‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 128 sur 235 · ÉD D OT · texte numérisé non relu

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1645.—MOYENS POUR PROCUR. LA SAINT. DES MŒURS. 201 rer ces pauvres pécheresses du gouffre où la misère les avait précipitées. Tantôt il les confiait à des personnes charitables, à qui il payait leur pension, afin de les mettre à portée de recevoir des instructions capables d'assurer leur retour à Drew. Cette œuvre ne lui coûtait pas moins de dépenses, que de travaux et de soins. Mais, disait-il, si le fils de Dreu a donné, pour cette âme que je veux retirer du vice, sa vie et son sang ; et si pour la sauver il n'exige pas que je me sacrifie moimême, n'est-il pas raisonnable que j'y contribue au moins de mon argent ?

Aprés sept années de travaux toujours soutenus, c'est-àdire avant les troubles de la première guerre de Paris, ce zélé pasteur eut la consolation de voir sa paroisse presque entiérement délivrée du fléau de la débauche publique. Il est vrai qu'il employait des moyens rarement infructueux, la prière et la pénitence. A la vue de tant de crimes et de désordres , il éprouvait une douleur si vive et si sensible, que souvent on le voyait répandre des larmes sur sa paroisse , comme autrefois Jisus-Curisr sur Jérusalem. I était vivement touché en songeant non-seulement à ceux de ses paroissiens qui méprisaient les invitations de la miséricorde divine, mais généralement à tous les pécheurs; et il disait quelquefois : « Je ne comprends point comment l’on peut aimer Dieu, » et n'être pas très-sensible à la perte de ses créatures. » Souvent il s’enfermait le soir dans l'église de Saint-Sulpice, et y passait toute la nuit en prières derrière le maitre autel , demandant miséricorde pour son peuple; quelquefois il se couchait sur le carreau de sa chambre , et souvent on l’entendait pousser des soupirs et des gémissements vers DIEU , durant la nuit ; d’autres fois, il se relevait après deux ou trois heures de sommeil, et demeurait en oraison jusqu’au lendemain. Ilajoutait à cela de rigoureuses macérations , ne laissant pas, quoiqu'il fût obligé de marcher et d'agir beaucoup pendant le jour, de porter des ceintures de fer très-meurtrières.

Ses disciplines étaient aussi rudes que fréquentes , et l'on a . 9*

trouvé quelquefois tout arrosés de son sang, les lieux où il les prenait.

Il ne déployait pas moins de zèle, pour préserver des dangers de la corruption les âmes qui étaient encore innocentes. I se faisait informer des piéges auxquels se trouvaient exposées celles qui avaient le plus à craindre; et dès qu'il y avait du risque à courir, si elles étaient pauvres, leurs parents recevaient aussitôt de sa p'rt les secours nécessaires pour mettre leur salut et leur honneur en-süreté, On aurait peine à croire le nombre de jeunes personnes qui seraient devenues la proie de l'enfer, sans les soins de ce pasteur charitable. Ayant appris un jour qu'une mère devait vendre sa fille pour une somme très-considérable, etque, dans un lieu marqué de sa paroisse, elle devait la livrer à un homme gagé pour exécuter le complot, aussitôt de concert avec Madame de Pollalion, fort connue par sa charité généreuse , il prit ses mesures pour le faire échouer. D'abord il demanda et obtint quelques gardes , qu’il envoya au lieu où devait se faire l'enlèvement, munis du pouvoir et des instructions nécessaires pour seconder ses vues. Madame de Pollalion s’y transporta de son coté, Tous s'étant trouvés à propos au moment et au lieu du rendez-vous, cette innocente fille, moins coupable que malheureuse d'appartenir à une marâtre, fut au comble de la joie de rencontrer une mère dans celle qui venait la délivrer; et, se jetant avec transport entre ses bras, après avoir échappé des mains de ses ravisseurs , elle alla mettre son âme et ses mœurs en sûreté auprès de sa libératrice. Dans ces circonstances, M. Olier savait montrer un courage et une intrépidité à toute épreuve, sans être même arrêté par la crainte de la mort, Il était un jour dans sa chambre, au cœur de l'hiver; lorsque, entre sept et huit heures du soir, ayant entendu du

tumulte dans la rue , on lui apprit que des soldats enlevaient une fille ; sur le champ, ne consultant que son zèle, sans se mettre en peine du danger, il descend précipitamment, court après ces soldats , les atteint, et, avec un courage magnanime

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1645.—MOYENS POUR PROCUR, LA SAINT, DES MOŒURS, 203 qui déconcerte les ravisseurs, retire de leurs mains la jeune personne, Dans une autre circonstance tout-à-fait semblable, il poursuivit des soldats jusqu'à Montrouge, sans être arrèté par aucune considération, Ce ne sont là que quelques exem=— ples, entre beaucoup: d'autres qu'on pourrait citer,

I <'Torça encore de bannir, du sein des families, de graves déscrdres qui y régnaient, Avant trouvé grand nombre de mariages nuls, illes valida, en usant de tous les moyens que la prudence pouvait lui fournir pour ne point donner conpaissance au publie de la nullité de ces mariages. Il fit aussi un réglement pour prévenir les abus en cette matière, et le distribua dans sa paroisse, sous le titre d'Avertissement aux paroissiens de Saint-Sulpice qui désirent se marier, H sourit les futurs époux à un examen sur les principaux poiu!s de Fa foi catholique ; et il faisait en sorte que, quelques jours avant leur mariage, ils s'approchassent des sacre— ments de Pénitence et d'Eucharistie, 1 commandait aux pères et aux mères, de veiller soigneusement sur les mœurs de .curs enfants, surtout de les faire coucher chacun séparé ment; et, afin de prévenir des maux irréparables que l'expérience fui avait fait connaitre, il Gonnait des lits à tous les pauvres quien manquaient.

Comme il ne pouvait ignorer les désordres qui se commetaient à la foire de Saint-Germain, et que partout où le déion exerçait son empire, il se croyait obligé d'opposer toute la iorce de son zèle ; il y allait souvent en personne. sa vertu lui donnait assez d'antôrité pour en faire disparaitre les tabieaux, les sculptures et toutes les images qui blessaient lhonnéteté, Lorsqu’ii ne pouvait s’y transporter lui-même , ilse faisait suppléer par d'autres ecclésiastiques capables d’imposer ; et si les premiers avis étaient inutiles , il réclamait le ministère des officiers de justice. Dieu se plut à bénir le zèle de ce saint pasteur , et l’on eût dit qu'il versait sa grâce par torrents sur la paroisse de Saint-Sulpice. Jamais peut-être on ne vit un si grand einpressement à assister aux offices, au

sl.

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