VISITE CANONJIQUE DU COUVENT DU VERBE INCARNI
Jeanne Chézard de Matcl, institutrice de l'Ordre du Verbe incarné, établit d'abord un monastère de son institut à Avignon, puis un second à Grenoble; et l'année 1645, en forma un troisième à Paris, sur la paroisse de Saint-Sulpice (1), rue de Grenelle, dans le l'ré aux Cleres. De l'autorité du Prieur de l'Abbaye Saint-Germain, Dom Brachet, elle fut établie alors supérieure de cette communauté, bien qu'elle n'en cût point encore pris l'habit (2; ct depuis ce temps, elle gouverna son institut sans en faire profession elle-même, que la veille de sa mort, lorsqu'elle était âgée de soixante-treize ans. Cette conduite était trop extraordinaire pour être généralement approuvée. On trouvait étrange, qu'elle donnât l'habit à ses filles sans le prendre elle-même, et qu'elle fit des religieuses sans l'être, comme si elle n'eût pas voulu se soumettre à l'ordre qu'elle avait établi. Ce n'était pas seulement le peuple qui tenait ces discours: on en disait autant dans les maisons des grands, et jusques chez la reine régente, quoiqu'elle portât une affection particulière à la mère de Matel. Enfin, on tenait les mêmes discours à Lyon, et ailleurs (3) dans les provinces où l'institut était connu, mais surtout au faubourg Saint-Germain, où résidait la mère de Matel.
Il y avait déjà huit ans qu'elle conduisait ainsi sa communauté, lorsque les dames qui avaient coutume de s'assembler au presbytère de Saint-Sulpice, sous la présidence de M, Olier, pour les bonnes œuvres de la paroisse, parrent à plusieurs reprises de la mère de Matel, après leurs conférences. Toutes s'accordaient à dire qu'elle devait prendre l'habit religieux, ou cesser de œouverner ses filles ; ct que si elle persistait à demeurer dans Ie même état, il fallait lui faire quitter sa charge de supérieure, en demandant pour cela au Prieur de l'abbaye une visite canonique
Occasion des plaintes rela tives à la Mère de Matel.
(1) La vie de la