‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 126 sur 235 · DOTE PR IE A · texte numérisé non relu

DOTE PR IE A

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1643. — CULTE DIVIN, 191 il n’y en a qu'une à l'entrée de la sacristie, que l'on sonne à la sortie de chaque prêtre qui va célébrer : de façon que, » depuis six heures du matin jusqu'à inidi, de quart d'heure en quart d'heure, il part un prètre de la sacristie. On a » même supprimé un honnête cabaret, qui était dans les » Charniers, où, après avoi: communié, chacun allait boire » un petit coup, et mangeait un petit morceau de pain béni, » par grande dévotion. Il y a tout plein de petits réglements » établis, et beaucoup de mauvaises coutumes abolies ; on » travaille à clore le cimetière qui a été pis jusqu'ici que

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» les marchés publics et les lieux de passe-temps. Nous avons » aussi beaucoup gagné sur six confréries qui nous char- » geaient d'offices ; nous les avons retranchés ; mais ce que » je trouve de meilleur , c'est que la pitté prend racine dans » les cœurs; et je vois que chacun s'excite à bien faire. » En effet, le zèle que déployaient les prûtres de M. Olicr, occasionna bientôt un ébranlemeut général dans tout le fau bourg. Les moyens de sanctification y étaient si abondants ct si multipliés, qu'ils ressemblaient aux exercices d'une mission continuelle : ce qui était cause que plusieurs personnes pre naient ces ecclésiastiques pour des prêtres de la congrégation de la Mission. M. Olier, instrument principal des miséricor= des de Div sur cette paroisse, prêchait fréquemment et ton jours avec un succès extraordinaire. Sa pratique était de n'apporter d'autre préparation à ses discours, qu’une oraison humble et fervente, qu'il faisait à genoux en présence &u très-saint Sacrement ; et de s'unir durant la prétication à Jésus-Curisr, la vraie lumière du monde, pour recevoir de lui ce qu’il devait donner à ses auditeurs. La vue de tant de désordres dont il était environné, l'indifférence de tant de lâches chrétiens , l'obstination d’une multitude d’autres, pénétraient son âme de la plus vive douleur. Il aurait voulw, dans les élans de son zèle, ouvrir les yeux à tous ces avengles , les désabuser de leurs illusions , briser les chetnes dans lesquelles le démon les tenait captifs : c'était le sujet contintel

de ses gémissements devant Dieu. Lorsqu'il préchait, il n'était pas rare de voir ses auditeurs fondre en larmes, ou même tomber spontanément à genoux, pour demander à Dieu miséricorde. Après l'avoir entendu , plusieurs étaient si fôrtement convaincus et si vivement touchés, qu'ils allaient se jeter aux pieds des confesseurs, avec des démonstrations extraordinaires de pénitence, pénétrés du désir de se convertir entièrement , et de consacrer à Dieu le reste de leur vie.

Un jour que ce zélé pasteur visitait sa paroisse, il rencontra sur une place publique une grande multitude autour d'un baladin, qui 1 divertissait par des bouffonneries indécentes,. Aflligé de voir tant d'empressement à entendre le langage obscène d'un histrion , et sentant son cœur agité par ces violents élancements du zèle que lApôtre éprouvait à la vue d’Athènes idolâtre, il se porta à une action, qui, toute inusitée qu'elle parut, ne pouvait être blämée dans un pasteur établi de Dieu pour arracher tant de scandales du milieu de son peuple, Il s'arrête à quelque distance de cet homme; là, après avoir appelé auprès de lui plusieurs de ceux qui l’environnaient , il leur adresse de son côté la parole, les prêche avec force, et, par le nombre de ceux qu'il captive auprès de lui, pique tellement la curiosité des autres, que tout le peuple attroupé autour du bouffon l'abandonne bientôt. Ce ne fut pas sans beaucoup de confusion et de dépit que le ministre de Satan vit tous ses admirateurs le déserter et le laisser seul ; mais sa confusion lui devint salutaire par la pénitence où elle le conduisit ; à la scène scandaleuse qui venait d'être interrompue par l’homme de Dieu, succède un prodige de la grâce: le baladin lui-même s'approche de M. Olier, l'écoute et se convertit.

Outre les moyens généraux de salut offerts à tous les habitants de sa paroisse, M. Olier eut la pensée d'en procurer aussi à toutes les confréries qni étaient en grand nombre dans le faubourg Saint-Germain. Elles semblaient ne se perpétuer, que pour autoriser publiquement une multitude de supersti-

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1644.-- DÉVOTION ENVERS LE TRES-SAINT SACREMENT. 193 tions et de désordres ; surtout à l'occasion de leurs fêtes patronales, qui étaient moins de picuses solennités que des jours de débauche et de dissolution. Le moyen de réforme que Div inspira à son serviteur, fut de rassembler les différentes cnfréries avant la fête du patron, de les instruire sur la manivre de la sanctificr, et surtout de les préparer à s'approcher des Sacrements. Il réunit aussi les notaires, et sut leur inspirer un si grand désir de leur perfection, qu'ils prirez? ‘aus un engagemen par écrit, signé de chacun d'eux, de ne Jamais passer d'acte sans nécessité les dimanches ou les fêtes. Mais de tous les moyens que M. Olier employa pour réformer sa paroisse, et lui communiquer l'esprit de piété, les principaux furent la dévotion au très-saint Sacrement de l'autel, et le culte envers l'auguste Mère de Du.

