ORAISON FUNÈBRE DE M. OLIER
» qu'un travers. Mon enfant, répondit M. Olier, » c'est que ma croix n'est pas achevée, » voulant dire qu'il avait encore beaucoup à souffrir (1). Après que la curiosité des âmes pieuses eut été satisfaite, on l'ouvrit; c'était le quatrième jour : on trouva gâtée la partie de la cervelle qui occupait le dessus de la tête, et l'autre partie fort saine. Il fut embaumé et mis ensuite dans une bière de plomb, qu'on renferma dans un cercueil de chène. Plus de deux cents ecclésiastiques se trouvèrent à ses obsèques, et MM. les curés de Paris y assistèrent en surplis et en étole. Le 5 du mois d'avril, après un service fait à la chapelle du séminaire, on porta le corps à la paroisse de Saint-- Sulpice, selon l'usage de ce temps (2); et le 9 du même mois, on fit dans cette église un autre service solennel, où assistèrent le clergé du séminaire, les ecclésiastiques de la communauté, et une multitude de paroïissiens : personne ne songeait toutefois à prier pour le défunt, dit un historien du temps, chacun n'étant occupé qu'à l'invoquer pour soi-mème (3). M. de Maupas, évêque du Puy, y prononça l'oraison funèbre. Il paraît qu'il le mit en parallèle avec David (4), et montra que, pour établir le règne de JÉsus-Crrisr dans sa paroisse, il avait imité ce grand roi, faisant la guerre aux ennemis du peuple de Drevu, et les assujettissant par l'ascendant de ses vertus et par sa prudence , aussi bien que par son courage et sa magnanimité. *.
+ Cette oraison funèbre n'est pas venue jusqu'à nous; on croit pourtant en conserver quelques traits, dans une 4pprobation que M. de Maupas donna, dans le même temps, à un des écrits de M. Olier, alors sous presse, et qu'il data du jour même de sa mort. « Ce digne abbé, dit-il, vrai pas » teur des âmes, qui a caché son nom et sa vertu avec tant » de soin, aussi bien que les avantages de sa naissance, a » refusé le sceptre d'un David, mais non pas sa houlette, » ses sueurs, ses peines et ses combats: il a donné une pà- » ture excellente aux âmes fidèles ; il a fait la guerre aux » ennemis de Digu; il a vaincu les Philistins, et terrassé
Tom. ur. 51
(l) Grandet, Vies Ms. t.1, p.
XXXVIITI, Ses obsèques, son oraison funèbre,
(2) Lett. div. de 4f. Tronson,t.1v, Lyon, p. 392, 10 août 1698.
(3) Rem. hist, t, 1, p. 60.
(4) Mém. de Al.
Baudrand, p.58.
(1) Grandet, Vies ms. t.1, p.
139, — Mém. de H. Baudrand, p.
+ NOTE 13, p.
% Approla- ?
tion de l'Iniroduction aux vertus chrétiennes, 2 avril 1657,
L'orateur loua hautement le désintéressement de M. Olier, et n'oublia pas le beau trait auquelilavait lui-même donné occasion, et que nous avons raconté dans cette vie : «Je connais un Evèque, dit-il » en frappant sa poitrine (c'était de lui-même qu'il » parlait), je connais un évêque qui s’est mis à ge- » noux devant lui pour le prier, les mains jointes, » de recevoir son évêché, sans que jamais il ait pu » l'y faire consentir (1). »
Nous ne rapporterons point ici les éloges français et latins, en vers et en prose *, que l'on composa à la louange du serviteur de Dieu. Mais nous ne devons pas omettre que, peu de jours après sa mort, les membres de la conférence de Saint-Lazare ayant parlé de ses vertus dans une de leurs réunions, saint Vincent de Paul rendit ainsi compte à ses missionnaires de ce qu'ils avaient dit : « Mes-
» les ours ct les lions. Dieu veuille que la jalousie de quel- » que Saül ne s'offense point des louanges que je dois aux » victoires qu'il a remportées, plus de dix mille fois, sur le vice et sur l'ignorance! On peut dire, aujourd'hui qu'ila quitté la terre, que c'était un homme du ciel, admirable dans la pureté de sa vie, comme dans celle de sa doctrine: on peut dire de sa doctrine qu'elle rend témoignage aux vérités de l'Evangile; que c'est une lumière qui fait naître dans les esprits le beau jour de la piété; que c'est un guide assuré pour la conduite de la vie, et une messagère fidèle qui porte dans une âme les agréables nouvelles du bonheur de l'éternité. Il a pratiqué dans une haute perfection tout ce qu'il a enseigné aux autres, lorsque les enseignements qu'il donnait au prochain pouvaient être compatibles avec sa profession, Il a fait de sa sainte vie la première minute et le véritable original de tout ce qu'il nous a laissé par écrit: il a imité son bon Maître et le nôtre, il a commencé de s'expliquer par ses actions, plutôt que par ses paroles: il a refusé les premières mitres du royaume, que notre grande Reine lui a offertes, par l'estime qu'elle faisait de sa rare piété; et, bien que la modestie de ce parfait ecclésiastique, dont les exemples » en cepoint ne sont pas tout-à-fait ordinaires, l'ait porte à » ce constant et généreux refus des plus éminentes dignités » de l'Eglise, bien qu'il n'ait pas voulu monter sur les trônes » du clergé, il a néanmoins conservé les troupeaux du Fils » de Dreu (O), »
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