SÉJOUR À LA CAMPAGNE
posa d'aller passer quelques jours à Yvoyen Berri,
dans une terre de sa famille. Il se disposait à s'y
rendre, mais la commodité lui en ayant manqué, il
accepta l'hospitalité que M. de Meules, son ami, lui
offrit au château de la Source qui est dans un site
très-agréable, à la source du Loiret. Il espérait que
le repos, la fraicheur de l'air, et surtout les eaux de
la Source, alors en grande réputation (1), lui pro= (1) Recherches
cureraient quelque soulagement. « On m'a conseillé DEEE
»ce petit remède, écrivait-il, pour tempèrer la ans, par Lottin,
» grande ardeur de mes entrailles; je suis dans ! ! P: 149.
» l'appréhension d'une fièvre tierce, vu que j'ai
» toujours les nuits intgales pour le repos, et qu'il
» a paru cette nuit de l'émotion et quelque sorte
» de frisson caché. Je ne puis pas trouver cepen-
» dant un lieu semblable à celui-ci, pour espérer
» quelque soulagement ailleurs de la situation du jujtres aut.
» lieu, ou de la qualité de l'air (2). » p. 553, 654, Cependant, les médecins ayant changé d'avis au IV.
sujet des eaux de Bourbon, M. Olier qui se sentait M. Olier va
trés-agité, et qui, peut-être, dès lors, avait reçu AUX eaux de
quelque avertissement de ce qui allait lui arriver, FEU:
quitta le château de la Source vers la fin d'août, et
se mit en route pour le Péray. Il séjourna, en pas-
sant, à Châtillon-le-Roi, dans la Beauce, où il re-
trouva les mèmes soins et les mêmes empresse-
ments qu'au Péray. La terre de Châtillon apparte-
nait à Marguerite de Rochechouart, qui avait
ipousé Alexandre de Sève, frère de madame Tron-
son (3); et toute cette honorabie famille était éga— (3) Gnéalogie
lkment pénèétrée d'estime et de vénération pour le los 2
serviteur de Dieu. Comme sa santé ne se rétablis- çôve, à
sait pas non plus à Châtillon (4), il reçut une lettre ,4; Lettres aut.
de son médecin, qui lui conseillait d'aller aux eaux 521.
de Thoury en Sologne +, Il se mit aussitôt en
+ Thoury est un bourg du Blaisois, à peu de distance du château de Chambord. On y voit, surle chemin qui conduit à Varennes, une fontaine entourée et recouverte de maçon-
(1) Lettres au.
2)1bid, p. 539, (3) Année Dominicaine. Rem.
hist.tut, p.477,
D'Ev prépare M. Olicr à une nouvelle
croix,
(:) Mie, par M.
de Bretonrillies, ti, p.395.
(5) Vie, par le P. Giry, ‘par.
lie, ch, xin.
(6) Vie, par M.
de Bretonritliers, 1. 111, p.
marche. « Nous tenterons ainsi toutes les ouver. » tures que la Bonté de Dieu nous donnera, » écrivait-il, et puis nous nous tiendrons en repos » dans les bras de sa Providence (1). » Mais le temps s'étant tout-à-coup refroidi, M. Olier, d'après l'avis de son médecin, prit le parti de retour. ner à Châtillon (2), et de là au P&ray, où il fut frappé de la maladie qui devait achever l'œuvre de sa sanctification (3) et terminer sd vice,
Dieu, par un cflet de sa conduite ordinaire sur son serviteur, l'avait préparé depuis longtemps à cette nouvelle visite, Quatre ou cinq mois auparavant, lorsque M. Olier allait à la campagne, pour une affaire qui importait au bien des âmes, une per. sonne, se trouvant avec lui en voiture, lui dit: « Bien- » tot vous serez dans un état qui vous fera demeu- » rer dans le monde, comme si vous n'y étiez » point (4). » Il répondit sans hésiter : « Je serai » content d'être dans l'état où Dieu me voudra : je » ne désire et ne veux autre chose (5), » Cette prédiction ne fut pas la seule qui le prépara au calice de souffrances dont l'amertume remplit le reste de ses jours. Il en fut averti intérieurement par la trèssainte Vierge durant le voyage dont il vient d'être parlé. « N'ayant pas dessein de retourner sitôt à » Paris, dit M. de Bretonvilliers, cette sainte Mere » de bonté et de miséricorde lui fit connaitre qu'il » devait bientôt tomber dans une grande maladie, » et ainsi l'exhorta de s'en retourner au plus tôt(6).» À ces avertissements Dieu ajouta une faveur bien précieuse, un amour extrème de la croix, qui portait M. Olier à parler sans cesse de ses avantages, des biens qu'elle avait apports au monde, et de l'estime que nous devons avoir pour elle, Craignant
nerie, et appelée dans le pays la fontaine de Saint-Roch Cette source, qui est ferrugineuse, était autrefois en grande vénération dans la Sologne, et l'on y venait de tres-loin pour boire de son cau, atin de se préserver des maladies pestilentielles, Elle est encore fréquentée aujourd'hui.
