VERTUS CLÉRICALES. MOURIR AU MONDE
quelque mélange d'ambition ou d'esprit d'intérêt, le soumit à cette longue épreuve; et ayant enfin reconnu que son parfait détachement des biens du monde, et les grands progrès qu'il avait déjà faits {1)puit recueit dans la vertu, le rendaient l'un des plus dignes su- où mémoire sur jets qu'il eût encore reçus au séminaire, il assigna A do pour son entrée le jour de Saint-Sulpice, 17 janvier chet, Ms., in-4, 1643 (1). Cette sage circonspection fut imitée par P: 5 6: les successeurs de M. Olier. L'un d'eux, M.Tronson, écrivait au sujet du Père Thomassin de l'Oratoire, , ; qui avait choisi le séminaire de Saint-Sulpice pour 115. Ph l'éducation de son neveu : * «Si nous gardons cette » formalité à son sujet, ce n'est que par l'assujet- AT » tissement que nous devons rendre à notre règle(2); chassier, » et M. Leschassier disait pareïillement : « Il est de k : (3) Lett. de M.
» notre usage de ne point donner parole de recevoir zeschassier,t.ix. » personne au séminaire, que nous ne l'ayons Angers, p.68, 21 » vu (3). » sept. 1700.
Dés que M. Olier y avait admis quelqu'un, il s’ef- UT. forçait de lui inspirer le désir de la perfection chré- SU Fit tienne, et de lui en faire pratiquer les actes peu à ; AE ah peu. « Les ecclésiastiques, disait-il, étant obligés monde et à » d'être les plus parfaits des chrétiens, on n'admet- ses maximes. » tra personne à la cléricature, qu'il ne soit déjà » dans la perfection chrétienne, ou qu'au moins il »n'y aspire et ne veuille y parvenir. Pour cela les »aspirants au clergé seront tous soigneusement » exercés à l’abnégation d'eux-mêmes, selon l'ordre » de Notre-Seigueur : Abneget semetipsum; et l'on » s'assurera s'ils veulent pratiquer les plus saintes » et les plus pures maximes de l'Evangile : à défaut » de quoi on ne doit point les admettre à la tonsure, PU ous » puisqu'un clerc est censé être parfait chrétien (4). p.409, 410,411,
» D'abord on les exhortera à mourir au siècle. Il » faut leur apprendre que la maison est cette haie » de l'Evangile, qui sépare la vigne du Seigneur » d'avec le monde. La haie est remplie d'épines; le » monde ne doit pas s'en approcher qu'il n'y soit » piqué, c'est-à-dire, sans qu'on lui fasse com-
(1) Recueil de divers écrits de M.Olier, Ms., in- 4°, l'avis, n,8, f° 11, — Divers écrits spirit. de M.Olier, t. 1, p.
(2) Vie de M.de Lantages, in-8°, liv.t,n.xtn,p.19.
(3)S.Ambros.
De Officiis ministrorum, lib.1, cap. XVI, n, 12.
120 PARTIE II. LIVRE 111. — 1649 Er suiv.
» prendre l'horreur que l'on a de ses maudites ma- » ximes. La maison doit être si pleine des vertus » évangéliques, qu'elle inspire le dégoût, l'aversion » et l'horreur de tous les vices contraires. Ainsi on » doit se dépouiller des livrées du monde, de son » extérieur, n'ayant rien dans la cor--"sition du » corps qui tende à acquérir son es (1).» M.
Olier, ayant remarqué dans M.de Lantages un certain mouvement qu'il donnait à son corps en marchant, et qui paraissait tenir des manières affectées du monde, le pria plusieurs fois avec beaucoup de douceur de se composer autrement. Mais quelque volonté que M. de Lantages eût de se corriger, la longue habitude qu'il avait de ce défaut l'y faisait souvent retomber malgré lui. M. Olier ne laissait pas néanmoinsdel'en reprendre dans l'occasion: un jour qu'il était au confessionnal, ayant aperçu M. de Lantages qui passait devant lui et marchait selon sa coutume, il en sortit, et le prenant par les épaules : « Eh, mon Dieu, lui dit-il, v ‘5 marche » encore de cette sorte?» Cette corre qui produisit sur-le-champ son effet (2), nesau paraître minutieuse, si on se rappelle que saint Ambroise, malgré sa modération et sa prudence, ferma l'entrée du sanctuaire à un jeune homme, d'ailleurs irréprochable, dont le geste lui déplaisait, et qu'il en rejeta un autre dont la démarche lui parut trop fière (3).
