‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 130 sur 235 · SACRILÉGE · texte numérisé non relu

SACRILÉGE

relief, des colonnes avec leurs chapitaux brodés, les uns en or, les autres en argent, et disposés avec tant d'art, qu'on les aurait pris pour des ouvrages d'orfévrerie, Enfin, sur un trône élevé en forme de pyramide, tout couvert de vases d'or et d'argent, paraissait le très-saint Sacrement , surmonté d'une couronne étincelante de pierreries ; et tous ces objets rehaussés par l'éclat d'une multitude innombrable © ‘am beaux, qui brülérent durant trois jours, donnaient à ce temple aspect le plus majestueux et le plus imposant.

Le premier et le second jour de cette cérémonie , les plus célèbres prédicateurs y préchèrent en présence de la Reine ré gente, que M. Olicr avait invitée à venir contribuer à lédification publique; et la foule fut si grande qu'eile remplissait même toutes les rues d’alentour. Le troisième jour, les boutiques étant fermées, et toute œuvre servile interrompue dans la paroisse, on fit une procession composée de tout le clergé séculier et régulier du faubourg, et où ie très-saint Sacrement fut porié par le Nonce du Pape. La duchesse d'Orléans siguala sa piété par un magnifique reposoir qu'elle fit dresser à l'entrée du Luxembourg. La Reine régente suivit le dais, accompagnée des princes, des princesses, et d’une grande partie de sa cour, en habit de deuil, ainsi que d'une multitude innombrable d'autres personnes. Enfin , la cérémonie se ter— mina par une amende honorable, que M. Olier prononça avec tant de ferveur et des mouvements si tendres, qu’il répandit beaucoup de larmes, et en fit verser en abondance à tous les assistants. Depuis le jour où le crime avait été commis, on avait cessé de dire des messes à la chapelle de la sainte Vierge; elle était restée sans aucun ornement , avec son tabernacle brisé: ct elle demeura üans le même état jusqu’à ce que M. Olier y eût porté le très-saint Sacrement. Il le renferma dans un nouveau tabernacle magnifiquement orné ; et, pour perpétuer à jamais, dans sa paroisse, la mémoire de cette réparation, il fit entourer d’un balustre le lieu même où les

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saintes hosties avaient été répandues, et écrire en lettres d'or, sur une table de marbre, les principales circonstances du sa— crilége et de l'expiation. Enfin, devant ce monument, il plaça une lampe d'argent qu'il donna lui-même, et qui devait y brûler jour et nuit. Mais désirant offrir à Jésus-Curisr un hommage plus digne encore de l'amour qu'il nous témoigne dans ce mystère , il régla que, chaque année, le premier dimanche d'août serait cousacré , par une solennité particulière et par l'exposition du très-saint Sacrement, à renotveler cette amende honorable , sous le nom de Réparation des injures faites à Jésus-Carisr dans la sainte Eucharistie. Il fit plus encore : voulant rendre au Sauveur, s'il l’'eût pu , mille fois plus d'honneurs que ce sacrilége ne lui en avait ravi, il établit pour la nuit l'adoration perpétuelle du très-saint Sacrement qui avait déjà lieu le jour dans sa paroisse.

Cette réparation si magnifique eut un autre avantege : ce fut d’inspirer dans les provinces , le même zèle pour venger les outrages faits à JÉsus-Cnrisr, au très-saint Sacrement de l'autel. Elle fit, en effet, une trop vive sensation à Paris, pour pouvoir être ignorée de personne dans le royaume ; on eut soin d’ailleurs d’en envoyer partout des relations imprimées, qui entraient dans les moindres détails ; et il arriva que sept ans plus tard, en 1655 , un pareil sacrilége ayant été commis à Grenoble, dans l'église paroissiale de Saint-Laurent, on suivit autant qu’on put, pour le réparer, l'ordre observé à Saint- Sulpice,

