PART, 1017, — ENFANCE DE M. OLIER
Lorsqu'il eut atteint environ sa huitiéme année, ses parents le mirent au collée, et ce fut là surtout qu'il montra ses rares dispositions pour les lettres et la vertu, Tous ses maitres ont assuré qu'il avait l'esprit extrêmement vif et pénétrant , qu'il saisissait aisément les choses les plus difficiles pour les enfants de son àge, et qu'il les retenait avec une égale facilité. Peu après son entrée au collège, ses parents le consacrérent à Dieu, dans l'état ecclésiastique , auquel ils l'avaient toujours cru appelé. Mais la vivacité de son naturel augmentant avec l'âge, ils commencèrent à avoir des inquiétudes sur sa vocation , et doutérent s'il serait propre un jour à des fonctions qui demandent tant de modestie et de retenue. « Au » rapport de ma mère, dit-il, mille et mille fois j'aurais dû » périr sans le secours particulier de DiEu, à cause d'une hu- » meur violente et bouillante qui m'empéchait de regarder où » je marchais, ni où j'allais ; si bien que souvent je voulais du » haut des montées, je me blessais, je me heurtais de toutes » parts et à tous moments. Je me souviens qu'étant tout » jeune, je tombai la tête la première dans une fontaine où » je devais périr ; une autrefois, je tombai sous la roue d’une » charrette , qui devait m'écraser , et qui s'arrêta tout à » coup. Enfin je donnais fréquemment de grandes frayeurs » à toute la maison. »
Vers ce temps, son père ayant été nommé Intendant de Lyon, par Louis XIIT, quitta la capitale, et se fixa à Lyon, avec sa famille. Les pères de la compagnie de Jésus dirigeaient alors le collége de cette ville; ce furent les maîtres qu'il choisit pour former ses enfants aux belles-lettres ; du moins celui dont nous écrivons la vie suivit durant quelque temps leurs leçons. Mais cette nouvelle position n'apporta aucun changement dans les inclinations du jeune Olier. Son caractère devenait toujours plus violent et plus emporté , et il ne cessait de donner , chaque jour, à ses parents et à ses maîtres, les plus justes sujets d’alarmes. Le trait suivant, qu'il rapporte lui-même, peut faire juger si leurs inquiétudes avaient
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14622, — VIVACITÉ DE SON NATUREL, 7 un légitime fondement, « Etant écolier, je jouais un jour » avec un oiseau qui s'échappa de mes mains , et s'envola » sur les toits. Aussitôt, ayant récité mon Angele Dei, et fait » le signe de la croix, je sautai sur le toit voisin avec tant de » hardiesse, que quand j'y pense, je frémis encore ; car je » sautai d'une fenêtre qui était au troisième étage, sur un » toit plus élevé que la fenêtre même, Mon maitre, averti » par le bruit, eut une telle frayeur, qu'il me traita ensuite » comme je le méritais. Dieu me fasse la grâce d'exposer un » jour ma vie aussi librement pour son service, que je le fis » alors pour mon plaisir. Je remercie l'infinie bonté de Dieu » de tant de soins, de ceux surtout qu'elle m'a prodigués » dans cetemps où j'étais très-incapable de les reconnaitre. » Mon bon ange qui les sait, et quien a été témoin, veuille » bien me faire la grâce de l'en remercier pour moi. »
Désespérant de le voir changer de conduite, et ne craignant rien tant que d'offrir au service de l'autel un enfant qui n’y fût point appelé, ses parents pensaient à lui faire abandonner l’état ecclésiastique, lorsqu'une circonstance, heureusement ménagée par la Providence, fixa leur irrésolution, et dissipa tout à fait leurs craintes. Saint François de Sales, qui venait quelquefois à Lyon, s'était lié avec l'Intendant d’une amitié aussi étroite que sincère, et l'honorait même de sa familiarité, Madame Olier , pleine de confiance aux lumières de ce grand Evêque., et de vénération pour sa sainteté, s'a— dressa à lui afin de calmer ses inquiétudes sur la vocation de son fils. Après lui avoir ouvert son cœur, et fait connaitre le sujet de ses doutes, en lui dépeignant le caractère de l'enfant, elle le supplia très-instamment de sonder lui-même ses dispositions , de consulter Dir, et de la fixer enfin par une ré-
. ponse qu'elle regarderait comme un oracle sorti de la bouche
de Dieu même,
Le saint Evèque lui promit de recommander la chose à Dieu. Il s'en occupa, en effet, pendant plusieurs jours, et lui fit une réponse que tous les auteurs qui ont eu occasion de par-
1, PanT, 4622,— PRÉDICTION DE $, FRANCOIS DE SALES.
ler de ce trait, ont regardée comme l'effet d'une lumière pro-
phétique, Nous ne saurions en faire un récit plus naïf et plus
fidèle qu'en laissant parler ici un des amis d'enfance de
M.Olier , qui se trouvait avec lui dans cette rencontre , et
qui en rendit témoignage long-temps après, dans un écrit
signé de sa main.
« Je déclare, dit-il, et atteste à la gloire de Dru toutpuissant, avoir eu la parfaite connaissance de trois illustres enfants de feu M, Olier, lorsqu'il était Intendant de la ville de Lyon : MM, François, René et Jean-Jacques Olier, surnommé l'abbé : jusque-là même (j'en suis fort souvenant ) qu'un jour de jeudi je leur fis compagnie pour aller ouïr le saint sacrifice de la Messe, qui fut célébré dans la petite chapelle des Filles de la Visitation de Bellecour de Lyon, par le révérendissime François de Sales, Evôque de Genèéve , où se rencontra pareillement madame Olier , leur mère. Après la sainte Messe, madame Olier alla présenter ses enfants à cet illustre prélat, pour qu'ils lui fissent la révérence. Il les accueillit avec une tendresse paternelle, les embrassa l'un après l'autre, et comme il les louait tous également , madame leur mère répondit à ce grand prélat , que Jean-Jacques , le plus jeune, n'était point sage, mais discole, et tellement déréglé en ses déportements , qu'il donnait souvent sujet à son père et à elle-même de pester contre lui. Alors le saint, pour consoler cette mère dolente, répondit : Ie, madame, un peu de patience, et ne vous affligez pas, car Dieu prépare en la personne de ce bon enfant, un grand servileur en son Eglise : et, ayant mis les mains sur la tête de l'enfant, il l'embrassa fort tendrement et lui donna sa bénédiction : qui est tout ce que le soussigné a vu et ouï dans cette heureuse rencontre , où la vérité l'oblige d'en donner et porter témoignage. Ce 11 du mois d'août 1670. Chaillard , docteur en Théologie, curé de Villefranche. »
Le père Hilarion de Nolay, qui pouvait avoir appris le fait
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