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donnera, 15 en repos » Mais le Olier, d'ade retour- , où il fut l'œuvre de
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» Saint-Roch ois en grande t de tres-loin des maladies urd'hui.
que la maladie dont il allait ètre frappé ne se déclarten chemin, il avait usé, pour se rendre au Péray, de toute la diligence que son état de faiblesse pousait lui permettre (1), et y était arrivé, selon ses désirs, avant le 8 septembre, fète de la Nativité, A l'oscasion de cette fête et de celle de l'Exaltation de h sainte Croix, il fit exécuter de petits berceaux, où Marie enfant était représentée, portant dans ses mains des croix qu'elle distribuait à des ecclésiastiques, selon la grandeur de l'amour qu'elle avait pour eux, et selon l'excellence des œuvres que son divin Fils voulait opérer par leur ministère (2). Le jur mème de la Nativité et durant l'octave de cette fête, il ne cessa de demander ardemment à Dieu la grâce d'estimer et d'aimer les croix, et prit la réso- Ltion de s'efforcer d'en imprimer le respect et l'a mour dans tous les cœurs, s'accusant de n'en avoir pas assez parlé dans les entretiens qu'il faisait au &minaire, cet, selon son expression, de n'avoir pas assez battu et pressé ce sujet (3). Tout ce qu'il disait touchant cette matière était plein d'énergie, et la croix devint presque l'unique objet de ses conversations (4).
Enfin, lorsqu'il fut ainsi préparé à l'état d'épreuves dans lequel il devait finir ses jours, le 26 de septembre, pendant qu'il ctait seul dans sa chambre en oraison, vers huit heures du matin, il it frappé d'une apoplexie qui le rendit paralycique detout le côté gauche (5). Sa première pens£e fut alors de s'offrir à Dieu en qualité d'hostie, selon Île tœu qu'il en avait fait depuis longtemps, et de s'abandonner sans réserve, en union à JÉsus-CHRIST mourant sur le calvaire, pour recevoir le coup de la mort de la manière et dans le temps qu'il plairit à la divine Majesté. Cet accident lui avait laissé k liberté de l'esprit, et l'usage de tout le côte droit: il ft quelque bruit sur le plancher, pour appeler du s&cours; mais, personne ne se présentant, il demeura couché de la sorte, adorant la justice de
(1) Vie, par M. de Pretonvil.
liers, tu,p.804,
(2) Ibid, t, u, p. 408.
(3\ Attest. aut, touch. M. Olier.
(4) Vie, par M. de Bretonvildiers, t.u,p.398, SUR
M. Olier est frappé d'apoplexic.
Vie, par le Père Giry. 1" purtie, ch. xIX, — Hem. hist. t.
ni, p. 477, 043,
(1) Vie, par M. de Bretonv'lliers,1.11, p.405, | A Courage admirable du serviteur de Dieu.
(2)1bid, p.406,
Drev, qui l'ordonnait ainsi pour sa plus grande gloire, et se trouvant content d'être délaissé, même jusqu'à la mort, pour honorer l'état de Jésus- CHRIST, mourant abandonné de presque tous les siens. À la fin, quelqu'un étant entré par hasard dans sa chambre, et l'ayant trouvé étendu par terre, incapable de se relever, M. Olier se mit à sourire doucement: tant il conservait le calme et la paix de son âme (1).
