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1645. — PERSEÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M, OLIER, 267 quence, M. Ofier soit rétabli dans la maison curiale, et qu'on oblige ceux qui s'en étaient emparés, de l’évacuer sur le champ.
À peine cet arrêt eüt-il été rendu, que les conseillers Payen ut Lenain, accompasznés de l’un des substituts du procureur géuéral, se transportérent sur les lieux, et remirent publiquewent M. Olier et ses prètres en possession de ia maison cu— riale et de l'église. Hs exécutèrent cette coinmission avec une véritable joie, et prirent les mesures qu'ils Jugèrent convenables pour procurer la tranquillité publique, et assurer à M. Olier la possession paisible de sa maison. Mais cet acte d'autorité, qui fit renaître l'allégresse parmi les gens de bien, irrita étrangement les facticux, surtout lorsqu'ils apprirent quele Parlement avait ordonné de saisir les coupables, et, s'ils ae paraissaient point dans l'espace de trois Jours, de séquesrer leurs biens, jusqu'à ce qu'ils eussent obéi. Aussi M. Olier ait à peine rentré au presbytère, que la sédition recommeuça. Une nouvelle troupe, ramassce de la lie du peuple per les priacipaux auteurs de la première émeute, vint en armes à la maison curiale, pour chasser de force et destituer de fait celui qu’ils ne voyaient qu'avec une sorte de rage rétabli publiquement par les ministres de la justice. Sans respect pour le jugement des magistrats, ni pour les personnes laissées au presbytère, afin d'en assurer l'exécution, les séditieux inveslissent de nouveau la maison, dont on ferme aussitot les por— tes, Ils s'efforcent de les renverser; mais ne pouvant y réussir, ‘cause de la résistance qu'on faisait du dedans, ils essaient d'y mettre le feus'et ce moyen étant encore rendu inefficace, ils s'efforcentenfin, quoique sans succès, d’escalader le mur du jardin.
On reconnut alors que, dans leur première émeute , DIEU ae leur avait permis de se livrer à toute leur fureur, que pour protéger, par ce moyen, celui dont ils avaient juré la perte. En effet, comme le jeudi précédent ils avaient muré, ainsi qu'on l'a dit, les deux ouvertures que M. Olier avait fait praliquer à ce mur mème, et qu'ils ne pouvaient plus pénétrer
que très-difficilemeut dans l'intérieur du presbytère : une sorte de combat s'engagea alors entre ceux qui gardaient la maison et les séditieux qui en formaient le siége. Sur le champ, des personnes dévouées à M. Olier vont en toute hâte, informer les magistrats d'une violation si manifeste de leurs ordres. M. Picoté court au Palais-Royal, où résidait la Reine, pour l’avertir du danger; et aussitôt cette princesse envoie quelques compagnies du régiment des gardes, qui arrivent au moment même où ce peuple irrité et transporté de fureur allait mettre le feu : la maison. Le secours ne pouvait venir plus à propos; car ceux qui soutenaient le siége, épuisés par une résistance de trois heures , étaient sur le point de succomber. Pendant tout ce tumulte, M. Olier n'eut d'autre défense, et ne permit pas que ses ecclésiastiques employassent d’autres armes que la prière. Il ne fut pas toutefois nécessaire de répandre le sang pour dissiper l'érneute : à peine commença-t-on à entendre le bruit des tambours, que tous les factieux prirent la fuite. Au plus fort de cette sédition , le lieutenant civil et le lieutenant criminel de la Prévôté de Paris s'étant rendus en grande hâte au Parlement, informèrent la cour de ce qui se passait au faubourg Saint-Germain , au mépris de l'arrêt rendu le jour même. Le Parlements'assembla extraordinairement, et ordonna aux ofliciers de la justice de se transporter sur les lieux, pour procéder contre ceux qu'ils trouveraient assemblés et attroupés. Cet arrêt fut lu et publié dans tous les carrefours et faubourgs de Paris, afin que personne n’en püt prétexter ignorance ; et enfin, pour assurer la vie de M. Olier et celle de ses ecclésiastiques, on établit, dans le presbytère même, un détachement de soldats.
