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1645. — PERSÉCUTION SUSCITÉE GONTRE M, OLIER. 259 avertis. Le voyant en butte à l'animadversion publique, plusieurs auraient pu douter que la main de Dieu fût encore avec lui ; au lieu que, après cette prédiction , l'événement ne devait servir qu'à affermir leurs cœurs dans la confiance. M. de Poussé , espérant sans doute d'en être la victime, fit même son testament six jours avani que la sédition éclatat, le 2 juin 1645, et laissa au séminaire que M. Olier fundait, tous ses biens, et spécialement sa terre de Beaume, qui était d'un revenu considérable.
Contre toutes les apparences, le coup fut porté à M. Olier par celui-ià même de qui il devait craindre le moins une persécution. Les premiers qui se liguèrent contre lui furent des amis et des parents de M. de Ficsque, qui lui avait résigné sa cure, Irrités de voir entre ses mains un bénéfice qu'ils désiraient pour un d’entre eux, ils cherchèrent long-temps une occasion d'agir contre lui , et de lui susciter une affaire qui l'obligeàt d'abandonner sa paroisse. Mais n'en trouvant poiat qui secondàt leurs vues, ils la firent naître, en persuadant, à force de flatteries et d'importunités, à M. de Fiesque luimême, qnoiqu'il eût tant presse M. Olier d'accepter sa cure, que le bénéfice qu'on lui avait donné, lors de sa démission, était d'un revenu fort inférieur à ce qu'il avait droit d'attendre ; qu'on l'avait trompé ; et qu'il était de son honneur , autant ‘que de son intérêt, de revenir sur ses pas. Parmi les ecclésiastiques que M. de Fiesque avait laissés après lui , et que M. Olier avait conservés pour servir la paroisse à titre d'habitués, sans qu'ils fussent membres de ia communauté, plusicurs, dont la vie ne répondait pas à la sainteté de leur état, osèrent bien se mettre de la partie. Ce n'était parmi eux que jlaintes et que murmures contre celui qu'ils auraient dù chérir et respecter comme leur père. Ils étaient venus à bout de persuader à l'ancien curé, que, depuis sa démission , tout était houleversé dans sa paroisse, êt qu'il avait perdu son troupeau en l’abandonnant. Toujours trop crédule et trop peu en garde contre la séduction, M. de Fiesque denna dans le
260 11, PART. 1645. — SÉMINAIRES, piège. Pour rentrer en possession de sa cure, il publia contre M. Olier un factum des plus sanglants, où il l'accusait d'en être l'injuste détenteur, en vertu d’une permutation nulle, disait-il, et obtenue par surprise, Pendant que les ennemis de M. Olier échauffaient les esprits, et faisaient sonner bien haut, de tous côtés, la prétendue injustice dont ils chargeaient le digne pasteur, il se forma contre lui une autre faction. Les libertins , dont il était le fléau le plus redoutable et le plus inflexible, trouvèrent la circonstance très-favorable pour se venger, et résolurent sa perte, Il avait déjà banni de sa paroisse beaucoup de filles vendues au crime, qui y avaient multiplié les lieux de débauche ; mais il n'avait pu guérir tout le mal, Plusieurs de celles qui restaient encore, furieuses de se voir continuellement surveillées et poursuivies par l'homme de Dieu, firent aussi leur complot, et engagèrent dans la sédition , une multitude de laquais et de domestiques , tous disposés aux coups de main. Les émissaires des deux factions, quoique dirigés par des intérêts fort différents, après s'être enhardis mutuellement durant plu= sieurs jours, en vinrent jusqu’à ameuter la populace, et à faire un seul parti de tous les mécontents. En moins d'une semaine, l'esprit de révolte s'accrut et se communiqua au point de former contre la personne de M. Olier, une conjuration qui mit sa vie dans le plus grand danger, et fut comme le prélude des barricades de la Fronde,