Les obstacles qui retardèrent la construction de l'église de Saint-Sulpice ne ralentirent point l'ardeur de M. Olicr à édifier les temples vivants. Après plusieurs années d'un ministère rempli d’une sollicitude si infatigable , il voulut encore procurer à sa paroisse le bienfait d’une mission ; et ne croyant pas pouvoir y suffire avec ce qu'il avait de coopérateurs , il appela, pour la diriger, en chef, le père Eudes, son ami, instituteur de la congrégation des Eudistes. Il ne connaissait per— sonne qui eût mieux le don d'annoncer la parole de Div, et

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1649—1650.—1L PROGURE DES SECOURS AUX PAUVR, HONT, 209 d'opérer de grandes conversions que cet homme extraordinaire, qu'il appelait la merveille de son siècle, et aux travaux duquel Dieu avait donné jusqu'alors les fruits le plus abondants, Cette mission , qui dura tout le Carème, eut le succès que M. Olier s’en était promis.

L'effet le plus durable qui la suivit, fut l'établissement d'une compagnie de Charité, que M. Olier méditait depuis long-temps, et qui, toute dévouée au soulagement des pauvres honteux, perpétuât, dans la paroisse de Saint-Sulpice, les secours que jusqu'alors il leur avait lui-même procurés. Après avoir long-temps recommandé son dessein à Notre-Seigneur , et l'avoir conjuré d'inspirer aux personnes opulentes de la paroisse, le désir d’y coopérer, il le commu niqua enfin à quelques-unes, et, dès cette première ouver-— ture, il comprit que le succès en était certain. Non-seulement celles-ci entrèrent avec joie dans ses vues, mais d’autres, qui s’y étaient montrées d'abord indifférentes, s’'empressèrent d'y concourir à l’envi, et de l'appuyer de tout leur pouvoir. Ravi de ces heureux commencements , et après en avoir rendu grâces à Dieu, M. Olier convoqua une nombreuse assemblée de personnes de toutes conditions, dans la salle du presbytère. Il exhorta les uns à retrancher leurs dépenses superflues ; les autres , à se priver de ce qui ne leur était pas absolument nécessaire. Enfin, faisant un appel général à l1 charité de tous, il entra dans le détail des nécessités des pauvres, que chacun pouvait soulager selon sa condition, et demanda à ceux qui n'avaient rien autre chose à offrir, de consacrer leur temps à cette charitable entreprise, ajoutant que les conseils qu'on peut donner aux indigents, et les soins que l'on en prend, sont souvent, pour eux . l’'aumône la plus profitable. Dieu bénit les paroles de son serviteur. Elles firent tant d'im— pression sur l’assemblée, que plusieurs donnèrent sur-le- Champ des sommes considérables, la plupart s'engagèrent Pour une certaine somme chaque mois, et tous offrirent en— core leur temps, leurs soins et leurs peines.

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Dans le dessein de rendre stable cette association, M. Olier lui donna des réglements, qui furent imprimés, I preserivit, pour Île dernier dimanche du mois, une assemblée de tous les membres, à laquelle chacun étwit d'ailleurs admis, Au commencement de l'hiver, on devait faire une visite générale de tous les pauvres, et au moins une autre à la fin, sans Compler d'autres visites pa ‘iculières qui avaient licu tous les mois. Lorsque M, Olier eut consominé cette œuvre, la première de ce geure que Fon ait vue à Paris, et qui deviut florissante dès son origine, il ne douta pas qu'eile ne fat la source ou l'occasion de beaucoup de biens. « J'espére, » dit-il à M. de Bretonvilliers, que Dieu se servira de cette » compagnie, pour donner, à d'autres paroisses, la pensée » d'en former de sembiables, » L'événement justifia bientôt celte espèce de prédiction ; car on vil naître successivement, dans les différentes paroisses ae la capitale, plusieurs sociétés formées sur ce modèle, et dirigées par les mêmes règlements. Telle est, pour la ville de Paris, l'origine de ces confréries si glorieuses à la charité chrétienne, et qui contribuent, encore aujourd'hui, au soulagement Ge tant de malheureux.

