ÉRECTION DU SÉMINAIRE EN COMMUNAUTÉ
d'un séminaire, et voyant que, de toutes parts, des personnes signalées en doctrine et en vertu se joignent à eux pour concourir à une si bonne œuvre; ils ont jugé que si ce séminaire était érigé en corps de communauté, avec toutes les approba— tions convenables, il augmenterait de jour en jour, et produirait les fruits que l'Eglise, les conciles, les ordonnances royales, et les assemblées du clergé ont attendu de cette sorte d'établissement : qu'en conséquence , estimant ne devoir pas retarder davantage l'exécution de ce dessein, quia pour objet la gloire de Dieu et l'honneur de son Eglise, sous la direction et disposition de nosseigneurs les évêques , dans la juridiction desquels se feront de semblables établissements ; après avoir invoqué l'assistance du Saint-Esprit, ils promettent de faire un corps de communauté pour vaquer à toutes les fonctions d'un séminaire, aux ternses et selon l'esprit des canons: le tout sous les articles, statuts et réglements qui seront convenus entre eux, et Ceux qui s'uniront à eux pour composer tous ensemble le corps du séminaire, Hs entendent n'é se au cunement à charge à nosseigneurs les évêques, chapitres, ab bés, dans les diocèses ou juridictions desquels ils feront de tels établissements; mais seulement y contribuer de leur chef, et par les libéralités purement volontaires , de ceux qui désireraient concourir à ectte bonne œuvre, lorsque le séminaire sera rendu capable d'acquérir, A cette fin, ils chargent M. Olier de se pourvoir par-devant Févèque de Metz, abbé de Saint-Germain, pour obtenir de lui l'autorisation du présent concordat;auprès du Pape, pour en obtenir une bulle de confirmation,etdu Roi Très-Chrétien pour des lettres-patentes. L'abbé de Saint-Germain autorisa en effet cette association, le 23 octobre 1645, et l’érizea en communauté ecclésiastique. Enfin, la Reine régente, qui avait pris si hautement la défense de M. Olier dans la sédition, s'empressa, pour lui donner une nouvelle marque de son estime, de joindre les lettres-patentes du Roi à l'autorisation de l'abbé de Saint-Germain, et de faire jouir le séminaire de Saint-Sulpice de tous les priviléges que
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la protection du monarque accordait aux communautés du royaume. Ces lettres sont un monument trop honorable à la piété du souverain , et à celle de la Régente , pour n'en pas donner ici un aperçu, Le roi y rappelle que M. Olier et ses ecclésiastiques lui ont exposé que la bonté divine leur avait inspiré de se réunir en communauté , et d'employer leurs biens , leurs soins et leurs travaux à l'instruction des jeunes gens qui aspirent aux ordres sacrés, ou qui y sont parvenus, afin de les former au culte divin, au chant et aux cérémonies de l'Eglise , à l'administration des sacrements , et à la prédi- ‘ation de la parole de Dieu. I rappelle pareillement les services qu'ils avaient rendus en quelques diocèses, spécialement dans celui de Paris, à Vaugirard, et au faubourg Saint-Germain. « Etant bien informé, dit-il, en quelle recommandation les » rois nos prédécesseurs ont eu ces établissements, qui tendent » à la gloire de Dieu, et à l'avancement de son service; et à > quoi nous oblige le glorieux titre de protecteur de l'Eglise; » sachant d'ailleurs avec quel zèle, quelle sagesse et quelle af- » fection particulière, la Reine régente, notre dame et mère » très-honorée, a maintenu et favorisé M. Olier ct les autres » exposants ; voulant aussi, de notre part, contribuer aux » fruits que nous nous promettons d'un si louable établisse- » ment, faisons savoir que nous, de l'avis de la Reine ré- D) gente , notre dame et mère, de notre pleine puissance et » autorité royale, confirmons et approuvons l'association des- » dits exposants , pour eux et pour ceux qui , dans la suite, » voudront se joindre à leur compagnie, avec pouvoir d'ac- » cepter legs, fondations et donations, ainsi que les autres » corps et communautés reçus dans notre royaume ; aux con— > ditions de prier Dieu pour nous, pour notre dame et mère, » nos successeurs rois, et pour la paix et la tranquillité de » l'Église et de notre Etat. » C'est ainsi que, contre toutes les -apparences humaines , et au milieu des contradiotions et des persécutions de tout genre , le séminaire et la compagnie de Saint-Sulpice furent établis. « Ne nous appuyons qu'en Dieu,
