HOSPITALIÈRES DE VILLE-MARIE
qui engagea les habitants à les retenir. Condamnées alors aux plus dures privations, elles furent réduites pendant vingt-cinq ans à n'avoir souvent pour nourriture qu'un peu de pain noir, avec de mauvaise viande salée. Leurs vêtements, à force d'avoir été raccommodés, se trouvaient à la fin composés de tant de pièces différentes, qu'on ne pouvait juger de quelle étoffe ils étaient faits. Leur maison, construite de planches de bois mal jointes, avait jour de toute part, et il était impossible de l'échauffer. Dans les plus grands froids de l'hiver, leurs lits étaient ordinairement couverts de quatre doigts de neige, et tous leurs petits appartements en étaient si abondamment remplis, qu'aussitôt après leur lever, elles étaient obligées de l'ôter avec des pelles : incommodité qu'elles ont soufferte vingt-huit ans, sans pouvoir y apporter d'autre remède que la patience. À toutes ces privations se joignaient les alarmes continuelles que les Iroquois donnaient à toute la colonie. Ces barbares, quand ils faisaient des prisonniers, les brülaient vifs à petit feu, et les tenaient quelquefois huit jours dans ce cruel supplice. On sonnait journellement le tocsin pour avertir les habitants de courir aux armes, et le combat avait lieu à une portée de fusil de la pauvre habitation des sœurs (1).
Dans une situation si accablante et si triste pour la nature, ces filles furent fortifiées et encouragées par le serviteur de Dieu. C'est ce que nous apprenons par la lettre circulaire sur la mort de l’une d'elles, la sœur Maillet, native de Saumur. « Pen- >» dant une de ses oraisons, lit-on dans cet écrit, » elle vit M. Olier jouissant de la gloire ; ce qui lui
est arrivé plusieurs fois. Il la fortifiait et la con- » solait dans ses peines intérieures, et dans la » crainte où elle était que notre maison ne püût » subsister, ce qui l'affligeait beaucoup. Dans un » de ses grands accès de peine à ce sujet, il lui ap- » parut avec M. de la Dauversière, et ils l'assurè-
(1) Abrégé des faits arrivés dans l'Hôtel.
Dieu de Montréal, ms. p. 12, 13, 14, 15, 21,
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» rent l'un et l'autre que cette œuvre était de Dreu, » et qu'elle subsisterait malgré les oppositions des » hommes, qui agissaient en aveugles, ne connais- » sant pas ses desseins ; mais qu'il saurait tirer sa » gloire des persécutions suscitées contre cette » maison dont la croix était le fondement et le » soutien; qu'enfin, étant Filles de Saint-Joseph, » et consacrées à honorer et à imiter la sainte » Famille sur la terre, elles devaient marcher par » le chemin des humiliations et des contradic- (1) Lettrescire. » tions (1). » Cette prédiction a eu son entier Ni LE accomplissement. Les Mospitalières de M. de la eteniv Sonia Dauversière, malgre les révolutions survenues dans en Canada, ms. le pays, s'y sont établies avec avantage; elles y 4, pe 10 Servent encore la colonie, et y vivent selon le premier esprit de leur institut.
On lit également dans la Vie de la sœur Anne- Marie du Calvaire, réformatrice de l'Ordre de Sainte-Claire, et fondatrice d’un monastère de cet Ordre à Limoges, que M. Olier, quoiqu'elle ne l'eût jamais connu, lui apparut un jour, comme (2) Vie de la elle était devant le trèés-saint Sacrement, et l’assura . Et qu'il serait désormais son protecteur et son père. ms. dupetitcou- en récompense des prières qu'elle avait faites pour
vent de Sainte- PET RE ACER : a DS CE Claire, à Limo. 1e Séminaire de Limoges, à l'établissement duquel
ges. elle avait beaucoup contribué (2) +.
