‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 148 sur 235 · CONSTRUCTION DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE

et les patriarches d'Orient, paraissent dans le fond sur la partie inférieure ; ensuite le pape saint Célestin , et l'Eglise

Latine, Ils sont portés sur des nuées; et dans l'attitude de l'humilité et de l'admiration , ils rendent leurs respects profonds à la très-sainte Vierge, en la proclamant Mère de Dieu. Ea sainte Vierge parait au milieu, beaucoup élevée au-dessus de ces saints docteurs; elle est portée sur un manteau d'azur , soutenu par une multitude d'anges, dont les attitudes sont toutes différentes , mais très-hardies , dégagces, naturelles et sans confusion, quoiqu'ils soient pressés et comme entrelacés. D'autres anges s'écartent dans Îes extrémités du tableau , et témoignent par les fleurs qu'ils répandent, par les instruments dont ils jouent , et par leurs manières pleines de joie, d'admiration et de respect , que le ciel s'accorde avec la terre, pour publier de concert les grandeurs et le triomphe de l’auguste Mère de Dieu. Elle est placée dans une gloire, au milieu de laquelle, le visage éclatant de lumière, elle s'élève insensiblement vers le Père éternel ; elle le regarde avec des veux plein d'amour et de douceur, et lui tend les bras pour lui marquer ses empressements. Sa tête est de la main seule de Le Brun, et c’est le chef-d'œuvre de ce grand peintre. Une infinité d’anges , touchés avec la dernière délicatesse , l'environnent de tous côtés. La plupart sont perdus dans la gloire , ce qui n'empêche pas néanmoins d'en remarquer tous les traits ; de sorte qu’il est difficile de voir sur la terre une image du ciel, plus vive et plus belle. M. Olier ne put s'empêcher de le témoigner lui-même à Le Brun , en lui disant : Que vous êtes heureux , monsieur , de nov: pouvoir donner , par le moyen de votre pinceau, une si belle expression de la gloire du ciel! »

L'espace renfermé entre le cadre de ce riche tableau et la

corniche de la chapelle était rempli par différents médaillons, où l’on voyait représentés , sous divers symboles , les perfections que l'Eglise attribue à la très-sainte Vierge dans les Li-

284 HI, PART. #651.—SÉMINAIRES, tanies, et ces médaillons étaient réunis les uns aux autres par des festons et des guirlandes de fleurs , avec des vases, des candélabres et d’autres ornements tout éclatants de dorures. Le bâtiment du séminaire étant entièrement terminé, M. Olier voulut qu'il füt béni solennellement avant qu'on l'habitat ; et il invita encore le Nonce du Pape pour cette cérémonie, qui eut lieu le jour de l’Assomption , 1651. « Me » trouvant ensuite à la sainte Messe, dit-il, je suppliai le » Seigneur avec instance qu'il lui plût prendre tellement » celte maison sous sa protection, qu'il ue souffrit jamais » que le malin y eût entrée ; que, puisque l'eau bénite l’en » avait banni, les âmes ne lui donnassent jamais entrée par » le péché; et pour cela mème, je croyais qu'il fallait exhorter » tout le monde à se purifier, avant qu'on y logeât. Comme » je demandais ensuite avec instance qu'il plût à Dieu d'y ré- » pandre sa bénédiction , lui protestant que je ne le quitterais » pas qu'il ne m'en eût donné l'assurance, sa bonté divine » me parut mettre cette maison sur mes bras et la faire repo- » ser entre mes mains, Comme si l’on mettait le modèle d’un » grand bâtiment en raccourci sur les mains de quelqu'un. » Je voyais cela se passer en moi, me trouvant tout anéanti ; » eten même temps Dieu me disait ces paroles : Je {e mets » celle maison entre les mains ; {u m'en répondras : en sorte » que je concevais que j'étais chargé de cette œuvre, comme » aussi de la cure qui y était adjointe, pour rendre visible » l'esprit du séminaire , et qu’il ne fallait plus penser à d’au- » tres œuvres, ni à d’autres entreprises , comme le malin en

» présente toujours de fort excellentes en apparence. »

Nous avons dit, dans la première partie de cet ouvrage, que, durant quatre-vingts ans environ, on avait fait en France une multitude d'essais pour réaliser les desseins de l'Eglise, touchant l'établissement des séminaires ; et que ces essais étaient restés sans résultats, à cause de l'ignorance où l’on était de la forme propre et de l'esprit qu’il fallait donner à ces maisons, La vue dont M. Olier fut favorisé deux fois à