Le jeudi après la Pentecôte, 8 juin 1645, dès le matin, un gentilhomme du duc d'Orléans, vint apprendre à M. Olier, qu'il se tramait une conjuration contre iui; et une autre personne l'assura qu’une troupe de gens armés s'étaient réunis dans une maison voisine, avec dessein de se porter contre sa personne aux dernières violences. Il profita de ces avis, non pour écarter le coup, mais pour s'y préparer. Il se rendit à l'église en surplis, selon sa coutume, et y célébra ensuite le saint sacrifice, s'offrant avec Notre-Seigneur, pour être immolé à la gloire de son père, et se réjouissant de par-
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1645. — PERSECUTION SUSCITÉE CONTRE M, OLIER. 261 ticiper enfin à ce calice, après lequel il avait si ardemment et si long-temps soupiré, Il était à peine rentré au presbytère, environ vers huit heures du matin, qu'une troupe de factieux fondent en armes sur la maison, avec un bruit et un tumulte qui mettent l'alarme dans le quartier, et en criant qu'on faisait injustice au véritable titulaire de la cure, Aussitôt on ferme les portes de l'église de Saint-Sulpice, pour les empêcher de s'y introduire ; quelques-uns y pénétrent néanmoins; les autres entrent dans le presbytère, qui est bientôt investi par la populace, M. de Bretonvilliers, s'étant présenté à une fenêtre, pour essayer de l'apaiser, au mème instant on lui lance un pavé, qui, heureusement, ne le frappe que légèrement à la tête. Au milieu de ce tumulte, pendant que les uns pillent la maison, brisent et enfoncent les portes des chambres, les autres, ayant à leur tête l'un des anciens prètres habitués de la paroisse, montent en furieux à la chambre de M. Olier, se saisissent de lui, le tirent avec violence de son appartement , et, sans nul égard ni pour son caractère et sa qualité de pasteur, ni pour le saint habit dont il était encore revêtu, mettent son surplis en pièces, se jettent sur lui avec emportement, le trainent sur l'escalier ; puis, animés par l'exemple du prêtre sacrilége qui s'était déclaré leur chef, et qui, dans l'escalier même, le frap— pait du pied , ils l'accablent de coups, lui font souffrir les traitements les plus indignes.
Dès qu'il avait vu entrer les factieux, M, Olier s'était mis à genoux, en adressant à Dieu les paroles du Sauveur, dans le jardin des Oliviers : S’il est possible, faites que ce calice s'èloigne de moi ; néanmoins qu'il en soit comme vous voulez, el non comme je veux moi-même; et, semblable à une victime prête à être immolée à la gloire de Dieu et pour le salut de son peuple, il se laissa prendre , imitant la conduite de l'agneau de Dieu, lié et garotté par les Juifs, n’ouvrant pas même la bouche pour se plaindre. Les facticux , après l'avoir jeté rudement hors du presbytère, en le frappant ct en lui
montrant un pistolet prêt à être tiré sur lui, le donnèrent en spectacle à un peuple nombreux que cette scène tragique venait de rassembler. On le traina ainsi dans les rues voisines, toujours en l'accablant de coups et d'injures ; en sorte que, de cette grande multitude, il n'y avait personne qui ne proférât contre lui des paroles injurieuses, ou ne lui fit éprouver quelque autre mauvais traitement.
Saint Vincent de Paul, informé du tumulte, survint en toute hâte, résolu de défendre la vie de son ami, au péril même de la sienne propre. Il courut , en effet, le plus grand danger , en se jetant au milieu de ces furieux ; car personne parmi eux ne pouvait ignorer que si M. Olier était à la tête de cette paroisse, dont ils le regardaient comme le tyran, c'était à saint Vincent de Paul qu'on devait s'en prendre. Aussi, dès qu'on le vit dans la foule, on ne se contenta pas de l’accabler de reproches : aux paroles, on joignit bientôt les coups, sans respect pour son caractère et sa vertu, ni sans aucun égard aux immenses services qu’il rendait déjà au peuple de la capitale, A tous leurs mauvais traitements, il opposait la douceur d'un agneau, sans proférer un mot de plainte, se contentant de répéter ces paroles, dignes desa rare charité : Frappez hardiment Saint-Lazare, et épargnez Saint- Sulpice.
