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1643.—CONVERSION DES HÉRÉTIQUES. 185 » vous cette grâce, pour l'amour de Notre-Seigneur. Elle » servira autant à l'édification du pauvre huguenot, qu'à ma » propre instruction, car je suis très-ignorant ; je désirerais, » par votre moyen, me rendre moins indigne et moins in-- » capable de la charge que je porte. Dernièrement, j'avais » prié M, Lucas de vous représenter que j'aurais grand be- » soin de converser avec lui pendant quinze jours sur les ma-— » tières de controverse : peu de personnes les connaissent » aussi bien que lui, au rapport du défunt père de Condren. » Il l'estimait beaucoup, et lui avait donné des instructions » qui me seraient très-utiles à moi-même. »
Dreu exauça les vœux de M. Olicr, en lui associant, dans l'exercice de son ministère, des controversistes d'un mérite et d'une habileté incontestables. Le premier fut le célèbre père Véron, à qui l’âge n'avait rien oté de son ardeur et de sa facilité à disputer contre les hérétiques. Il passait, avec raison, pour la terreur et le fléau des ministres de France, étant accoutumé à les confondre, autant par la parfaite con— naissance qu'il avait des matières, que par sa méthode, et les réduisant à ne pouvoir prouver aucun article de leur doctrine par le seul secours de l'Ecriture sainte, qu'ils assignaient cependant comme l'unique règle de foi. Pour lui donner un champ de mission pius fixe, on l'avait établi curé de Cha renton, à la porte du plus fameux temple des Huguenots ; et M. Olier obtint que, sans quitter sa paroisse, il vint faire des conférences dans l’église de Saint-Sulpice, sur les matières du temps. Il s’y rerdait chaque semaine, à des jours fixes. Il continua long-temps de la sorte ; et comme sa méthode pouvait être d’un grand secours à tous les ecclésiastiques, et que d’ailleurs le père Véron ne faisait pas difficulté de la communiquer, M. Olier le pria d'en donner des leçons à ceux du séminaire de Saint-Sulpice. Mais, quoique excellente en elle-même, cette méthode n'atteignait pas le but que se proposait M. Olier. Le père Véron était naturellement vif et ardent ; la sagacité de son esprit, son humeur caustique et
mordante lui fournissaient les à-propos les plus piquants, et les réparties les plus humiliantes pour les ministres. Aussi M. du Ferrier rapporte-t-il : « qu’à Saint-Sulpice, le père » Véron conforndait admirablement les Huguenots, sans tou- » tefois les convertir. »
Pour toucher leurs cœurs, Dieu donna à M. Olier deux autres controversistes, hommes simples et sans lettres, mais remplis l'un et l'autre d'une science toute divine, et qui pouvaient se flatter, avec l’'Apôtre, d'avoir reçu ce don de Div seul, Le premier, Jean Clément, exerçait à Paris l'état de coutelier ; l'autre, nommé Beaumais, celui de mercier ; sans étude et sans aucun usage de la dialectique , ces deux hommes ramenèrent eux seuls plus d'hérétiques à la vraie foi, que u'en convertirent ensemble tous les docteurs de Sorbonne de ce siècle. En suscitant ces hommes extraordinaires, Dieu voulut sans doute donner une grande et solide instruction au clergé, et lui faire toucher au doigt l’inutilité de la science, quand elle n’est pas rehaussée par les vertus. C'était la ré— flexion de M. Bourdoise. « Ce siècle est fort malade, disait-il, » mais le clergé ne l'est pas moins... La plupart des prêtres » demeurent les bras croisés : et il faut que Dieu suscite des » laïques, des couteliers et des merciers, pour faire l'ouvrage » des prêtres fainéants. Être de maison, être docte et être à » Dieu, cela est assez rare en nos jours ; car d’où vient que » Div se sert aujourd'hui de Beaumais, mercier, et de Clément, coutelier de profession, l’un et l’autre laïques, pour la conversion de tant d'hérétiques et de mauvais ca- » tholiques, dans Paris, sinon parce qu'il ne trouve pas de » bacheliers, de licenciés et de docteurs, qui soient pleins de » son esprit, pour les y employer ? Et c’est le plus grand re- » proche, et l’affront le plus sensible que Dieu puisse faire » au clergé de ce siècle, qui a si peu d’humilité, Vivent le » coutelier et le mercier ! »
M. du Ferrier, présent aux controverses de Clément , en parle ainsi dans ses Mémoires : «Après que le père Véron était