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1045.— ÉRECTION DU SÉMINAIRE EN COMMUNAUTÉ, 277 » disait M. Olier , après un acte si éclatant de la protection » divine, et ne nous confions qu'en lui seul, pour le succès de » l'œuvre dont il nous a confié l'établissement, Ne regardons » jamais que lui, et il nous conduira sûrement au milieu de » toutes les tempêtes, Plus elles auront été violentes, plus » elles feront éclater sa sagesse, sa puissance et son amour. » Ses aimables perfections ne paraissent jamais davantage, » que lorsque les œuvres qu'il a commencées réussissent mal- » gré la rage de l'enfer, et la persécution de l'homme. Aban- » dounons-lui toutes choses, et demeurons tranquilles dans » l'attente de son secours. Quand nous verrions tout le monde » soulevé contre nous, jamais il ne faudrait quitter l'œuvre » où il nous appelle, puisqu'il peut, en un moment, dissiper » tous ces nuages , et faire de nos plus grands persécuteurs » nos plus fidèles amis, O ! qu'il faut peu se fier aux grands, » et aux enfants des hommes. I fallait que je visse ee que j'ai » expérimenté, pour être confirmé dans cette vérité, autant » que je dois l'être, Qu'il est doux de faire l'œuvre de Dieu » en son Fils, et par les voies de l'esprit d'humilité, de pau » vreté et de simplicité, Notre-Seigneur m'aappris une bonne » fois, comment il voulait que je me retirasse des grands, et > que je prisse garde d'établir ma confiance en leur crédit. » La jalousie de Dieu, pour l'œuvre qu'il m'a commise, a paru » en ce qu'il a toujours écarté les grands, et qu'il les a rebu- » tés toutes les fois qu’ils se sont présentés pour y prendre » part ; afin que lui seul fût reconnu pour l'auteur de cet ou- » vrage, qui serait attribué aux hommes , s'ils y avaient » donné leur protection. »
Après que M. Olier eût été ainsi éprouvé par cette persécution, il reprit la conduite de son troupeau avec un nouveau zèle , et on vit alors en sa personne la vérité de la promesse que le Sauveur fait dans l'Évangile, d'exalter celui qui s'hu- Milie. En récompense des humiliations auxquelles il s'était soumis , il fut environné de l'estime et de la vénération universelle de sa paroisse, de ceux même qui avaient paru le plus
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envenimés contre lui; chacun le proclama le père des pauvres, l’ami le plus sincère de ses paroiïssiens, un saint pasteur tout dévoué au salut de ses ouailles. Le changement qui se fit en sa personne ne fut pas moins admirable que celui qu'on remarqua dans les esprits : Dieu lui avant donné un accroissement de santé et de force , qui le rendit capable du travail le plus soutcra et le plus pénible ; il en profita pour étendre et pour perfectionner dans sa paroisse le bien qu'il y avait commencé, et pour mettre la dernière main à l'établissement de son séminaire.
Il avait logé d’abord ses séminaristes dans plusieurs maisons voisines du pres’:’tère ; mais bientôt il se vit contraint par leur nombre d'acheter, comme on l'a dit, un terrain, près de son église paroissiale, pour y élevec un bâtiment plus approprié aux besoins de cette communauté. La construction en fut néanmoins retardée jusqu’en l'année 1649 , à cause de la multitude des occupations du sesviteur de Div, de ses voyages , du fléau de la guerre qui avait désolé la capitale , et aussi par suite des dépenses qu'entrainaient toutes les bonnes œuvres dont il avait été le soutien. Enfin , dès qu'on fut sorti des troubles de la première guerre civile, voyant d'un coté le besoin urgent de construire ce bâtiment sans délai, et de l'autre l'épuisement de ses ressources après cette calamité publtque, il eut la pense d'aller exposer sa situation à la très-sainte Vierge , dans l’église de Notre-Dame, où M. de Bretonvilliers l'accompagna. Là , pendant qu’il était en prières , il reçut de nouveau de la Mère de Dieu la faveur qu'on a déjà rc;,portée: @ I lui plut, dit-il, nous apparaître, portant en main le » modèle d’un édifice qu’elle me donnait pour m'en charger; » je n’osais presque l'accepter. N'ayant pas de quoi l’entre- » prendre, je la priai de le mettre dans les mains de celui qui » était auprès de moi ; mais sa bonté me témoigna qu'elle » voulait que ce fût moi-même qui le prit pour l'exécuter. » M. Olier ne doutant point alors que la très-sainte Vierge ne füt en effet le soutien de cette œuvre, se mit en devoir de l’exé-
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CONSTRUCTION DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE. 279 cuter sans délai, et, d'après le modèle qui lui avait été montré, il fit connaitre à un architecte distingué de cette époque la forme et la distribution qu'il voulait donner à l'édifice, et le chargea d'en dresser le plan. C'était Jacques Le Mercier, connu par la continuation du Louvre, la construction du Palais-Royal et par celle de l'église de Sorbonne. En s'adressant à un homme de ce mérite, l'intention de M. Olier n'était point d'élever un monument somptueux : il exigea au contraire que tout y füt simple, mais il voulait joindre à la simplicité une ordonnance noble, aisée, bien entendue , surtout une solidité à toute épreuve. Dès qu'il en eut arrêté le plan avec cet architecte , il fit creuser les fondements sans délai, et voulut qu'on en posät la première pierre dans l'octave de la Nativité de la sainte Vierge.