Sa parfaite conformité à la volonté de Dreu ne parut pas seulement dans cette première épreuve, Les suites de l'accident qu'il venait d'essuyer mon: trèrent jusqu'à quel point l'amour du sacrifice, que respirent ses écrits, était profondément imprim# dans son cœur. Des qu'on l'eut relevé et mis au lit, et qu'on commença à lui faire les traitements ordinaires, il les supporta tous, non seulement avec patience, mais avec joie et exultation, comme le rapportaient ceux qui s'étaient trouvés auprés de lui, Cette joie n'avait pourtant rien de sensible; elle était un effet de son grand amour pour la très-adorable volonté de Dieu,et de son abandon parfait à sa Providence ; car, du reste, il n'avait pas perdu le sentiment par cette apoplexie, qui n'était qu'à demi formce, ct qui avait dégénéré en paralysie trop imparfaite pour engourdir ses sens; en sorte qu'il ne souffrait pas moins de ces traitements si douloureux, que s'il leseûtendurés dans la santé la plus entière. Pour rendre le mouvement aux membres paralysès, on usait de ventouses, on lui enfonçait mème des lancettes bien avant dans les épaules(2). Le chirurgien, sans l'avoir averti, lui donnant d'abord des coups de rasoir jusqu'au sang, M. Olier fit paraître quelque sentiment de douleur par un mouvement involontaire, accompagr” de ces paroles: « Il aurait fallu » m'avertir, on est moins surpris lorsqu'on sy at- » tend.» L'un de ses ecclésiastiques lui promit de le prévenir quand le chirurgien passerait à l'autre épaule. Il l'avertit en effet; et, pendant toute cette
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sconde opération M. Olier ne jeta pas un seul sou pir, etne fit pas plus de mouvement que si elle eût été faite sur un corps étranger (1). Comme on craignait une nouvelle apoplexie, pour peu qu'on le vit sassoupir hors le temps du sommeil, on le tourmentait tout de nouveau, et on lui faisait prendre presque continuellement des médecines, qui donnérent un grand exercice à sa patience. Car Dieu permit qu'il éprouvât alors pour ces breuvages l'opposition la plus forte, et même que l'usage lui ea devint très-incommode, par la nécessité où le mettait sa paralysie, de les garder cuillerée par cuillerée dans la bouche, avant de pouvoir les avaler. Le gosier n'ayant pas le jeu et 'e ressortordinaires, ilne les prenait que goutte à goutte et fort lentement; ce qui ajoutait beaucoup à l'amertume et au digoùût que causait déjà la nature des remèdes (2).
Non-seulement il montrait une patience toujours gale dans une si accablante position, mais il soufait agréablement à tous ceux qui lui apportaient quelque chose à prendre, les encourageant à ne le point épargner, et à lui offrir sans crainte tout ce quirépugnait le plus au goût, dès que c'était prescit par le médecin. Cette douceur et cette affabiti faisaient l'étonnement de tous ceux qui l'approchaient. Ils ne pouvaient comprendre comment le malade seul était si content et si joyeux, tandis que tous les autres avaient peine à se consoler de ses souffrances. En effet, la paralysie qui avait frappé toute une moitié de son corps; le rendait tellement immobile, qu'il ne pouvait plus se tourner d'un ôte sur l'autre, ni prendre ses aliments. Il fallait k servir comme un enfant à qui l'on met les morœaux dans la bouche ; extrémité qui, loin de l'afliger, quelque humiliante qu'elle fût, Ctait pour lui une source abondante de joies et de mérites, par ks pieux sentiments qu'elle lui donnait lieu de forner dans son cœur. Il adorait alors Notre-Seigneur lësus-Curisr enfant, et se conformait aux saintes
(1) Attest. aut.
touch. M. Olier, p. 196.
(2) Vie, par M.de Britonvilliers, t. 1, p.
Douceur de M. Olier dans cette maladie.
(1) Vie, : ie x M. de Dretont, dispositions dans lesquelles ce modèle parfait d'o-
| hers,t.n, p 407, béissance, tant qu'il voulut être assujetti aux fai-
( dr a AE blesses de l'enfance, recevait ce que lui présentait Olier, p. 198. Sa très-sainte Mère (1).