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1643. — CONVERSION DES HÉRÉTIQUES 187 » descendu de chaire, cet excellent coutelier répondait dans » le parterre, ou dans les charniers de l'église, à ceux qui » proposaient des doutes ; et il le faisait avec une telle béné- » diction, qu'il ÿy avait peu d'hérétiques qui, après l'avoir » entendu, ne restassent persuadés., Sa douceur et son hu- » milité gagnaient ceux que la méthode dure , mais solide du » père Véron avait émus ; et on peut dire que jamais homme » n'a eu plus de bénédictions que lui pour cet emploi. La » méthode de ce dernier confondait très-bien l’orgueil des » ministres, mais elle les mettait en colère; le bonhomme » Clément, au contraire, expliquait leurs passages, leur » faisait voir par ceux qu'il leur apportait qu'ils n’en com- > prenaient pas le vrai sens, et leur proposait notre doctrine, » par des textes clairs et solides, en sorte qu'il n'y avait » presque jamais personne qui ne se rendit. Il convertissait » en si grand nombre les hérétiques, qu'ayant voulu savoir » de lui, au mois d'octobre, combien il en avait ramené cette » année, car il en tenait une note, je vis que, un jour per— » tant l’autre, il n’y en avait pas moins de six par jour. La » main de Dieu était avec lui, et il m'a raconté plusieurs » conversions miraculeuses, où la grâce avait opéré, quand » les paroles semblaient n’être pas suflisantes à prouver nos » vérités à des ignorants. »
M. Olier était surtout attentif à pourvoir aux besoins de ceux qui, après leur abjuration, n'avaient plus, pour subsister, d’autres ressources que les aumones des fidèles, H fournissait à tous avec une charité inépuisable ; il faisait plus encore : lorsqu'il savait que quelque nouveau converti avait succombé à la séduction et était retourné à sa secte, il adres-— sait à Dieu des prières si ardentes , il conjurait la très-sainte Vierge d'une manière si pressante, si vive, qu'il obtenait quelquefois, pour l’apostat, la grâce d’une sincère et solide conversion, Un jour de la Présentation de Marie au temple , ou vint lui donner avis qu’un de ses paroissiens , nouveau Catholique, n'avait fait aucun acte de religion depuis l'abjura-
tion de son hérésie; qu’il vivait encore dans le sein de sa famille toute composée d'hérétiques, et, ce qui enflamma davantage son zèle, qu'il était au lit, malade à l'extrémité. Il accourut aussitôt, et se présenta pour lui parler, mais en vain : le malade, intimidé par la présence de ses parents, déclarait qu'il ne voulait voir que des ministres de la secte. « Ce me fut une douleur et un déplaisir très-sensibles, dit » M. Olier; et je r’eus de consolation qu'en recourant à la » prière, ct au secours de la très-sainte Vierge. Etant à ses » pieds, dans la dernière désolation, je la priai d'user de sa » toute-puissance, pour lui conserver fa vie, nous le mettre » entre les mains, et le gagner à Jésus-Curisr : comme je » la priais de vouloir le préparer à cette grâce, il me parut > qu'elle se rendit (à mes désirs) ; aussi, après cela, attendai- » je son changement avec confiance. Elle ne tarda pas à lui » envoyer le secours que je sollicitais ; car, pendant un accès » de fièvre violent, elle imprima, dans la volonté de cet » homme , un désir si pressant de se convertir, qu'il demanda » à ses parents un prêtre ; et que, sans crainte d’être refusé » ou d’être abandonné de ses proches, il déclara qu'il le vou- » lait absolument. Toute la famille s'y oppose ; la mère pleure, » les frères se désespèrent, les serviteurs eux-mêmes éclatent » de colère ct de dépit, quatre ministres viennent les uns » après les autres pour le faire renoncer à son dessein. Il leur » dit à tous qu'il aura assez de force pour se trainer à la fe- » râtre, d'où il criera jusqu’à extinction de voix qu’il veut » avoir un confesseur ; et que, s’il ne peut obtenir autrement » ce qu'il demande, il se jetera plutôt dans la rue, que de » mourir sans Confession. Enfin, ses frères se voyant obligés » de se rendre, de peur qu’il n’exécutât sa résolution, en— » voyèrent eux-mêmes chercher un prêtre , qui, après avoir » fait transporter le malade hors de la maison, lui procura, » avec un lieu de sûreté, les secours de l'Eglise. »
Les catholiques qui composaient la plus grande partie de la paroisse eurent aussi la principale part à la sollicitude de
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1643. — CONVERSION DES HÉRÉTIQUES. 189 M. Olier, et l’on vit bientôt que si un pasteur sans zèle , est, pour le troupeau qu'il est chargé de conduire, un terrible châtiment de la justice de Dieu, un pasteur plein de sagesse et de vigilance, est, au contraire, le plus riche présent de sa miséricorde, Comme les protestants, les libertins et les athées répandaient dans le public une multitude de mauvais livres, M. Olier établit une librairie pour ses paroissiens , afin de leur donner la facilité de s’en procurer de bons. I la plaça aux portes de l'église, voulant que là, où quelques années aupavant on vendait des instruments et des livres de superstition et de magie, chacun trouvât des remèdes contre ces sortes de poisons, et des préservatifs assurés contre tous les vices ; il en examinait lui-même tous les livres, ou les faisait examiner par quelqu'un de ses prêtres, afin de s'assurer qu'ils ne contenaient rien de contraire à la foi ou aux mœurs (1).