Tout ayant été disposé pour cette cérémonie , les ecclésiastiques du séminaire et ceux de la communauté se rendirent en procession au lieu où l'édifice devait être bâti; et pendant qu'ils chantaient des hymnes et des psaumes , pour demander à Notre-Seigneur de fonder cett> maison par sa divine Mère, et de répandre sur tous ceux qui devaient Fhabiter, l'esprit qu'elle avait apporté au monde dans sa naissance , M. Olier bénit la première pierre, et la posa au nom de cette auguste Reine du clergé. Il mit dans les fondations plusieurs grandes médailles d'or, où elle était représentée au-dessus de ce batiment, qu'elle semblait défendre et protéger, comme un bien dont elle avait la propriété et le domaine ; et sur le revers, on lisait cette inscription : Cum ipsa , et in ipsa, el per ipsam , omnis œædificalio crescil in templum Dei. Il éprouva aussitôt les effets de cette confiance, par le saint empressement que plusieurs personnes firent paraître pour contribuer de leurs soins à la construction du bâtiment. « La bonté de notre au- » guste nrincesse, écrivait-il, a inspiré un zèle et une affec- » tion extraordinaire, pour y travailler, aux plus fidèles et » aux plus capables personnes que nous puissions avoir. Il » s'avance par sa sainte protection et par sa bonté, comme il
» a été commencé en son nometpar son ordre. » On continua les travaux sans relâche, et on les interrompit au commencement de l'hiver , dans l’octave de l'Immaculée Conception. Ils furent repris pendant l'octave de la Purification, l’année suivante, cet poussés avec beaucoup d'activité ; car comme tout languissait alors dans Paris, où l’on n'osait rien entreprendre, les ouvriers qui manquaient de travail se présentèrent en foule, et furent employés chacun aux diverses parties de ce grand ouvrage. C'était le sujet d’une vive consolation pour M. Olier d'occuper ainsi cette multitude inquiète et turbulente, qui manquait de pain , et qui aurait pu se porter aux derniers excès pour s'en procurer. « Que nous » sommes heureux, disait-il quelquefois, de pouvoir, en » élevant une maison à Notre-Seigneur , donner du pain à » ses membres! » Cette circonstance eut même quelque chose de si frappant, que ceux qui d’abord avaient paru blâmer l'entreprise, ne purent s'empêcher d'y applaudir. On poussa le bâtiment avec tant de diligence, qu'il fut achevé à l’Assomption de la même année, excepté la toiture qui manquait encore en plusieurs endroits; et toutefois la promptitude de l'exécution n'en fit point négliger la solidité. Comme ce bâtiment devait être consacré à Dieu , on porta si loin les précautions dans le choix de tous les matériaux, qu’on n’y en employa aucun, qui n’eût été trouvé sans défaut, et même qu'on acheta à grand prix une forêt entière, pour avoir un bois neuf et sain à employer aux constructions. Dans ce même dessein M. Olier permit à Le Mercier de construire l'édifice en pierre de taille. Mais pour y conserver la simplicité qui doit paraître dans les bâtiments des communautés, il ne voulut jamais consentir que cet architecte le couvrit en ardoise, ni qu'il en exhaussät les pavillons, ou qu'il le décorât d'ornements superflus. Bien plus, comme l'on avait fait à son insu des denticules dans l’entablement qui couronnait la maison, et qu’on avait commencé à les tailler aussi du côté de la rue : dès qu'il en fut instruit, il fit
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CONSTRUCTION DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE. 281 cesser sur le champ cet ouvrage , aimant mieux laisser sub— sister une pareille irrégularité, quelque choquante qu'elle fat, que de souffrir le moindre ornement , qui eût tant soit peu ressenti la magnificence ou le faste. Enfin , il s'opposa encore au dessein de Le Mercier qui voulait décorer l'entrée en y mettant des colonnes , et il n’y souffrit que deux pilastres d'ordre lonique.