Quoique M. Olier eût beaucoup à cœur de voir les clercs du séminaire observer mutuellement entre eux, et à l'égard des personnes du monde, toutes les bienséances inséparables de la vraie charité, il ne pouvait souffrir ces dehors affectés, pleins de dissimulation, d'ambition et d'intérêt propre, dont les mondains se parent pour s'attirer l'estime, et ètre bien vus dans les sociétés. « Etant morts au » monde, disait-il, nous devons éviter l'extérieur » profane, la civilité affectée, le compliment, le bon » mot, et autres petites gentillesses mondaines; » comme de bien composer son corps, de bien faire
» la » ES »pP » ti » m » qu » qu » le » n’ » de » de » di » not > nos » no » ne » Reg » ma » qu’ » nou » lis, » bie »unt » le ft » mor Pot distin se ref obser du sé ecclés il lui rappc » dec » Pèr » Sias » ten: » ici q
IV. MOURIR AU MONDE 121 dites ma- » la révérence, pour plaire au mondeet pourenèêtre les vertus » estimé courtois, poli, civil. Tout cela rend une l'aversion » personne très-blâmable et très-éloignée des sen- . Ainsi on > timents chrétiens, parce qu'il est fondé, en sa pre- >, de son » mière origine, sur la superbe et l'amour-propre sition du » qui veulent être bien venus, estimés et aimés. Ce (1).» M. » qui doit nous rendre bien venus et souhaités dans es un Cer- » les compagnies, est la mort au monde : car si nous s en Mmar- » n'y sommes estimés par là, nous n'y ferons point s affectées » de fruit. Au contraire, si on nous y estime à cause beaucoup » de notre bonne grâce, nous n'y ferons pour l'or- Mais quel- » dinaire que de mauvais effets, c'est-à-dire que e corriger, » nousinspirerons aux autres de l'attachement pour at l'y fai- > nos personnes. et une certaine estime secrète que er ne lais- » nous chercherons par cet extérieur, quoique nous 4 l'occasion: » ne la demandions pas d'une volonté délibérée (1). p.183,186. nt aperçu » Regardez comme une peste et une exécration, la marchait » maxime : Qu'il faut chercher l'estime du mondeet int par les » qu'il faut l'avoir. Cela ne se peut sans avoir en s marche » nous quelque chose du monde : Si de mundo essequi pro- »tis, mundus quod suum esset diligeret. Du peut Nu 4 «paraitre » bien, s'il veut, nous concilier l'estime; mais c'est Zn ti, p.221, Ambroise, » un don qu'il fait à ceux qui ne le veulent pas, qui 223.— Recueil de a l'entrée » le fuient et le méprisent, et quisesont moqués du Yoher, l'avis,
) fière (3).
de voir les nent entre e, toutes harité, il pleins de pre, dont time, et morts au extérieur t, le bon ndaines ; bien faire
distinctions et des places d'honneur dont l'orgueil se repait, M. Olier les accoutumait à se placer sans observer aucun rang dans la plupart des exercices du séminaire; et un jour, ayant remarqué qu'un ecclésiastique voulait y affecter quelque préséance, il lui en fit une correction publique que M. Tronson rapporte en ces termes : « Je me souviens toujours » dece que j'ai ouï dire autrefois à notre très-honort » Père, M. Olier : c'était en parlant à un jeuneecclé- » siastique qui Ctait de naissance et de condition, et »qui, étant renpli des maximes du monde, où il » tenait quelque rang, pouvait prétendre précéder » ici quelques autres personnes de la maison. Si vous
s irrépro- » monde les premiers (2). » n, 6, f" 10. len rejeta Pour détruire dans les jeunes clercs l'amour des IV. Sentiments
de M.Oliersur les préséances
à PT A gè —
(4) Lett. de M.
Tronson, L. 1, Limoges, p. 169, 4 déc, 1680.
M. Olier forme ses disciples à la mortification des sens.
(2)Divers écrits de M.Olier,t.1,p.
(3) Vie de A.
Olier, par M. de Bretonvilliers,t.
(*) Lett. de M.
Tronson, {. Vu, Lyon, p.170, 12 avril 1682,
(5) Lett. de M.
Tronson, t. Vin, Le Puy, p. 111.
- Examens par-
ticuliers du même. Examen 94, second point.
122 PARTIE IN. LIVRE Il. = 1649 ET SUIv.
» aimez Jésus-Christ, lui dit-il, vous serez ravi d'être
» toujours auprès de lui, ou avec lui; et pour cela, je }
» vous conseille de vous mettre à cette place (en lui » montrant la dernière), car c'est celle qu'il aime ke » plus, qu'il a choisie pour lui, et où on le trouve plus » sûrement (1). » Cependant comme une communauté ne peut guère subsister sans des distinctions de rangs et de préséance, M. Olier avait coutume de dire à ceux qui occupaient ces places d'honneur, pour les fortifier contre les atteintes de la vaine gloire : « Il faut regarder les premiers rangs dans la » maison comme des rangs d'humiliation et de con- » fusion, puisqu'ils sont ceux des enfants du siècle » et les rangs que le malin désire. C'est un désir de » chair et de démon que celui de la primauté. Il faut » donc porter cela avec honte, etse confondre de se » voir en la place que le diable recherche et que » JÉSUS-CHRIST fuit. »
M. Olier ne voulait pas que dans le séminaire on s'entretint des nouvelles du monde (2), et toujours depuis lors on s’est efforcé de les en bannir +. Il n'approuvait pas non plus que les ecclésiastiques allassent voir par curiosité les choses rares et extraordinaires (3) : toutefois, au lieu de leur défendre expressément de les voir, il aimait mieux leu” fire comprendre le fruit qu'il y a à se mortifier dans ces rencontres (4), afin de les porter par là à s'en priver eux-mèmes de leur propre mouvement. Ses principes en cette matière n'avaient pourtant rien que de conforme au véritable esprit du christianisme. toujours cloigné des excès. Dans un voyage que le serviteur de Dieu faisait avec plusieurs ecclésiastiques du séminaire, et qui l'obligea de passer par Bourges, il se rendit avec eux à la cathédrale qu'on
+ On a eu ici constamment en aversion les publicateurs de gazette, écrivait M. Tronson. Notre très-honoré Père, M. Olier, ajoutait-il, n'y a jamais pu souffrir les nouvelles; on crie toujours contre ceux qui s'en entretiennent. Ainsi nous n'avons garde d'approuver une conduite si opposée à l'esprit de la maison (5).
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