Quand il prit possession de la cure de Saint-Sulpice, tout annonçait dans sa paroisse, le dépérissement de la piété chrétienne, qui trouve son plus délicieux aliment à la table sainte, et ses plus douces consolations au pied des autels, La com-— munion n'était point fréquentée, et l'on ne connaissait presque plus la pratique si salutaire de l’adoration de Jésus-

Curisr, présent dans nos saints tabernacles. Il rétablit l'un et l'autre par ses exhortations, qui n'étaient jamais si pathétiques que lorsqu'il traitait cette matière. L'assiduité du clergé au pied des saints autels, lui parut le moyen le plus efficace pour accréditer bientôt cette dévotion parmi les fidèles. Ce fut peut-être dans ce dessein , qu’il ne sollicita jamais des supérieurs ecclésiastiques, la faculté de conserver le très-saint Sacrement dans la chapelle du séminaire , faveur dont on ne commença à jouir qu'après plus de cinquante ans. Tous ses ecclésiastiques allaient chacun à son rang, l'adorer à l’église de la paroisse; et ils continuèrent encore cette pratique lors-

qu'ils eurent obtenu la faculté de le posséder dans leur maison.

Pour apprendre aux fidèles à honorer Dieu en visitant ainsi

Jésus-Curisr , et leur rendre cet exercice familier, il fit gra—

ver, par le célèbre Melland , une estampe très-propre à éclairer et à nourrir leur piété envers la très-sainte Eucharistie, et la répandit dans tout le faubourg.

Un autre fruit de son zèle fut Fétablissement ou plutot l'accroissement d'une confrérie qui subsiste encore, et dont l'objet est de rendre assidtment à Notre-Seigneur, réellement présent sur nos autels, les hommages de l'esprit et du cœurs qui sont dus à son immense charité envers les hommes. Par les soins de M, Olicr, cette confrérie prit un nouveau lustre. Grand nombre de paroissiens se Srent un devoir d'y entrer, méme les plus considérables, qui ne dédaignaient pas de se confondre avec le menu peuple, et de venir à leur tour, cha que semaine, adorer le très-saint Sacrement, au temps de l'après-midi, qui leur avait été assigné, Pour alimenter cette ferveur naissante, M, Olier réunissait les membres de la confrérie, le jeudi, dans Féglise de Saint-Suloice, et leur adressait une vive ct touchante exhortation. Avant une fois remarqué que plusieurs personnes, surtout parmi les grands, n'étaient point fidèles à venir visiter Jésus-Cnrisr, il se plaignit publituement de cette négligence, montrant com bien il était indécent que ce souverain Seigneur ne fût point environné de ses vassalnix aux jours et aux heures où il voulait bien les admettre en sa présence. La princesse de Condé, Charlotte-Marguerite, fille du Connctable Henri de Montmorenci, et mère du grand Condé, qui était dans l'auditoire, avait elle-même donné tout récemment l'exemple Ge cette omission. Voulant sans doute en prévenir les suites, qui pouvaient être considérables à cause de son rang, elle se leva, et dit tout haut avec une simplicité et une humilité bien tou-

chante : Monsieur, j'y ai manqué samedi, élant aliée fuire ma cour à la Reine. M. Olier, qui n'avait jamais égard ni au rang, ni à la naissance dans l'exercice de ses fonctions, reprit incontinent : Vous en seriez plus louable, madame, si vous fussiez venue ici faire votre cour au Roi des rois. La princesse avait néanmoins une excuse bivcu légitime : Louis XIIT était

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M. Olier voulant lui offrir une sorte de réparation en présence

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lesquelles une si grande princesse voulait paraitre sans aucune

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il, sur une petite chaise de paille, comme les personnes du commun, Une humilité si rare était sans doute le fruit des conseils que cette princesse recevait de M, Olier, son direc= teur, à cuielle avait, en effet, donné toute sa confiance, et

qui, de son côté, ne négligeait rien pour la sanctifier dans sa

heureuses dispositions et de ses

condition, I se servit de ses vermoles Ê tot exemples, pour mettre la piété en honneur parmi les dames de la paroisse, et, en particulier, pour leur faire embrasser la dévotion envers le très-saint Sacrement. Une autre dame des plus illustres de la cour, la duchesse d'Aiguillon n’y contribua pas moins par ses pieuses largesses. Ce fut elle qui assis « 6 f y 1 , »t" ‘ 107 LES IN iovre 4 in à signa des fonds pour perpétuer les premiers saluts, déjà établis par M. Olier depuis son entrée dans la cure de Saint- Sulpice, Ce zélé pasteur, voulant arrêter les désordres qui se C atfain ‘ha 1A : ‘n : re Phtoc eo l'Eni ’ :

omnettiane chaque année aux fêtes de l'Epiphanie , et de saint Martin , institua, pour ces deux jours, l'exposition du très-saint Sacrement, qui fut bientôt suivie de diverses fondations , entre autres de celle des quarante Heures, pendant les trois jours qui précèdent le Carème. Pour inspirer à tous ses paroissiens plus de respect envers la divine Eucharistie, il ordonna que ce fût toujours un prêtre qui portât la clochette lorsqu'on irait administrer le saint Viatique aux malades, : ER L'office de ce prêtre l'obligeait à faire honorer Jésus-Cnrisr sur son passage; et si quelques-uns ne s’arrêtaient pas, ou négligeaient de fléchir le genou , il devait les en avertir : règle

