AUTRES GUÉRISONS
ner dans sa chambre, fort étonné de ne plus sentir aucun mal et de jouir de toute sa respiration (1). Le 29 août 1657, M. de Saint-Antoine écrivait à madame Tronson, sa mère: « Nous ressentons tous » les jours les assistances de notre très-cher Pére. » J'ai envoyé à Paris deux actes de deux personnes » qui ont reçu la santé par ses mérites, et dont je » vous envoie les copies, crainte que les préct- » dentes ne vous aient pas été montrées. Pour moi, » j'en reçois tous les jours quelque faveur particu- » licre, et le seul remède que j'applique présente- » ment à mon œil, est un petit ossement de ce » cher Père. Aussitôt que je le mets sur mon œil, » la douleur se passe, et je m'en sens aussi soulagé » que si je n'y avais jamais eu de mal: ce que j'ex- » périmente tous les matins que cette douleur » commence. Nous souhaiterions bien de conser- » ver tous les ornements qu'il a portés ici en di- » sant la sainte Messe; mais notre pauvreté ne > nous permet pas, d'en faire de neufs, et nous » sommes obligés d'user ceux qu'a portés notre » bon Père +. Une personne m'est venue présenter » de l'argent pour faire dire une messe en l'hon- » neur de M. Olier : ce que je dis pour faire con- » naître en quelle estime il est dans ces quartiers. » Je répondis à la personne qu'elle devait modérer » son désir, qui n'était pas conforme à l'ordre de l'Eglise. Lorsque je retourne de la campagne, il
+ M. Tronson, dit dans la même lettre: « Je laissai à Paris une petite cassette, j'appréhende qu'elle ne soit égarée. J'y avais enfermé la chemise dans laquelle était mort M. Olier, Je crois après cela que vous agréerez que je vous supplie très-humblement de la faire apporter dans » votre cabinet. » On conserve encore cet objet au séminaire de Saint-Sulpice: il est marqué MA—0, et est accompagné d'un écrit signé de M. Louis Tronson, qui en certifie l'authenticité. On a encore un surplis de M. Olicr, marqué T, O. ou plutôt I. O., une camisole de coton, une partie de servictte imbibée de son sang, et une autre serviette qui fut employée pour soutenir le menton du défunt, immédialement après son trépas,
1) Déclaration de Charles de l'eugerolles, 1b.
(1) Lettres de M.
Tronson à sa mère, Atlestations aut, p, b.
XVI, Information juridique sur ces miracics, Guérison de sœur de la l'rinité,
594 PARTIE nt. Liver x. — 167 et suiv.
» me semble qu'entrant céans, j'entre sous une » protection particulière de ce cher Père. Il ne se » passe aussi guère d'heures dans la journée que je » ne pense à lui, et je n entreprends aucune affaire, « sans la lui recommander auparavant, Je ne » manque point aussi de ressentir ses assis- » tances (1). »
Quelques mois après, M. Tronson rapportant à sa mère d'autres particularités assez remarquables : « J'oubliais de vous mander, ajoutait-il, que notre » tres-cher Père a encore fait deux miracles dans » le pays, et dont j'ai les procès-verbaux bien si- » gnés et en bonne forme. Monseigneur du Puy » veut faire informer de tous ceux qui sont arrivés » dans son diocèse. » Le Prélat nomma en effet M. Antoine du Fornel, son vicaire forain, prêtre, docteur en droit, qui certifia quelques guérisons nouvelles. L'une fut opérée en faveur d'Anne Feulha, âgée de trente-un ans, religieuse de Saint- Augustin de la ville de Saint-Didier, et dite, en religion, sœur de la Trinité. Depuis six semaines elle souffrait une grande douleur de tête, et un mal d'estomac dont elle était si affaiblie qu'elle ne pouvait plus se tenir debout. Un samedi, 20 octobre 1657, Ctant beaucoup plus pressée qu'à l'ordinaire par la violence de ses douleurs, et entendant raconter à sa Prieure, la sœur Louise de Salces, quelques miracles opérés par l'intercession de M. Olier , elle se sentit fortement pressée de recourir à lui pour obtenir sa guérison. Dans ce dessein, elle reçut des mains de la Prieure un petit morceau de la soutane dont on a parlé, et se mit à genoux devant son oratoire pour invoquer le serviteur de Dieu. Un quart d'heure après, elle sentit son mal beaucoup diminué, et se trouva remplie d'une force et d'une vigueur extraordinaires; en sorte que, s'étant relevée, elle marcha trés-librement, et alla incontinent au chœur rendre à Diet ses actions de grâces, au grand étonnement de la
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GUÉRISON DE M. NÉRON. Ho