Mais le moyen qu'il empleya surtout, pour ranimer la piété presque éteinte dans sa paroisse, fut d'y rétablir la dévotion au très-saint Sacrement de lautel, et celle envers la très-sainte Vierge, comme nous dirons dans la suite. Dès son entrée, il s’efforça d'en jeter comme les fondements dans les cœurs : tout annonçait dans son église, le dépérissement de la religion : il commença par en relever l'éclat et la pompe. Les autels étaient nus et sans décoration, plusieurs mêmes étaient mutilés, à demi-brisés, ou trop incommodes pour y célébrer dignement l'adorable sacrifice : du consentement des marguilliers, il les fit démolir tous, et reconstruire avec la décence convenable. Le pavé de l'église était inégal, il le fit remplacer par un autre , uniforme et régulier ; la sacristie se trouvait dépourvue d’ornements , bientot elle en fut richement fournie. Les vases sacrés y étaient en si petit nombre, que, pour le clergé nécessaire au service de cette vaste paroisse, et pour les messes qui devaient y être célébrées à toute heure, elle ne
(t) Le libraire qui continue cette bonne œuvre, a seul le droit
d’étaler ses livres le long des murs de l'église, et y occupe gratuitement un magasin.
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possédait que trois calices : il n'épargna ni ses propres revenus, ni les sollicitations et les démarches auprès des grands de la paroisse, pour en augmenter le nombre; et, en peu d'années, son église fut une des plus riches en mobilier de toutes celles de Paris, Il établit, pour les messes basses, une sacristie spéciale où tous les prêtres allaient prendre leurs ornements, et voulut qu'ils n’allassent jamais à l'église qu'en surplis, ou au moins en manteau long. Il régla qu'on ne laisserait jamais entrer de laïques dans le chœür, pour quelque raison que ce fût, exceptant seulement les princes et les princesses du sang, lorsqu'ils viendraient pour quelque cérémonie extraordinaire. I régla aussi que le sacristain et le clerc de l'œuvre seraient ecclésiastiques, et qu'on ne laisserait point porter le surplis aux chantres qui ne seraient pas tonsures. La majesté des offices divins se ressentait de la décadence de tout le reste : pour lui rendre son éclat, M. Olier rétablit, dans son église, l'office canonial, et assigna des revenus pour cet objet. Une de ses plus douces pensées était que la plupart des prêtres de sa communauté se répandaient dans la paroisse pour le salut du prochain, pendant que les autres, rassemblés dans le chœur de son église, offraient à Dieu, au nom de tout son clergé et de son peuple, le sacrifice de louanges qui est dû sans cesse à sa souveraine majesté. Comme personne ne prenait un plus vif intérêt que M. Bourdoise, aux heureuses réformes de la paroisse de Saint-Sulpice, M. de Bassancourt lui en écrivait en ces termes, le 4 février 4643. « On vous » a déjà mandé quelque chose de nos affaires ; mais voici ce » qui est tout-à-fait assuré : l’oflice ct toutes nos cérémonies » sont réglées et pratiquées assez exactement, excepté que le » peuple nous aceable, et que nous sommes contraints de fui » donner entrée partout, à cause de la petitesse du liea. No » tre sacristie est propre, nette et assez bien accommodée, » garnie de sa piscine , et de tout ce qui est nécessaire ; tous » les prêtres s’y habillent, et nous l'avons rendue commune. » On a ôté toutes les cloches des chapelles , au lieu desquelles
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