Au milieu d’un si grand tumulte, M. Olier était aussi paisible que s’il eût joui dans sa paroisse de la plus partait tranquillité. Malgré sa vivacité et sa promptitude naturelle,
il fut toujours d’une humeur égale , et jamais on ne remar- E
qua en lui a moindre altération , tant il était maître de tons ses mouvements! Le lendemain, qui était le jour de la Trinité,
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1645. — PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIER. 269 il monta en chaire et parla à son peuple, avec autant de dignité que d'affection et de zèle. À voir la paix et la présence d'esprit qui se faisaient remarquer dans tout son extérieur, on eût dit qu'il ne lui était rien arrivé; et commentant ces pa— roles de l'Evangile du jour : Toute puissance m'a élé donnée, dans le ciel et sur la terre ; il s'exprima avec tant de force et d'éloquence , que, quoiqu'il ravii ses auditeurs dans tous ses prônes, il sembla se surpasser lui-même dans celui-ci.
Cependant les femmes de mauvaise vie, qui restaient en— core sur la paroisse, craignant de ne pouvoir y subsister si M. Olicr en reprenait la cenduite, concertèrent, avec la plupart de celles qu’il en avait chassées, un dernier effort pour demander son éloignement. Elles eurent la hardiesse de s'assembler, au nombre d'environ trois cents, de se parer magnifiquement, et de se rendre ainsi au palais du Luxembourg, occupé par la maison d'Orléans , pour y porter leurs plaintes contre leur pasteur. En se revêtant de ce qu'elles avaient de plus précieux , elles espéraient qu’on les prendrait pour des personnes des plus considérables de la paroisse, et qu’on aurait égard à leurs désirs. Mais, comme la vertu a des caractères distinctifs, qui la font reconnaitre, le vice a aussi les siens ; et cette démarche insensée eut tout le résultat qu’on devait en attendre. Cependant, tout mal concertée qu'elle était , elle fit connaître que M. Olier avait grand nombre d’ennemis dans Sa paroisse, et que la fermentation y était extrême.
Cetie troupe méprisable , quoique repoussée avec indignation, ne fut pas pour cela déconcertée. Elle ne put se porter le jour même au Parlement , qui ne s'assemblait pas le dimanche ; mais le lendemain, 12 juin, ilse forma de grand ma Un, dans la salle du palais, et au mépris de l'arrêt rendu le Samedi soir, un rassemblement de femmes et d'autres person— nes, qui, ne pouvant obtenir par la ruse l'éloignement de M. Olier, crurent y mieux réussir en employant l'audace. C’élait le jour même où tous les membres du Parlement devaient
| aller à Notre-Dame, avec le Roi et les princes, pour assister
au Te Deum , à l'occasion de la prise de Roses, en Espagne, par le comte du Plessis-Praslin. À l'entrée des magistrats, elles remplirent la salle de leurs clameurs et de leurs menaces , se flattant d'intimider ainsi la cour, Ce n'était pas be moyen de se la rendre favorable. Se voyant insultée dans le sanctuaire méme de la justice, elle rendit sur le champ unarrêt qui fut publié dans la ville et les faubourgs, et dont la sévérité était capable de contenir dans le devoir les plus audacieux de cette troupe. Il y eut ordre d'informer à l'instant même contre les auteurs de cettenouvelle sédition, et défense, sous peine de la vie, à touces personnes de s'attrouper, sous quelque prétexte que ce fût: comme aussi, défense aux parties intéressées, et également sous peine de la vie, de venir am Parlement en plus grand nombre que quatre, La cour commanda encore, sous là même peine, à toutes les femmes et autres personnes qui les assistaient, de se retirer à l'heure même dans leurs maisons, déclarant qu’on allait procéder sans aucune forme de justice contre les contrevenants , comme perturbateurs du repos public. Tous les officiers de justice reçurent ordre de procurer l'exécution de cet arrêt, et de saisir tous ceux qui tiendraient des discours tendant à provoquer
quelque sédition.
La rigueur de ces arrêts, et la sévérité avec laquelle on devait y tenir la main , intimidèrent les ennemis de M. Olier.