Par esprit de religion, M. Olier désira que la chapelle füt achevée avant aucune autre partie du bâtiment, et qu'on la bénit au plus tôt , afin de sanctifier par là le premier usage qu'on ferait du nouvel éditice ; ct pour témoigner, dans cette occasion , son respect envers le saint siège apostolique , il voulut que le Nonce du Pape , y célébrât le premier. Lorsque le nouveau bâtiment fut presque entièrement achevé, M. Olier, avant qu'on y logeât, eut la dévotion d'aller à Chartres, pour en offrir les clefs à la patronne de cette ville, comme à la reine de l'établissement. Il célébra la sainte Messe dans cette cathédrale, ayant sur lui les clefs du séminaire, et conjura la très-sainte Vierge de prendre possession d'une maison qui était son ouvrage, et de la bénir à jamais. Ce fut dans cette circonstance, qu'il lui offrit, comme à l’é-. pouse du Père Eternel , une robe précieuse , brodée en or et en soie, qu’on conserve encore dans le trésor de cette église ; ct pour perpétuer , dans la maison, la dévotion à Notre- Dame de Chartres, il voulut y attacher tout le séminaire par un lieu particulier, et obtint à cet effet, des lettres d'asso— ciation du chapitre de la cathédrale. Enfin désirant de laisser aux siens sa tendre dévotion envers Marie, comme l'héritage le plus précieux, il s'efforça de rappeler partout, dans le séminaire de Saint-Sulpice, le souvenir de cette aimable mère. « J'espère, écrivait-il, que le saint nom de Marie sera béni » à jamais, dans notre pauvre maison; et tout mon désir » c'est de l’imprimer dans l'esprit de nos frères. Elle en est » la conseillère, la présidente , la trésorière, la princesse , la » reine, ettoutes choses. » Dans ce dessein il voulut qu'on
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placät au fond de la cour, eten face de la porte d'entrée, une statue de la très-sainte Vierge, qui fût comme le symbole de la royauté etdu domaine que Jésus-Cnrisr lui donnait sur la maison. Cette statue, excellemment exécutée par Buistel , représentait la sainte Vierge assise, tenant, debout sur ses genoux, l'Enfant Jésus, qui lui mettait une couronne sur la tête, et on lisait au bas ces paroles : Intervent pro clero. M. Olier avait si fort à cœur de faire honorer Marie comme la reine et la fondatrice de la maison, qu'il refusa toujours la qualité de fondateur ; et q'clqu'un le lui ayant donné dans une lettre : « Vous savez, répondit-il, que c'est Jisus en sa » divine mère qui l’est, et qui l'en a établie fondatrice : Fun- » davit eam Allissimus. » I fit même graver ces paroles sur une tablette , dans le fronton de l'édifice, et voulut aussi que le monogramme de Marie parût partout dans la maison, sur les portes , sur les meubles, le linge , les ferrures , les vitres. Mais ce fut surtout dans la décoration de la chapelle, que sa dévotion pour l’auguste Mère de Dieu parut avec éclat. S'il désira que la maison ne se fit remarquer que par sa simplicité, il voulut que la chapelle fût magnifique ; et les artistes de l’époque secondèrent si parfaitement ses religieux desseins , qu'on la comptait au nombre des plus rares curiosités de la capitale, et qu'on lui donnait même le premier rang pour ses tableaux. On y admirait surtout la peinture du plafond , regardée alors comme l’un des plus beaux ouvrages de ce genre; et qui fut exécutée par Le Brun , sur l’itée que lui en fournit M. Olier. Cette magnifique composition représentait le triomphe de la très-sainte Vierge , couronnée dans le ciel de la main de Dreu le Père, aux acclamations de toute l'Eglise triomphante , et proclamée Mère de Dieu par l'Eglise militante, dans le saint concile d'Ephèse. Ce sujet , qui a été gravé plusieurs fois, est trop célèbre dans l’histoire des beaux arts, pour le passer entièrement sous silence : nous en donnerons ici une courte description , que nous lisons dans les Mémoires de M. Baudrand. « Les pères du concile d'Ephèsce
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