ESPRIT DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE
» de nos pères, si nous abandonuions la sainte pratique si-
» gnifiée par ces trois mots : Per Curisrum , cum Cunisro, » in CHRISTO, »
Après la dévotion à la vie intérieure de Jésus, M, Olier donna pour second fondement à la piété du séminaire de Saint-Sulpice, la dévotion à la vie intérieure de Marie, dont on y célèbre la fête tous les ans. Elle a principalement pour objet les dispositions intérieures de cette incomparable créa ture dans toutes ses actions , et les trésors de grâces dont elle a été enrichie, « Jésus-Cunrisr qui a promis de vivre dans les » saintes âmes, dit M, Olier, n'a communiqué sa vie à personne » avec antant de plénitude qu'à sa très-sainte mère, La com- » munication qu'ilen a faite au corps de l'Eglise , est cite » même bien inférieure à celle-là. Marie est comme un sa- » crement sous lequel il distribue ses biens et ses grâces ; » et c'est à cette source si féconde que les clercs doivent aier » puiser la vie de Jésus--Cnrisr. Saint Jean à vu tout ceia : » il reyrésente la trés-sainte Vierge comme une femme re- » vêtue du soleil , portant sur sa tète une couronne de » douze étoiles, figure des apôtres; et avant la lune sous scs » pieds ; nous apprenant par là, que toute remplie et pé- » nétrée de Jésus-Curisr, figuré par le soleil, elle remplit » à son tour tous les apotres et l'Eglise, et leur donne totit » ce qu'ils ont de lumière et de splendeur, Elle parait encore » avec le dragon sous ses pieds ; et c'est pour marquer » que tous les apotres, les disciples, les prêtres et les » autres ministres de la hiérarchie de l'Eglise, jusqu'aux » exorcistes , tiennent et reçoivent de JÉSUs-Curisr, en clie, » la puissance de fouler aux pieds et d'écraser la tète du scr- » pent, Conséquemment à ce dessein, DIEU à voulu que, » quoique sa sainte mère ne fût point présente à la cène, ne » devant pas être faite visiblement prêtre, selon l'ordre de » Melchisédech , elle füt cependant dans le cénacle, pour v
. » recevoir l'esprit st la grâce apostolique (c'est-à-dire, l'es-
» humain); apprenant par là à l'Eglise, que jamais elle ne » serait renouvelée qu'en la société de Marie , et qu'en parti- » cipant à son esprit. »
Pour rendre sensible cette seconde dévotion fondamentale du séminaire de Saint-Sulpice, M. Olier voulut que le tableau principal de la chapelle représentât l’auguste Reine du clergé, remplie de la grâce de l'ordre ecclésiastique , et établie comme le canal qui la répand sur tous les ministres sacrés. Dans cette grande et sublime composition, l’un des plus beaux ouvrages de Le Brun, la sainte Vierge, élevée sur un lieu éminent avec les saintes femmes séparées des hommes, selon la coutume des Juifs , semble recevoir en effet la plénitude de l'Esprit saint, qui se divise ensuite par portions sur les apôtres et sur le reste de l'assemblée, Le Brun se proposait de peindre encore, pour la chapelle du séminaire , et d'après les idées que M. Olier lui en avait communiquées par écrit, dix autres tableaux , tous destinés à montrer que Marie est l'instrument universel de toutes les grâces dans l'Eglise ; mais il n’en exécuta qu'un seul , celui de la Visitation , où , suivant l’expression du serviteur de Dieu, il représenta l'apostolat de la trèssainte Vierge en exercice envers saint Jean et sainte Elisabeth, à qui elle porta la connaissance et la grâce du Rédempteur.
La dévotion singulière envers Marie, dont le séminaire de Saint-Sulpice devait faire profession , fut le motif qui porta M. Olier, ou plutôt qui détermina la divine Providence à donner à cet établissement saint Jean l'Évangéliste pour l'un de ses patrons. Quel autre saint pouvait plus justement y être proposé sous ce titre, que celui dans le cœur duquel Jésus mourant fit passer l'amour filial qu'il portait à sa sainte mère ? « L'amour de Jésus et de Marie était si saint , disait le père » de Condren, qu’il fallait qu'il en restât quelque chose dans » l'Eglise ; et, afin de le conserver, saint Jean fut substitué à » JÉésus--Cnrisr, qui dit de lui à sa sainte mère : Voilà votre » fils, et non pas, un autre fils. Aussi Marie le reçut comme » son propre fils uui se survivait ainsi à soi-même ; et saint
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