196 1, PART, 4645. — PAROISSE, qui fut depuis constamment observée, jusqu'au commencement de la révolution.

Il voulut que les catéchistes, chargés de disposer les enfants à leur première communion , apportassent à un ministère si important tout le soin et le zèle dont ils étaient capables; et, afin de faire contracter aux enfants la sainte pratique de la communion fréquente, il établit pour eux des communions générales, connues encore aujourd'hui sous le nom de Communions du mois, et qui furent, pour toute la paroisse, une source très-abondante de grâces. Le soin avec lequel on a préparé, depuis ce temps, les enfants à la première commu nion, et aux communions de chaque mois, a été elfectivement regardé comme une des principales sources des bénédictions répandues sur la paroisse de Saint-Sulpice ; et c'est, en y joignant la dévotion très-particulière envers la sainte Vierge, la raison qu'on aime à donner ordinairement de Ja piété qui s'y est toujours soutenue depuis que M. Olier l’a gouvernée. Le culte envers le très-saint Sacrement de l'autel, et la piété envers Marie , les deux dévotions que l'hérésie de Jansénius a le plus attaquées, quoique d’une manière indirecte, furent celles que M. Olier s'efforça jusqu’à sa mort d'étendre et de propager ; et elles sont le plus précieux héritage qu'il pût laisser à ses successeurs, soit pour leurs troupeaux , soit pour eux-mêmes. Aussi l'illustre archevéque de Cambrai, qui les avait puisées au séminaire de Saint-Sulpice, écrivait à M. Leschassier , troisième successeur de M. Olier : « La solide piété pour le saint Sacrement et pour la sainte » Vierge, qui s’affaiblit et qui se dessèche tous les jours par » la critique des novateurs, doit être le véritable héritage de » votre maison. »

Pour inspirer aux enfants cette piété solide envers l’auguste Mère de Dieu, M. Olier les accoutumait de bonne heure à recourir à elle avec confiance, à la considérer comme leur

tendre mère, et à se conduire à son égard comme des enfants pleins de respect et d'amour. Lorsqu'il prit possession de sa

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1645, — SOIN DES PAUVRES. 197 paroisse , il la consacra solennellement à Marie; et il fut alors réglé que, à l'avenir, on porterait aux processions la ban nière de la sainte Vierge avec celle de saint Sulpice, Il voulut de plus que, chaque mois, les enfants se consacrassent à elle ; et, dans ce dessein, il fonda une Messe et une procession, qui avaient lieu le premier samedi du mois, ct auxquelles assistaient tous les enfants qu'on instruisait sur la paroisse. Mais c'était le jour de leur première communion , qu'il aimait surtout à les consacrer à Marie. Depuis long-temps, dès qu'il avait quelque chose de beau ou de rare, il éprouvait une sorte de besoin de lui en faire hommage, comme à sa souveraine; et, dans ce jour heureux, il s'empressait de lui consacrer ces jeunes cœurs que Jésus-Curisr Avait daigné remplir de son esprit et de sa grâce, persuadé qu'il n'y avait pas d’instant dans la vie, où ils fussent plus dignes de lui être offerts.

Après le très-saint Sacrement de l'autel, où Jésus-Curisr réside réellement, M. Olier ne trouvait pas d'objet plus digne de son amour que les pauvres, sous l'extérieur desquels il aime aussi à se cacher. Nous avons vu qu'il s'était engagé par vœu à leur soulagement; et jusqu'à la fin de ses jours, il leur rendit, comme aux enfants les plus chéris de son maitre, tous les bons offices qu'ils pouvaient attendre de sa Charité. On voyait de ces pauvres se rendre en foule à son presbytère, les uns trainant avec peine un corps à demibrisé ; les autres presque sans vêtement, exhalant la mauvaise odeur qui s'attache à l’indigence. Non content de les rece— voir avec la douceur et l’affabilité d’un père qui fait accueil à ses enfants, il les invitait, il allait au-devant d'eux et les cherchait même, pour leur prodiguer toute sorte de secours.

À peine eut-il été mis en possession de la cure de Saint-

Sulpice, qu'il fit dresser un rôle des pauvres honteux, dont le nombre s'éleva à quinze cents, sans compter les pauvres ordinaires. Mais un pasteur , accablé par tant de sollicitudes diverses, ne pouvait guère s'occuper lui-même des détails

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