MORTIFICATION DES SENS
sait être un superbe monument d'architecture gothique. S'étant aperçu qu'ils osaient à peine lever les yeux pour la considérer, parcequ'illesavait, en effet, repris plusieurs fois, dans la route, de ce qu'ils s'étaient arrêtés à regarder divers édifices, il s’approcha d'eux et leur dit : « Il n'en est point de la » beauté des églises comme de celle des choses du » siècle ; il faut mépriser celles-ci et avoir de l'amour » pour celles-là. Vous pouvez considérer les églises » et les autres choses consacrées au culte de Dreu, » pourvu que vous le fassiez par esprit de religion »et non de curiosité. L'esprit de religion doit » nous donner beaucoup de joie de voir des » temples si magnifiques, et des lieux si augustes » élevés à la grandeur de Dieu, où l'on rend à sa » Majesté les devoirs qui lui sont dus : J'ai aimé la » beauté de votre maison, dit le Psalmiste, et le lieu » de votre gloire. Et si les sujets sont ravis de voir » leurs princes dans des palais magnifiques, quelle » ne doit pas être la joie des chrétiens, en voyant » la magnificence des lieux consacrés au service de » leur Maître, le Roi des rois et le Seigneur de l’uni- » vers (1). Car ces masses énormes de pierres qui » composent les temples majestueux des cathé- » drales, le son des cloches qui résonnent au loin, » ces Offices magnifiques, ces grandes cérémonies, » cesornements pompeux, annoncent, autant qu'on » peut le faire ici-bas, la majesté et la grandeur du » Dieu qu'on y sert et qu'on y adore (2). »
En exerçant ses disciples à la mortification des sens, M. Olier, qui semblait en avoir perdu lui-même tout usage (5), offrait à leurs yeux des exemples bien propres à faire sur leurs esprits les plus vives impressions. Il usait des choses les plus nécessaires, comme n'en usant pas; et un jour que quelqu'un faisait des reproches à un domestique qui avait apporté au serviteur de Dieu un potage tout froid : Qu'importe, répondit ce serviteur, qu'il soit froid où chaud? il ne goûte point ce qu'il mange, et ne
(1, Esprit de M.
Olier, tout, p.
(2)Divers écrits sptrit.de M.Olier t.1, p.115.
Exemples frappants de mortification que M. Olier donne à ses disciples.
(3) Esprit deM.
Olier,ten1,p.526
bris : k Ai fi po
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(1) Ibid. p.519,
(2)bid.,p.556.
(3)1bid.
Il recommandeles pénitences corporelles, pourvu que l'obéissance en règle
l'usage.
(4) Esprit de M. Olier, t, 11,
194 PARTIE ni. LIVRE 111. — 1649 ET suIv.
prend pas garde à ce qu'on lui sert(1). Une autr fois, comme on l’aidait à s'habiller pour chanter k:
grand'messe, le sous-diacre, en lui attachant le ma B
nipule, enfonça par maladresse l'épingle dans le bras de M. Olier et la poussa jusqu'à l'os. Après l'avoir poussée avec plus de force pour vaincre cette résistance, il dit enfin à M. Olier qu'il ne pouvait la faire entrer plus avant. Sans retirer le bras ni faire ke
moindre mouvement , il lui répondit avec sa dou-À
ceur et son égalité ordinaires: Elle ne peut pas entrer davantage, elle est jusqu'à l'os(2). Les accidents imprévus n’excitaient pas en lui la plus légère émotion : un jour de Samedi-saint, pendant qu'il faisait la bénédiction des fonts, la cire du cierge pascal digoutta quelque temps toute brûlante sur sa main ct l’un des assistants, l'ayant enfin remarqué, arracha cette cire avec si peu de précaution qu'il fail lit lui écorcher la main, sans que M. Olier, durant tout ce temps, eût donné le moindre signe de douleur ou d'impatience (3). P
Il eût étc difficile qu'un homme aussi mortift n'eüt pas fait beaucoup d'estime des pénitences corporelles : aussi l'usage de la discipline devint en quelque manière un exercice commun au séminaire. comme on le pratique dans plusieurs communautés. Un ecclésiastique lui disant un jour, qu’au lieu de cette sorte de pénitence, il aimait mieux offrirk saint Sacrifice, qui est d’une toute autre valeur auprès de Dreu : « Il est bien étrange, répondit M. » Olier, que nous soyons si prodigues du sang de » JÉSUS-CHRIST, et si avares du nôtre. S'il est vrai » que le Fils de Dieu est notre supplément, ne faut- » il pas que nous commencions par offrir à Dieu le » Père quelque chose qui vienne de nous, avant » d'avoir recours à ce divin supplément de notre » indigence et de notre misère(4)? » En parlant de la sorte, M. Olier ne voulait pas approuver les excès d'une ferveur indiscrète : au contraire, il réprimandait plus fortement encore ceux qui s'y lais-
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