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ESPRIT DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE, 285 Notre-Dame, et qui lui servit de règle dans la construction et la distribution de l'édifice macériel du séminaire, avait sans doute un autre motif. Elle devait le confirmer de plüs en plus dans la persuasion où il était que le plan de l'édifice spirituel, bien plus important que l'autre, ne serait point un dessein concerté par les hommes, mais un ouvrage venu d’en haut ; et que ce plan avait été montré par Notre-Seigneur lui-même au père de Condren , qui avait si souvent annoncé mystérieusement cette grande œuvre à ses disciples. « Ce saint person- » nage que j'ai tant honoré, dit M. Olier, et qui m'avait pro- » mis que je serais l’un des héritiers de son esprit, après être » monté aux cieux et avoir rempli sa course, doit achever » par nous son ouvrage. C'est lui qui comprend l’idée sublime » du dessein que Dieu lui a manifesté. Il nous fait employer » les matériaux à cet ouvrage, en nous découvrant peu à peu » et faiblement ce qu'il sait être utile de nous manifester, afin » que nous travaillions à ce dessein , et sur le plan que Dieu » lui en a tracé lui-même. Mais tout cela se fait petit à » petit. »

Voici d'après M. Olier, et conformément aux lumières communiquées au père de Condren , le fondement de tout l'esprit du séminaire. « Dieu , dit-il, pour renouveler main- » tenant la piété primitive du christianisme , a résolu d'em- » ployer les mêmes moyens dont il se servit au commence- » ment. Ce fut par Jésus-Curist qu'il se fit connaître aux » hommes ; et comme le dessein du Père n’était pas de mon- » trer son Fils visiblement à toute la terre, il le multiplia et » le répandit dans les apôtres, qui, remplis de son esprit, de » ses vertus et de sa puissance, le portèrent partout avec eux » dans le monde , montrant extérieurement dans leurs per- » sonnes sa patience, son humilité, sa douceur, sa charité » et toutes ses vertus. Il faut donc que, pour répondre au » dessein de Dieu, nous inspirions à la jeunesse les sentiments et les vertus de Jésus-Curisr, et qu’il vive dans chacun aussi réellement que dans l’apôtre qui disait : Je

286 II, PART, — SÉMINAIRES, » vis, mais non pas moi; c’est Jisos-Curisr qui vit en moi. y Telle est la dévotion essentielle et fondamentale du séminaire de Saint-Sulpice, dévotion consacrée par l'institution de la fête de la vie intérieure de Notre-Seigneur, que l'on y célèbre solennellement tous les ans, et de plus une fois par semaine, perdant une grande partie de l'année, Cette fête a pour objet principal les dispositions intérieures cont Notre-Seigneur a accompagné ses mystères et toutes les actions de sa vie, comme sont ses sentiments de religion envers son Père, de charité envers le prochain, d'anéantissement à l'égard de soimême, d'horreur pour le monde et le péché; et le fruit qu’on s'en propose, est une participation abondante à ces mêmes dispositions, selon l'avertissement que saint Paul en donne aux fidèles : Ayez en vous-mémes les sentiments de Jisus- CuRisr.

Le principal objet des soins de M. Olier fut d'établir dans ses disciples cette vie intérieure ; c'est le but où tendent tous ses écrits ; et c'était, selon lui, la vocation propre des chrétiens et des prêtres. Il ajoutait qu'ils seraient vraiment disnes de ces titres augustes , si l'on pouvait dire d'eux, par exemple, quand ils parlaient : C'était ainsi que Jésus-Cumisr parlait ; quand ils agissaient : C'était ainsi que Jésus-Curisr agissait ; quand ils : ffraient : C'était ainsi qu'il souffrait ; et, depuis M. Olier, cette instruction n'a cessé de retentir dans le séminaire de Saint-Sulpice, « Vous me faites un grand bien et un » vrai plaisir, écrivait M. Leschassier à l'un de ses amis, de » me renouveler la mémoire de la plus importante de toutes » les instructions que nous avons reçues dans le séminaire, » et que MM. Olier, de Bretonvilliers et Tronsou ont pris, » l’un après l'autre, un soin tout particulier de nous incul- » quer. Nous répétons en tant d'occasions ces paroles de saint » Ambroise :

» fronte, ut semper confileamur : signaculum in-corde, ut » semper diligamus : signaculuin in brachio, ut semper ope- > reuur; que nous nous éloignerions entièrement de l'esprit

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