutane, la tonsure et le reste de la vie des clercs. Aussi M. Olier qui cette annce, à son retour du pélerinage d'Annecy, passa par Rodez et Villefranche, voyant l'empressement avec lequel les prètres avaient adopté ces pratiques salutaires, ne put sempècher de dire à ses ecclésiastiques qu'il ne tarderait pas de les rappeler pour les envoyer ailleurs (1). Nous devons ajouter, à la louange des prêtres de ce diocèse, qu'après le départ des ecclésastiques de Saint-Sulpice ils ne laissaient pas d'aller spontanément faire quelque séjour au sémiaire de Villefranche, pour se former aux vertus taux fonctions de leur état, quoique dans les premières années on y füi fort mal logé et qu'on y sècùt dans une pauvreté et un dénuement extrè— mes. Il est vrai que les prêtres de Saint-Sulpice rent tout ce qui était en leur pouvoir pour soutenir cette maison destinée à maintenir et à étendre l'œuvre de la réforme. M. de Queylus, étant revenu quelque temps après à Villefranche, prit son logement au séminaire (2), tant par esprit de mortification que pour accréditer de plus en plus. par son exemple, cette maison dans l'estime du clergé. Plus hard, voyant qu'elle était inquiétée par le chapitre de Villefranche, touchant la validité de l'union de l'égise des Treize-Pierres, et menacée d'être supprime, il s'en déclara hautement le protecteur, et s'en montra toujours un bienfaiteur insigne : « Ilest si
L'affectionné à notre œuvre, écrivait M. Bonal, qu'il
> à proposé de nous donner la ferme de sa métairie : de Loc-Dieu, afin que nous eussions là nos pro- > visions de blé, de bois et le reste; et conjointe- » ment avec M. Hudon (prètre de Saint-Sulpice), veut nous obtenir de M. de Péréfixe (successeur de M. de Noaiïlles) la confirmation de notre éta-
du Ferrier, p.
Bonal, p. 33, 34, 36, 90, 51,
Bonal, p. 47,
(2) Ibid.p 27, 41, 49, b1.
\3) Archiv. de l'Aveyron.
(4) Arch. nat.
Mission, t. v, fol. 122.
Occasion du séminaire de Limoges.
#(5) Villefranche Notre-Dame, M:. in-4°.
» blissement, et ensuite des lettres patentes du » Roi(1). » M. de Péréfixe donna en effet sonde cret de confirmation le 14 juin 1651 (2), et plus tard le Roi accorda aussi ses lettres patentes (3) Entin M. de Queylus et quelques personnes de Villefranche contribuèrent par leurs libéralités ; la construction d'un bâtiment considérable pour l'usage commun du séminaire et de la socièté des prêtres de M. Bonal. Cet établissement persivér ainsi jusqu'en l'année 1725 qu'il fut uni à la congrégation de Saint-Lazare (4) +.
En revenant de Rodez à Paris, M. Olier se rendit à Limoges pour y vénérer, comme on l'a déj dit, les reliques de saint Martial, apôtre de l'Aquitaine. L'état ou il trouva le diocèse de Limoges le pénètra de douleur : c'était alors un champ sans culture et tout couvert de ronces et d'épines, tant les âmes y Ctaient négligées. Des gentilshommes y possédaient les cures en proprièté : par l'abus le plus sacrilège, ils les affermaient à des vicaires amo-
+ Les chanoines de l'église collégiale et paroissiale de Villefranche. dans le voisinage desquels était situce l'atbaye de Loc-Dieu, furent pour M. de Queylus l'objet dune particulière sollicitude. Pour introduire parmi eux k réforme avec plus de facilité, il accepta, sur la résignation &e M. Hérail et de l'avis de M. Olier, la prévôté de leur chipitre, dont il prit possession en personne, sur la fin de l'année 1656. On lit dans un écrit du temps que, le jour de Pâques, il officia solennellement dans cette église à la grande édification de toute la ville, et en particulier des consuls, qui allèrent le visiter par honneur. « L'abbé de » Queylus, ajoute-t-on, étant un personnage de grande pro- » bité et piété contribua beaucoup par son exemple et ses » douces remontrances à la réformation de ce chapitre coll » gial. » Il était même sur le point d'y unir son abbaye de Loc-Dieu, pour mieux affermir cette réforme, lorsqu'il fut rappelé à Paris par M. Olier, qui allait l'envoyer au Canada. Obligé alors de se démettre de sa prévôté, il la résigna à Pun des chanoines, très-zélé pour le maintien de la disc pline et pour procurer la décence et la splendeur du culte divin (&).
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SÉMINAIRE DE LIMOGES. 519 vibles, et en donnaient les revenus pour dot à leurs enfants (1). L'ignorance du clergé et l'oubli des devoirs les plus essentiels y étaient portés à un tel point, qu'un ecclésiastique écrivait à M. Bourdoise: « Ceux-là sont estimés, par le commun, bons ecclé- » siastiques, qui lisent bien et ne sont pas sujets à » des crimes énormes. » Un autre lui écrivait: «Certes, si vous saviez la centième partie de ce qui se passe dans les églises de la campagne, , vous en pleureriez des larmes de sang (2). » Il ærait difficile de se représenter la désolation de M. Olier: l'état de ce diocèse l'affligea si vivement, uaprès avoir dit la sainte messe au tombeau de sunt Martial, dans l’ancienne abbaye de ce nom, il y demeura l'espace de cinq heures en oraison, tigné de larmes, suppliant, avec toutes les instances de la plus ardente charité, le Pere des miséicordes d'avoir pitié du pauvre peuple qu'il voyait ins un si affreux délaissement (3). L'un de ceux qui l'accompagnaient, entendant ses gémissements # ses sanglots, et le voyant tout en pleurs, s'approcha pour lui en demander la cause. « Hélas ! lui »répondit-il, ne savez-vous pas que ce diocèse est dans l'abandon ? il faut prier Notre-Seigneur de lesecourir, en suscitant quelques bonnes âmes > qui y travaillent pour sa gloire. » Nous apprenons par la Vie de la sœur Anne-Marie du Calvair, formatrice du petit couvent de Sainte-Claire i Limoges (4), et par celle de M. de Savignac (5), de quelle manière furent exaucèés les vœux si ardents de M. Olier. Drev lui assura, au tombeau de sant Martial, qu'il serait lui-même l'instrument de la grâce qu'il sollicitait pour ce diocèse, lui promettant à Limoges, un séminaire conduit par sa wmpagnie, et le siège épiscopal de cette ville pour lun de ses enfants spirituels. L'événement ne tarda pas à justifier la promesse.
Cinq ans après la mort du serviteur de Dieu, \. François de Lafayette. évèque de Limoges, qui
(1) Vies Ms.
Grandet, Vie de M. Bourdon, t.
(2) Vie de A.
Bourdoise, Ms.
in-4°, p. 504.
(3) VieMs, par M. de Bretonvilliers, t. n, p.
(4) Vie de la mère Anne-Marie du Calvaire, 1684, in-1°, et Abrégé de la même, in-40, p.