P. Un ecclésiastique, formé autrefois par M. Olier,
j mn était afflige depuis trois ans d’une infirmité dont d'un >cclé- à : ! À en
Me : tous les remèdes humains n'avaient pu le guérir: teint de sur- C'était une surdité qui le réduisait à ne pouvoir dité. entendre les confessions que d’un côté. Le samedi
de Pâques 1660, ayant déjà confessé fort longtemps
(3) Lett.ms.Ar-
chives du sémti- ue ‘ naïre de S.-S. + Les lettres originales qu’on conserve encore de la sœur
(4) Lett. de M. Anne-Marie du Calvaire, montrent qu'elle cut toujours en Leschassier, du M. Olier la confiance la plus filiale et la plus étendue 5. 22? janvier 1118. ct ce fut même là, croyons-nous, l'occasion de l'union de Lett. dit. de Liisres qui exista depuis entre le petit couvent de Sainte-
M. Le Peletier, ;., * FACE cer ANS au petit courent Claire de Limoges, et le séminaire de Saint-Sulpice de Pa-
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GUÉRISON DE TRESCARTES. 517 sans pouvoir changer de position, et se trouvant très-fatigué, il sortit pour aller prendre un peu de relâche dans le jardin du séminaire. La pensée lui vint d'entrer dans la chapelle, pour exposer avec simplicité à M. Olier, que, puisqu'il était cause qu'il exerçait ce ministère, il voulût bien par ses prières lui obtenir sa gucrison, afin qu'il pût le remplir avec moins d'incommodité. Etant ensuite rentré au confessionnal, il se remit à entendre les confessions, et fut fort surpris de reconnaître qu'il avait été pleinement exaucé. M. Tulloue, docteur rèégent de la Faculté de médecine de Paris, l’un de æux qui avaient plus particulièrement traité cet ecclésiastique, s'offrit plusieurs fois pour attester qu'une guérison si prompte n'avait pu s'opèrer naturellement (1).
Celle de Pierre Trescartes, soldat dans le vaisseau du Roi, nommè le Mazarin, et natif de la Chaise-Dieu, fit beaucoup d° bruit, surtout dans h ville du Hâvre où elle - ieu. Le vaisseau sur leque! il servait ayant ét .caqué par les Anglais, le 29 septembre 1666, Trescartes fut blessé d'un éclat de la pompe du navire, qu'un boulet de canon mit en pièces, et en eut le bras gauche fracassé d'une si affreuse manière, que cet éclat laissa dans la plaie un clou chargé de rouille, qui n'en put être retiré qu'après plus de huit jours avec de grands efforts. Comme la main ne tenait presque plus au bras, le chirurgien du vaisseau voulut la couper sur le champ et faire mème l'amputation du bras. Mais, voyant que le soldat y montrait beaucoup d'opposition, il différa, espérant plus de succès de cette opération, s'il la faisait à terre. Après dix ou douze jours que le vaisseau resta encore en mer, on aborda enfin au Hâvre, et l'on transporta le blessé à l'hôpital. La plaie empirant d'un jour à l'autre, les chirurgiens tirèrent plusieurs ossements du bras, et voulurent en venir enfin à l'amputation. Mais quoi qu'ils pussent dire au malade pendant
(1) Attestations aut. p. 67.
Guérison de Trescartes.
(1) Déclaration de Louis Letournots et de Jean Hurel, docteurs en medecine, et d'Alain Fréquet, chirurgien. At aut. p. 91.
quinze jours pour le persuader, ils n'y réussirent
518 PARTIE If. LIVRE X. — 1666.
point, malgre les douleurs insupportables qu'il souffrait sans relâche jour et nuit. Ses forces diminucrent sensiblement ; et à la fin les médecins craignirent qu'il ne pût pas soutenir la douleur de l'amputation, et qu'il ne mourût dans l'opération même (1).
Alors une sœur de l'hôpital, appelte Madeleine Mirrhé, qui conservait par religion un morceau de linge trempé dans le sang de M. Olier, pleine de confiance en ses mérites, se sentit fortement portée à appliquer sur la blessure de Trescartes un morceau de ce linge. Elle lui proposa donc ce moyen, en lui parlant de la sainteté et du crédit du serviteur de Div, et l'engageant à faire une neuvaine en son honneur. Il y consentit volontiers. Il voulut même se confesser et communier avant qu'on lui appliquât ce linge, et ce jour-là i commença sa neuvaine, récitant chaque jour l'Ave maris Stella, le Salve Regina, avec quelques autres prières, et ajoutant trois fois une invocation à M. Olier. Touchéte de la foi et de la dévotion du malade, la sœur Madeleine, avant d'appliquer ce linge sur la plaie, alla se prosterner devant le tressaint Sacrement, et demanda instamment à Notre- Seigneur de manifester en cette occasion la sainteté dé son serviteur; ensuite elle mit sur la blessure un petit morceau de ce linge, en recommandant au malade de n'en rien dire au chirurgien, et de l'ôter quand il viendrrit pour le panser. Pendant qu'elle lui appliquait cet objet, le malade s'endormit, comme s'il n'eût plus ressenti ses douleurs ordinaires. En effet, elles cessèrent entièrement ce jour-là rième ; il n'eut plus de fièvre, et toute la corrupt'on de sa plaie si infecte disparut, en sorte que le lendemain, 18 novembre, le chirurgien et les médecins, étonnés d'un changement si rapide, furent d'avis d'ajourner l'amputation, et le 22 y renoncèrent tout-à-fait. Ce progrès fut si prompt.
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