communauté, Tout ceci a été déposé et attesté avec serment par la religieuse elle-mème, et par son infirmière, la sœur du Fornel de la Bessonnière (1). La guérison fut aussi constante qu'elle avait été prompte; car, cinq mois après, M. de Maupas, évèque du Puy, écrivait à M. de Bretonvilliers : « Jeudi dernier, étant à Saint-Didier, on m'a con- » firmé le miracle que M. l'abbé Olier a fait, en la » personne d'une de mes bonnes religieuses, nom- » mée la sœur de la Trinité (2), »
Le bruit de cet événement fut à peine répandu dans la ville de Saint-Didier, qu'un prêtre, âgé de trente-quatre ans, nommé François Néron, qui servait dans la paroisse de la mème ville, eut la témérité de se permettre plusieurs railleries sur la sœur de la Trinité, et de la tourner en dérision. À l'en croire, la guérison n'était que dans l'imagina-tion de la malade ; et tout ce qu'il y avait de mieux àen dire, c'était que la merveille qu'on débitait partout était un beau rève, pardonnable à la faiblesse de son cerveau et de son sexe. Il ne tarda pas à avoir besoin lui-mème de recourir au médecin qui avait opéré cette guérison. Le vendredi, 26 du mème mois, il fut tout-à-coup attaqué d'un violent mal de tête, accompagné d'une fièvre continue, qui le fit changer entièrement de sentiments et de langage. Le repentir dans le cœur il s'humila devant Dieu, et, dans le fort de son mal, il demanda un morceau de la soutane de M. Olier, qu'il mit sur sa tète. Il fit au mème instant une fervente prière, et tout aussitôt il éprouva que M. Olier se vengeait après sa mort, comme il l'avait fait pendant sa vie, en rendant le bien pour les injures qu'il avait reçues. Il fut entièrement soulhgé, et ne ressentit plus aucun mal. C’est ce qu'il a déposé en personne devant nous, dit encore
(1) Enquête de M, du l'ornel, Attest, aut.p.21.
(?) Lettre de M.
de Haupas, du 13 mars 1658.
ibid, p. 29.
XVII
Guérison de
M. Néron.
(3) Enquête de
M. du Fornel.—
Antoine du Fornel, commissaire, dans le procès- Attestat, aut. p.
verbal du dernier jour d'octobre 16557 (3).
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not,
(A) fettres pa
tentes de M, de Manpras à M, de
Havissac, bu, p. do.
096 L'ART DIE LIVRE NX, = 1017 Gt SUIV
Comme on racontait de jour en jour de nouvelles guérisons de ce genre, lEvèque du Puy nomma, le tint TO, un nouveau commissaire pour en infor mer, M, Balthasar de Ravissac, prêtre, docteur ea théologie, chanoine de la cathédrale et vice-otlicial, qui it donna le pouvoir de contraindre, par la voie des censures ecclésiustiques, ceux qui refuse ruicnt de porter témoignage (D). Dans le recucil des actes que nous citons, on voit deux informa tions dressées par ce commissaire, lune en lan uce 1660, l'autre Fannée suivante, La dame Cathe rinc Rousset et le sieur Claude Rousset, son père, lieutenant de Latte et de Sainte-Sigolène, avaient été gucris miraculeusement, au mois de janvicr 1660, par linvocation du serviteur de Div Le promoteur du diocèse, M. Pierre Leblane, chanoine de la cathédrale, sachant que cette dame était venue au Puy, lui fit raconter ces gucrisons, et lui enjoignit de se présenter devant le commis saire d'oflice, M. de Ravissac, pour lui déclarer à lui-môme la vérité, Elle s'v rendit en effet, et cer üitia qu'elle avait été affligée d'une grande perte de sang, l'espace d'un an environ, et si extraordinuire pendant dix jours, que si le mal eût ans duré plus longtemps, elle pensait qu'elle n'aurait
pu le soutenir sans expirer. Elle ajouta que, dans cette extrémité, elle se souvint tout-à-coup d'avoir
reçu d'une religieuse de l'Ordre de Saint-Bernard, madame de Rullier, un morceau d'une manchette de M. Olier, et d'avoir entendu dire qu'une autre femme, atteinte du mème mal, avait été merveilicusement soulagée par l'attouchement d'un mor ceuu de cette manchette ; qu'alors, ne comptant plus sur les secours humains, et se débarrassant de tous les médicaments qu'on lui avait donnés, assu rée intérieurement d'avoir un secours plus puissant dans cette relique, elle se mit à invoquer av ferveur M. Olier, et qu'en moins d'une demi-heure,
elle se trouva si pleinement soulagée, que le soir À
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GUISRISON DE MADEMOISELLI DU PASSAGE, 197
même elle se leva de son lit, et le lendemain se trouva en état de reprendre ses fonctions ordi naires, Elle rendit ce témoignage avec serment sur les saints Evangiles (D).