Il voulut subvenir à un autre besoin de ses pauvres; la plupart ne pouvant fournir aux frais des affaires litigieuses, ni même s'occuper de les poursuivre, étaient exposés à devenir les victimes de ceux avec qui ils avaient procès, ou même à se consumer en dépens les uns les autres, par défaut de personnes insinuautes, qui apaisassent leurs différends : il établit pour cela l'assemblée dite du Conseil charitable. Elle était composée de plusieurs personnes versées dans la conduite Ge: affaires, qui sollicitaient celles des pauvres, quand leurs demandes étaient justes; et d'un procureur, auquel il assigna des honoraires pour poursuivre leurs procès, selon que la nécessité le réquerrait, I fut ravi de recevoir, dans sa communauté, un prêtre d’une insigne piété et d’une mortification extraordinaire, qui l'aida beaucoup à rétablir l'union et la paix dans les familles. Ce fut Antoine Jacmé de Gaches,

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16491650 — MAISON DES ORPHELINS, 211 du diocèse de Rodez, ancien président du siôge d'Aurillae. I parut que la divine Providence l'avait mi: dans le barreau, et formé à la science des lois, pour le préparer au ministère que lui confia M. Olier, La connaissance qu'il avait des af faires, son intelligence dans les causes les plus épineuses, et le don de persuader les esprits, lui servirent beaucoup à terminer les procès au gré de toutes les parties, comme sa cha rité et son zèle, à réconcilier les cœurs,

M. Olicr voulut encore que Fassociation pour le soulagement des pauvres honteux , étendit sa charité à leurs enfants, soit en habillant les plus pauvres, ou en plaçant chez des maitres où dans des hôpitaux, ceux qui pouvaient y être reçus, soit en étabhissant des écoles gratuites pour les instruires enfin qu'elle se chargeat de tous les enfants de la paroisse, orphelins de père et de mère, ei les entretint dans la maison qu'il avait déjà établie pour eux, Touché de compassion sur le sort de ces enfants infortunés, que la mort de leurs parents laissait sans secours, et sans autre ressource que la charité chrétienne, il avait commencé par recueillir les garçons s et, désirant leur procurer, avec une éducation chrétienne, d'utiles états qui pussent fournir, dans la suite, à leur honnête existence , il les plaçait, chacun selon ses goûts et ses inclinations, chez differents maîtres, dont it connaissait la religion et la probité, I étendit aux filles orphelines les mêmes avantages , et deux de ses paroissiens , désirant contribuer à une œuvre si utile au bien public, donnèrent une maison, «afin » qu'elle servit, porte le contrat de donation, pour loger les » pauvres filles orphelines, abandonnées de leurs parents , et » nées à Saint-Germain, (c'est-à-dire dans le faubourg de ce » nom ) surtout celles qui sont orphelines de père et de mère, » sous la conduite de charitables maitresses, qui logeraient » avec elles, et les instruiraient gratuitement. » M. Olier ne fixa pas le nombre des enfants ainsi secourus, qui s'élevait quelquefois jusqu'à scixante. Ils étaient reçus dès le berceau, et élevés avec beaucoup de soin jusqu’à ce qu'ils fussent en

état d’être mis en apprentissage , ou placés d'une manière pré convenable, ? plo On aurait peine à croire qu'au milieu de tant d’occupations dde diverses, M. Olier ait pu avoir l’œil ouvert sur tous les be- a pi soins de ses paroissiens , si l’on ne savait les sages précautions » ho q''il avait prises, pour qu'aucun n’échappât à sa sollicitude A n pastorale. On peut ajouter, à ce que nous en avons déjà fait con- Cet naître, l’ordre des assernblées de chari« , qu’il tenait chaque la ma mois. Les assemblées des premiers et des troisièmes dimanches, ne d avaient pour objet le soin des nouveaux convertis ; celles des Vince deuxièmes et quatrièmes dimanches, le soulagement des pau- gnase vres honteux; celles du premier samedi et du vingt-cinquième » Oli jour de chaque mois, le soin de faire élever les enfants pau- » tout vres dans les écoles de charité. Les premiers et troisièmes di- » l'on manches, on tenait encore les assemblés du Conseil charitable » affai pour l’accommodement des procès. On en tenait d’autres les EL 77

premiers jeudis de chaque mois pour l'assistance des malades Re

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