Ils n'osaient plus se montrer le jour ; mais plus d’une fois ils h
tentèrent durant la nuit de se venger sur sa personne , et fut alors qu’on prit le parti de laisser nuit et jour les gardes
au presbytère, jusqu’à ce qu'il n°y eût plus pour lui et pour | \ les siens aucune apparence de danger. be
Par son arrêt du 10 juin, le Parlement avait ordonné de | mettre dans les prisons de la Conciergerie tous ceux des perturbateurs que M. Olier désignerait; mais, loin de poursuivre l'arrestation des coupables , le serviteur de Drew cher- | chait au contraire à faire mettre en liberté tous ceux qui étaient déjà détenus à cause de lui. Une personne voulant lui
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1649. — PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M, OLIER, 271 persuauer qu'au lieu de les protéger de la sorte , il devait plutot user de son crédit pour les faire châtier , il lui répondit ces paroles, bien dignes d'un pasteur des âmes : «Je dois les » ainter, et prier pour eux, à l'exemple de Jésus-Cunisr, qui » a prié pour ceux qui le mettaient à mort. Hs n'en sont pas » venus siavant, par la miséricorde de Div ; ce qu'ils m'ont » fait n'est rien; et puis, quoiqu'ils aient témoigné quelque » mauvaise volonté contre moi, ne sont-ils pas toujours mes » enfants ? Dieu me les a donnés; je tàcherai, avec le secours » de sa grâce, de conserver pour eux un cœur de père. David » ne voulut jamais qu'on fit aucun mal à son fils Absalon, » quoiqu'il cherchät sa vie et son royaume; pourquoi ne » l'imiterai-je pas? Ils n'ont jamais eu la volonté de me faire » un si grand mal. Ah! si leur salut dépendait de ma vie ct » de mon sang, et si DiEu me conservait le désir qu'il m'a » donné de leur pr.surer ce grand bien, ils seraient tous » assurés du paradis. » Avant appris qu'où avait conduit en prison un homme qui s'était montré l’un des plus ardents pendant l'émeute, cs charitable pasteur s'empressa d'aller le visiter ; et, quoiqu'il en fût reçu avec des paroles insolentes , accompagnées d’injures et de moqueries, il ne laissa pas de lui témoigner une tendresse et une douceur excessives , en sorte qu’à le voir, on eût cru que ce prisonnier tait son meilleur ami. Il n’en demeura pas là : il saisit toutes les occasions pour demander sa grâce à la Reine. Cette princesse se montra d'abord inflexible , répondant qu'il était détenu pour des raisons d'Etat. Mais, à la fin, se voyant si importunée par le serviteur de Dieu , et par les personnes puissantes qu'il faisait encore agir, elle accorda la liberté du coupable. Enfin , M. Olier donna constamment , surtout à l’occasion de cette sédition, des marques si éclatantes et si publiques de son amour envers ses ennemis, qu'on disait, dans le faubourg , qu'un moyen d'en recevoir certainement des bienfaits, c'était de lui faire du mal.
Qoique le plus fort de la tempête füt apaisé, plusieurs amis
272 l'I, PART. 1645. — SÉMINAIRES.
de M. Olier, effrayés des suites que pouvait avoir la scène affreuse qui venait de se passer, et des mouvements que faisaient encore les partisans de M. de Fiesque, voulurent l'engager à lui remettre sa cure. Ils lui représentaient les difficultés insurmontables qu'il rencontrerait dans l'établissement de son séminaire , soit à cause de l'autorité de ceux qui étaient contraires à ce dessein , soit à cause de l'opposition de plusieurs anciens prêtres, et du grand nombre de personnes qui le combattaient ouvertement. « Jamais nous ne devons &bandonner » les œuvres de Dieu pour les oppositions qui s'y rencontrent, » leur répondait-il; au contraire, ces oppositions doivent » augmenter notre courage. Si l'on avait égard aux contra- » dictions, on ne ferait jamais rien pour Dieu. La croix n'est- » elle pas l'apanage des œuvres dont il est l’auteur ? Elles ne » se font jamais sans elle. JÉsus-Cær'sT n'a pas fondé autre- » ment son Eglise; et il ne faut pas espérer de rien faire par > d’autres voies. Laissons le monde et le diable s’irriter. > Jésus-Curisr, qui les a autrefois vaincus, ne peut-il pas en » triompher encore? Je n'ai embrassé cet emploi que pour sa » gloire, je ne le quitterai que lorsque je saurai que “est sa » volonté. » Cependant la Reine ayant entendu dire que l'on <onseillait à M. Olier de renoncer à sa cure, voulut d'abord qu'il la conservät, et donna ordre à saint Vincent de Paul de terminer le différend entre l'ancien et le nouveau curé de Saint-Suipice. Mais malgré son extrême douceur, saint Vincent ne put rien gagner sur l'esprit de M. de Fiesque. L'affaire paraissait désespérée, lorsque M. de Corneillan, évêque de Rodez, envoya son neveu, en poste, à Paris, pour proposer à M. Olier d'accepter son siége, dont il envoyait la démission en sa faveur. Il y avait plus d’un an que ce prélat avait résolu de le choisir pour son successeur , et toutes les circonstances semblaient se réunir pour déterminer M. Olier à accepter ses offres : l'opposition générale qu'il rencontrait dans sa paroisse, les instances de plusieurs de ses amis, l'invitation d’un évêque qui n'avait en vue que la gloire de Dev , enfin
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1645. — PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M, OLIER, 273 l'approbation et même le désir bien proncacé de la Reine régente. Car cette princesse, dès qu'elle connut le dessein de M. de Corneillar., ae se contenta pas de l'approuver; elle daigna encore témoigner à M. Olier qu'elle désirait beaucoup de le voir accepter ce siège , afin de lui procurer le calme et le repos, dont il ne paraissait pas qu'il pût jamais jouir dans le faubourg Saint-Germain.