Une demoiselle de qualité, du diocèse de Saint Flour, demeurant à Auzon, à deux licues de Brioude, vint aussi attester, devant M. de Ravissac, une guérison opérée en sa personne par le serviteur de Du, et qu'elle racontait partout comme un miracle. C'était Françoise de l'Espinasse du Passage, autrefois l'une des personnes les plus mondaines de cette contrée, qui, étant venue au Puy l'année de la mort de M. Olier, et s'étant confessée par hasard dans l'église du séminaire, y fut si touchte de la grâce et si parfaitement changée, que depuis on ne parlait d'elle qu'avec admiration. De retour à Auzon, elle convertit cinq de ses sœurs, à qui elle apprit à faire l'oraison mentale; elle y employait elle-même trois heures chaque jour, et formait, avec ses sœurs, une sorte de communauté trèsfervente (2). Au mois de mai 166€, étant frappée d'une grave maiadie, et réduite à une telle extrémité, que les médecins ne lui donnaient pas une heure de vie, on fit pour elle un vœu en invoquant M. Olier et la mère Agnès de Langeac. Une demiheure après, la mourante s'assoupit un peu, et crut voir deux personnes qui s'avançaient vers elle, vètues d'habits d'une blancheur et d'une clârté admitables, dont l'une lui parut être M. Olier et l'autre ha mère Agnès; et comme elle voulut les regarder avec plus d'attention pour se confirmer davantage dans ce jugement, la vision disparut, Elle fut dès lors si bien rétablie, qu'après un peu de sommeil brt doux et fort tranquille, on la trouva, à son rével, sans fièvre et sans incommodité, quoiqu'il ne it survenu aucune crise qui eût pu déterminer une si prompte guérison. Le frère de mademoiselle du Passage, Claude-Martial du Passage, seigneur de Silloux, et tous les autres qui, à son réveil, la
(1) Enquéte de M, de Havwssar, Attest.aut. p.69,
XINX.
Guérison de
Mile du Pas
sage.
(2) Lettre de M.
Le Breton, du 7 sept. 1661, Attest, aut. p. 17.
(1) Enquête de M. de Ravissac.
1bid.p.73.— Déposition de Mile du Passage, p.
(2) Lettre de M.
Le Breton. Ibid.
Guérison de Jacques Chapuis et de Claude Chambonnet.
(3) Enquéte de M. du Fornel.
Ib. p, 41.
(4) Enquite du même, p. 43.
59€ PARTIE III. LIVRE X. — 1657 et suiv.
trouvèrent sans indisposition, attribuërent cette gucrison à quelque moyen surnaturel, à cause de sa promptitude et de la grièveté du mal, la malade étant alors à l'agonie, comme chacun en était persuadé (1). Aussi, depuis ce temps, Mademoiselle du Passage regarda M. Olier comme son Père: et se croyant redevable de la vie à son intercession. elle publiait partout son crédit auprès de Dr « Elle sème en ce lieu, parmi les prêtres et les re- » ligieuses, écrivait M. Le Breton, l'esprit et Ja » doctrine de M. Olier, et leur fait lire ses li- » vres (2). »
M. du Fornel, de son côté, fit de nouvelles informations dont il nous reste deux actes authentiques. Le premier constate la guérison de Jacques Chapuis, praticien, demeurant à Valence en Dauphiné, qui, atteint d'une fluxion de poitrine que tous les remèdes n'avaient pu guérir, reçut de sa sœur, religieuse à Saint-Didier , un morceau de la soutane de M. Olier. Ayant invoqué le serviteur de
Dieu avec grande confiance, il se sentit soulagé, se #
leva de son lit le jour mème, sortit de sa maison, et n'éprouva plus aucun mal (5).
L'autre information certifie que le sieur Claude 4 Chambonnet, habitant de la ville de Monistrol et # alors au service de M. de Saint-Antoine, tomba À
malade le 95 juillet 1657, au prieuré de Godet, à
trois lieues du Puy, sans pouvoir être secouru de {
personne; que, se voyant accablé par la violence de
la douleur, il s'adressa à M. Olier en ces termes: #
« Ayant eu l'honneur de vous parler, grand servi- » teur de Dieu, et de vous rendre quelque service
» lorsque vous viviez en ce monde, je vous prie à
» présent de me guérir; vous le pouvez faire, si » vous le voulez ; » et que, cette prière finie, il se
sentit enticrement guéri, sans éprouver depuis au- |
cune de ses douleurs. L'acte de cette déposition fut dressé au mois de juillet de l'année suivante (4).
rent cette à cause de la malade 1 était perdemoiselle on Père ; et ntercession,
ss de Dieu. M
es et lesre- 4 esprit et ja lire ses li-
avelles infores authentin de Jacques ence en Dau-
poitrine que -, reçut de si norceau de la e serviteur de
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