‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 132 sur 235 · ÈLE DE M. OLIER POUR L'APOLITION DES DUELS · texte numérisé non relu

ÈLE DE M. OLIER POUR L'APOLITION DES DUELS

appareil à cet engagement. Ils choisirent, pour le prononcer, le jour de la Pentecote , afin que l'Esprit saint , qui, à pareil jour, avait rempli les Apôtres d'un courage invincible, pour détruire ie règne de Satan dans le monde, leur donnât à euxmêmes la force d'être fidèles jusqu'au dernier soupir à ce serment, Dans ces dispositions, et au milieu d'un grand concours de témoins distingués, ils firent cette promesse, dans la cha= pelle du séminaire de Saint-Sulpice, entre les mains de M. Olier , par un acte qu'il leur en avait dressé lui-même, et qu'ils signërent chacun, Il était conçu en ces termes :

« Les soussignés font, par le présent écrit, Aéclaration » publique et protestation solennelle de refuser toute sorte » d'appels, ct de ne se battre jamais en duel, ponr quelque D Cause que ce puisse être, ct de rendre toute sorte de témoi= » gnages de la détestation qu'ils font du duel, comme d'une » chose tout-à-fait contraire à la raison, au bien et aux lois » de l'Etat, et incompatible avec le salut et la religion chré= » tienne; sans pourtant renoncer an droit de repousser, par » toutes voies légitimes, les injures qui leur seront faites, » autant que leur profession et leur naissance les y obligent ; » étant aussi toujours prêts, de leur part, d'éclairer de bonne » foi ceux qui croiraient avoir lieu de ressentiment contre » eux, et de n'en donner sujet à personne. »

Cette protestation fit un éclat extraordinaire. Les maréchaux de France ne l'approuvèérent pas seulement, ils exhortèrent encore tous les gentilshommes da royaume à la sous ecrire et à l’observer dans tons sc5 points, comme aussi à conférer ensemble sur les moyens de satisfaction qu’on pourrait tirer raisonnabiement, .ans recourir au duel, et d'en dresser des mémoires, «afin, disent-ils, que, les avant lus » et examinés, nous puissions en faire rapport à Sa Majesté, » pour être, si elle le juge à propos, confirmés par un nou- » vel Edit à l’aventage de la religion et de l'Etat. » Ce jugement est signé par les maréchaux d'Estrées, Schomberg, Plessis-Praslin ct Villeroy. Des personnages illustres par leur

naissance , leurs charges et leur réputation, s'empressèrent de faire, à leur tour, cette protestation ouverte et publique ; et le prince de Condé , les ayant appuyés de ses éloges, le sou— verain Pontife lui en écrivit un bref de félicitation. Le prince de Conti mit le plus grand zèle à faire adopter le même en-— gagement par la noblesse de Languedoc : exemple qui fut bientôt suivi dans plusieurs autres provinces, en particulier dans le Querci, par le zèle d'Alain de Solminihac. Les Etats de Bretagne, à l'imitation de ceux de Languedoc, privèrent même du droit de séance, dans leurs assemblées, tous les gentilshommes qui se battraient en duel. Les évêques de l’assemblée du clergé joignirent leurs suffrages à cette déclaration ; de leur côté, les docteurs de Sorbonne l’approuvèrent ; enfin le Roi la fit adopter à sa maison, et voulut que le marquis de Fénélon reçût lui-même les signatures de la cour. Mais pour rendre plus ferme encore et plus stable le bien si heureusement commencé, M. Olier désirait que l'autorité royale rendit un nouvel édit contre les duels , sa religion vive et ardente lui faisait désirer aussi de voir réprimer les blasphèmes, qui demeuraient impunis, malgré les ordonnances de nos Rois. Il en écrivit à la Reine, et cette princesse entrant volontiers dans les sentiments du serviteur de Dieu: deux mémorables Edits furent rendus avec un appareil extraordinaire, l’un contre les blasphèmes, l'autre contre les duels. Les dispositions principales de l'Edit contre les duels furent proposées par l'association des gentilshommes dont nous avons parlé ; et il est à présumer que le zèle de M. Olier n'eut pas une médiocre part à des délibérations si chrétiennes. « Les avis de ce saint prêtre, et l'éclat que fit alors l’asso- » ciation formée par lui, dit le cardinal de Bausset, laissèrent p»p une impression si profonde dans l'esprit de Louis XIV, » que, pendant tout le cours de son long règne, aucune con- » sidération de naissance ou de faveur ne put le fléchir, ni » le faire consentir à accorder des grâces en matière de » duels, »

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