Ses amis redoublèrent alors leurs instances. Se voyant pressé de toutes parts, M. Olier crut devoir examiner si Dieu n'aurait pas suggéré lui-même à M. de Corncillan la pensée de quitter son siége en sa faveur; et si ce n'était pas un moyen ménagé par la Providence, pour qu'il renonçât à la cure de Saint-Sulpice. En balançant ainsi sur le parti qu'il avait à prendre, il ne doutait ps d'avoir exécuté les erdres de Dieu dans l'établissement du séminaire déjà com mescé. Mais sa règle invariable avait toujours été de sou mettre à ses supérieurs les lumières qu'il recevait de Dreu, et d'exécuter ponctuellement leurs ordres, quoiqu'ils pussent être entièrement opposés aux lumières d'en-haut, qui lui paraissent les plus assurées. Il résolut donc, dans ces circonstances, de s’en rapporter à la décision pure et simple de l'abbé de Saint-Germain, son supérieur naturel. Il alla en conséquence lui faire part de ces dispositions , l'assurant que, si ses servi— ces lui étaient agréables, il continuerait de les employer pour le salut du troupeau dont il éait chargé, et ne penserait nullement à l'évêché de Rodez; que si, au contraire, il ne le jugeait pas propre à gouverner la paroisse de Saint-Sulpice , il s'en retirerait aussitôt, n'ayant plus rien à cœur que de se conformer aux ordres de la Providence, qu'il reconnaitrait dans les siens, Quoique l'abbé de Saint-Germain eût été opposé jusqu'alors au dessein de l'établissement du séminaire ; et eût refusé d'en autoriser l'érection, un langage si désintéressé, lui inspira une très-grande estime pour M. Olier. Il admira son humilité, lui témoigna la plus grande joie de le voir curé du
faubourg, le pria de ne point penser à un changement, l'as 12°
s'ira de sa protection pour l'établissement du séminaire, et lui promit de la manière la pl’: expresse de seconder cette œuvre, ajoutant même qu'il tardait d'en accélérer l'exécution. Un dénouement si inatteadu surprit tout le monde ; et les amis du serviteur de Diru eurent lieu d'admirer comment cettemême persécution, qui paraissait faite pour ruiner leséminaire, était devenue le principe auquel il devraitson existence. « Ce petit corps, disait dans la suite M, Olier, a été engendré » dans la persécution et au milieu des traverses du démon et » du siècle, » De plus , pendant que l'abbé de Saint-Germain s'en déclarait le protecteur, on parvint à apaiser et à satisfaire M. de Fiesque. Il est vrai que ce ne fut pas sans beaucoup de peine : tout le temps que durèrent les négociations, les gardes élaient toujours aux portes du presbytère ; et ce ne fut qu'après quarante jours , que les hostilités de la part des parents et des amis de l’ancien curé cessèrent entièrement , moins toutefois par la voie de l'autorité, que par la générosité avec laquelle M. Olier rendit le bien pour le mal, puisqu'il assura à "1. de Fiesque une rente de dix mille livres en dédommagement de la prétendue injustice dont celui-ci se plaignait. Toutes les difficultés étant ainsi aplanies du côté de M. de Fiesque, c4 l'abbé de Saint-Germain étant tout disposé à ériger le séminaire en communauté , M. Olier ne s'occupa plus que des moyens de consommer cette œuvre. Pour ne pas sé arter des formes ordinaires, il jugea nécessaire, avant tout, de passer avec quelques-uns de ses prêtres, un acte d'association qui servit de base à tout le reste, et qui fit connaitre la fin ‘ie la société, I choisit pour cela ceux même qui avaient acquis conjointement avec lui la maison Méliand , MM. de Poussé et Damien ; et, le mercredi 6 septembre, ils signèrent cet acte dans le presbytère, en présence de deux notaires publics, selon l'usage de ce temps. En voici les dispositions principales : Ils y déclarèrent que , reconnaissant les efets visibles des bénédictions qu’il a plu à la bonté divine de répaudre sur le dessein qu'ils ont déjà conçu de l'établissement
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