Enfin, après avoir trainé quelque temps M. Olier, les séditicux l'abandonnèrent à la populace, pour aller profiter du dégât que les autres faisaicrt dans la maison, Ce fut alors que quelques amis du serviteur de Dieu, qui étaient accourus à son secours, se mêlant dans la foule, le conduisirent à travers les huées du peuple jusqu'au palais du Luxembourg ; se joignant eux-mêmes aux séditieux qui le trainaient comme un malfaiteur public, quoique leur dessein fût de le mettre en sù— reté contre la fureur et la violence. Ceux qui s'étaient saisis de lui étant retournés au presbytère, s'emparent de tout ce qu'ils trouvent, volent l'argent, et même un dépôt confié à un ecclésiastique logé dans la maison; brisent ou emportent les
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1645. — PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M, OLIER, 263 meubles, se saisissent des provisions de la communauté où aprés s'en ôÔtre rassasiés, abandonnent le reste au are Comme le projet de construire les bâtiments du sarl était l’un des griefs que l'on reprochait à M, Olier les factieux, au milieu de ce tumulte, s'empressérent de pren ouvertures, que l'on avait percées pour faciliter EM des matériaux dans le jardin du presbytère, L'une des deux n'étant fermée que par des ais , ils la bouchèrent avec des p erres, qu'ils trouvèrent auprès; et n'ayant point sous la main le mortier nécessaire, ils en vinrent à cet excès de fureur que de répandre des pièces entières de vin, et de le méler avec la terre et le plâtre pour s'en procurer. ,
L'homme de Du fut reçu au palais du Luxembourg avec tout le respect que méritait sa vertu. La maréchale Jane l'accucillit dans son appartement, lui donna à diner, et se si gnala eu cette occasion par les bons oflices qu'elle s'efforcça de
lui rendre, Ne sachant dans quel état on l'avait laissé \ 4 Bretonvilliers courut au Luxembourg, où il le pe Re un calme aussi parfait, que s'il n'avait eu que des sujets 4 consolation et de joie. € I ne me parut nullement ému, dit-il » et je n'aperçus pas en lui la moindre altération. Ce fut » pour moi une très-forte conviction de la plénitude de 1! Es- » prit qui le possédait ; mais ce qui m'étonna singulièrement
» ce fut la manière dont il parla des auteurs de la ave
» tion, Pendant que chacun les condamnait, et qualitiait leurs
» procédés comme ils le méritaient, non-seulement il les
» excusait, mais il témoigna tant d'estime et d'affection pour
» leurs personnes , que j'en conçus de la peine, Je crus même
» devoir lui dire à l'oreille, que les louanges qu'il leur don-
» nait, étaient capables de faire retomber sur lui tout le
» blame de cet événement : m'ayant entendu, il se contenta
» de sourire à ce que je lui disais, et continua de parler
» aussi favorablement, »
La paroisse demceura sans pasteur, depuis le jeudi jusqu'au samedi suivant , le presbytère étant toujours occupé far les
factieux. Pendant ce temps, le service divin fut interrompu à l'église paroissiale , et l’on crut devoir porter le saint viatique aux malades sansaucun appareil, pour prévenir les excès auxquels l'exaspératior des esprits aurait pu donner lieu. M.Olier, de concert avec plusieurs des plus notables de la paroisse, présenta requête au Conseil d'Etat , pour être rétabli dans sa cure. Mais le Conseil n’était pas favorable à M, Olier ; du moins plusieurs courtisans paraissaient résolus à le traiter avec rigueur, comme étant la cause d'une sédition qui avait mis en mouvement tout un grand faubourg de la capitale ; d’autres en rejetaient, par erreur, tout le bläme sur saint Vincent de Paul , qu'ils croyaient être le supérieur des prêtres de Saint-Sulpice : et cette imputation donna lieu d'admirer combien Ja charité avait jeté de profondes racines dans le cœur de ce saint prètre. Depuis la mission prêchée au faubourg Saint-Gerraain , en 1641 , per les ecclésiastiques de la Conférence de Saint-Lazare , que l'on appelait indistinctement du nom de Missionnaires , quoiqu'ils ne fussent point membres de la congrégation de la Mission , on avait continué de donner ce nom aux prêtres de M. Olier, qui, par leurs prédica ions, leurs catéchismes , leurs conférences , et toutes les œuvres de zèle auxquelles ils se livraicent, semblaient faire, dans la paroisse , une mission continuelle. C ‘ame donc saint Vincent de Paul était le chef des conférences de Saint-Lazare et des prêtres de la Mission ‘plusieurs , à la ville et à la cour, murmuraient hautement contre lui, le regardant comme la cause de ce grand tumulte, quoiqu'il n'y eût eu aucune part; et, dans le conseil de la Reine, on censura vivement sa conduite.
