SA PATIENCE DANS LA MALADIE
attaché pour lui la croix à toutes les créatures, en sorte que dés qu'il voulait s'arrêter à quelqu'une, pour y chercher quelque consolation tout aussitôt il y trouvait la croix. On remarqua, en effet, dans plusieurs occasions, cette conduite de Dieu sur son serviteur. M. Olier avait dans sa chambre un petit oiseau si bien apprivoisé, qu'il venait manger sur sa table, pendant quelui-même y prenait ses repas, et qui donnait d'autres marques plus singulières de familiarité. À l'exemple du bien-aimé disciple qui se récréait avec une perdrix, il témoignait quelque sentiment de joie à la vue de cet oiseau. Mais sa joie fut de courte durée: car une personne, ayant ouvert la croisée par mégarde, laissa échapper l'oiseau qui ne revint plus (1).
Son grand amour pour l'Ecriture-Sainte le portait as'estimer heureux que Dieu lui eût laissé l'usage de la vue, pour pouvoir s'appliquer à la lire (2), dans les moments de relâche que lui laissait son mal. Mais, sachant qu'il devait opérer sa sanctification par le sacrifice de tout ce qui pouvait lui être agréable : « Il me reste, disait-il, cette consola- » tion dans l'usage de la vue; Dieu m'en privera: » sentiment qu'il exprimait avec un air satisfait et une visage riant (3). La paralysie ne le privant que de l'usage du côté gauche, il se trainait en s’appuyant sur un bâton. Comme son corps était d'une extrème pesanteur, et qu'il ne pouvait le mouvoir qu'avec des efforts continuels, il arriva que la poignée de ce bâton, étant toute nue et apparemment pleine d’aspérités, le blessa à la main, dont les nerts demeurèrent tout foulés. Cet accident lui ausait une douleur aiguë, qui répondait jusqu'au coude : il ne s'en plaignit pas néanmoins, et n'en témoigna rien au dehors; on l'aurait vraisemblablement ignorée, si, à la fin, il n’eût faitcouvrir d'étofe la poignée de ce bâton (4). S'il arrivait que, pendant la belle saison, on le conduisit dans quelque jardin ou à la campagne, pour y prendre l'air,
(1) Attestations autographes, p.
(2) id, p.195.
(3) Ibid. p. 197.
(4) Ibid. p.197.
456 PARTIE III. LIVRE IX, = 1654 et Suiv.
l'on voyait qu'il avait l'esprit ailleurs et qu'il ne goûtait ni la promenade, ni les autres divertisse- {4 (1) Vie Ms. t. ments qu'on tàchait de lui procurer. (1). Dans ces n, p. 450, circonstances, lorsque ceux qui l'accompagnaient l'invitaient à délasser un peu son esprit, il leur ré-
pondait avec douceur : « Notre-Seigneur ne permet
» pas que je prenne plaisir à rien, il faut attendre
; (2) Esprit de » le paradis pour nous réjouir (2). » Ne pouvant à | M, Oler. certaines époques s'occuper ni à l'oraison, ni à la lecture, ni à rien qui lui apportât le moindre soula- | MDN gement, et étant d'ailleurs accablé du délaissement intérieur et des sécheresses qu'il éprouvait, il disait
quelquefois : « Notre-Seigneur ne veut pas que je
» me réjouisse en rien; il faut en être content,
» se soumettre de bon cœur à ses ordres. » S'il ar-
rivait que, par mégarde, on l'eût laissé seul dans sa
chambre, lorsque ensuite on lui représentait qu'il
au ! aurait dû envoyer chercher quelqu'un : « Non, ré- | | » pondait-il, il faut imiter JEsus-CHRisT, qui n'a ja- | (8) Ibid. —Vie, » mais cherché aucune consolation sur la terre: sil fi par M: de Br 3 m'arrive d'être seul, j'attends que Notre-Seigneur p. 452. — Giry, » donne à quelqu'un la pensée de venir me trouver.
le part. ch. xx. » ne devant point détourner moi-même personne
Rem. hist. tu, k à : R p. 546. » du service d'un si grand Maitre (3). » XIX. En cet état, contraint de passer une partie de
Son grand l'année dans sa chambreet de donner l'autre auxre- | esprit de sa- médes, il nese considérait plus que comme un arbre HAUTE TE nd infructueux qui devait être arraché (4). Il disait | ses infirmités, quelquefois en souriant qu'il ne connaissait per-
| | (4) Esprit de sonne qui portât une tête plus inutilement que | bn lui (5). Il aimait néanmoins cet état comme ordon- [1] l| auf.p.204 né de Dieu pour sa sanctification. Lorsqu'il s'était vu déchargé de la cure de Saint-Sulpice, il avait éprouvé un grand désir de perfectionner l'œuvre
du séminaire; mais, étant tombé dans sa paralysie.
il renonça à ce dessein, disant: « Il faut que tous
ie à » nos désirs, quand Dieu permet que nous en M, Ole: Giry, * 2YONS, fassent hommage, par leur parfait anéan- 2° part. ch. un. » tissement, à sa volonté souveraine (6).
Suiv.
s et quil ne :s divertisse- 4). Dans ces ompagnaient it, il leur réur ne permet faut attendre Ne pouvant à aison, niäla oindre soula- délaissement ivait. il disait ut pas que je re content, et res. » S'il aré seul dans sa résentait qu'il n: « Non,ré- ST, Qui n'a jair la terre: sil otre-Seigneur ir me trouver, ème personne ), »
une partie de l'autre auxremme un arbre (4). Il disait hnaissait pertilement que omme ordonbrsqu'il s'était lpice, il avait bnner l'œuvre s sa paralysie.
faut que tous que nous en parfait anéan- 6).