« Il lui eut été facile, dit Abelly, de se mettre à couvert » de ce blâäme, en déclarant que les prôtres de Saint-Sul- » pice n'étaient point de sa congrégation, et qu'ils n'avaient » aucune dépendance de lui ; comme il était vrai, et comme » il Ie déclarait toujours, en d'autres occasions, quand on » vou'ait lui attribuer le bien qu'ils faisaient, Néanmoins,
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1645. — PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIER, 965 » en cette fächeuse rencontre, quoiqu'il n'eût aucune part » dans le différend qui étaii le sujet du vacarme, il ne voulut » pourtant jamais dire un seul mot pour désabuser ses accu- » sateurs et se justifier sur les repre aes qu'il en recevait. » Au contraire, pour pratiquer l'humilité, et tout ensemble, » faire paraître l'estime qu'il avait de M. Olier, et la part que » sa Charité lui faisait prendre en tous ses intérêts, qu'il es- » timait très-justes , il prit son parti et celui de ses ecclésias- » tiques. Il défendit leurs intérêts plus hautement ct bien » mieux qu'il n’eût fait les siens propres. Et lorsqu'on les » blâmait , et qu’on leur donnait le tort, il leur servait d'apo- » logiste, et il disait tout le bien qu'il pouvait de leur vertu, » de la sainteté ct de l'utilité de leurs emplois : en sorte que, » pour conserver leur réputation, il exposa volontiers la » sienne , et il ne fit point de difficulté de mettre, en quelque » façon , sa compagnie à la merci de cet orage, pour tàcher » d'en exempter M. Olier cet les siens, et leur procurer la paix » et la tranquillité. Ce procédé de M. Vincent, qui semblait » si contraire à la prudence humaine, étonna diverses per- » sonnes, et quelqu'un de ses amis lui ayant demandé pour- » quoi il avait agi de la sorte, il lui répondit qu'il pensait » que tout chrétien y était obligé; et qu'il croyait qu’en se » comportant comme il avait fait, il avait suivi les maximes de » l'Evangile. C'était l'estime très-grande qu'il avait de la vertu » de M. l'abbé Olier, qui lui donnait ces sentiments , et qui » lui faisait regarder ses saintes entreprises , non comme un » ouvrage particulier, mais comme un bien public, à la con- » servation et à la défense duquel un chacun était obligé. »
Cependant le Conseil d'Etat ne voulant point terminer cette affaire , de peur sans doute de compromettre l'autorité de la Régente , si son jugement n'apaisait pas la sédition, la renvoya au Parlement, le lendemain 9 juin, en ordonnant d'informer. Dès que les ennemis de M. Olier surent que le Parlement devait prononcer d’une manière définitive , ils s’ef-
À forcèrent de grossir leur parti, et y firent entrer plusieurs | e
personnes des plus qualifiées du faubourg Saint-Germain , qui mirent tout en œuvre pour prévenir contre lui l'esprit de ses juges : jusque-là que le prince Henri de Condé alla lui-même au Parlement, et sollicita publiquement contre M. Olier, avec une chaleur capable d'ébranler ceux mêmequilui auraient été le plus favorables. Au plus fort de l'orage, et lorsque tout semblait être désespéré pour M. Olier, Dieu prit en main sa défense. La princesse de Condé, tandis que son mari poursuivait le serviteur de Dieu, alla elle-même visiter les juges, et prit ses intérêts avec autant de zèle et d'affection, que s'il se fût agi de quelqu'un de ses proches. La duchesse d’Aiguillon et d'autres dames de la plus haute qualité joignirent leurs instances à celles de la princesse. Enfin la Reine ellemême fit solliciter le Parlement en faveur de M, Olier, « Au » milieu de ces excès commis contre nous et nos prêtres , écri- » vait-il, toute créature s'est armée pour nous punir, DiEu » a voulu manifester à l'extérieur sa colère , en la personne » de M. le Prince, qui tenait comme la place du Roi, et aui » alla au Parlement pour solliciter la vengeance des juges. » Mais s'il y a eu quelques personnes qui m'aient soutenu, ce » sont celles qui tenaient pour moi la place de la très-sainte » Vierge, l'avocate des pécheurs , et qu'elle remplissait de sa » charité et de sa miséricorde, Sainte Anne, à qui j'ai tou- » jours confié le temporel de mes affaires, a eu compassion » de moi, en la personne de la Reine, et sans les sollicitations » de ces dames auprès des juges, images de la justice de » Dieu, il n'y eût point eu de paix pour moi. »
Fiesque comparaitrait en personne , et qu'on tâcherait de se
>arlement chargé de cette affaire ordonna que M. de
saisir des principaux auteurs de la sédition, pour les mettre dans les prisons de la Concicrgerie. L'arrêt du Parlement désigne quatre individus, dont le premier était ecclésiastique, et attaché à la paroisse ; il ordonne ensuite que, sans préjudicier aux droits de personne, les choses soient remises dans le même état où elles étaient avant la sédition ; qu'en const-