‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 150 sur 235 · CS · texte numérisé non relu

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ESPRIT DU SÉMINAIRE DE SAINT=SULPICE. 289 » Jean, de son côté, s'oubliant soi-même pour prendre la » place de Jésus, continua de rendre à Marie les mêmes de- » voirs, et de la servir avec le même amour filial que Jisus » lui témoignait, Je voudrais bien, ajoutait le pére de Con— » dren, renouveler dans les esprits cette grâce, cette première »v odeur du ciel, cette bénédiction singulière qui fut donnée » au commencement ; Mais parce que je n'en suis pas digne, » je supplie Notre-Scigneur de donner abondamment son » esprit à quelques autres pour un si bon effet, » On peut croire avec fondement que M, Olier fut l'un de ceux en qui cette prière du père de Condren a été exaucée, Au moins s'efforça-t-il d'inspirer à tous les chrétiens, surtout aux prètres, la tendre confiance et l'amour filial de saint Jean pour Marie. I rapporte même que le père de Condren , saintement jaloux de le rendre participant de ses dévotions les plus chères, lui donna une image, où saint Jean était représenté commu niant la mére de Dieu. C'était pour le faire entrer de plus en plus dans les sentiments intérieurs de ce bienheureux disciple, et le porter, à son imitation, à mettre entre les mains de Marie le fruit du saint sacrifice, pour qu'elle en disposät elle-même à son gré. « Comme la très-sainte Vierge, dit M. Olier, quoi- » que remplie de la plénitude de l'esprit du sacerdoce , n’en > avait point Ic caractère, et par conséquent ne pouvait en » exercer par elle-même les fonctions , le Sauveur lui donna » saint Jean au Calvaire, non-sculement pour qu’il lui tint » licu de fils en sa place, mais encore pour qu'il lui donnât » par les saints mystères , qu'il célébrait pour elle, et selon » ses intentions , le moyen de satisfaire aux désirs ardents de » son cœur pour l'étabiissement de l'Église ; comme aussi de » se consoler de l’absence de son Fils, par le bonheur qu'elle > avait de s'ex: nourrir tous les jours. »

Un serviteur de Marie si dévoué ne pouvait séparer de cette

P, Reine des Vierges le chaste époux que le ciel lui avait uni, et + ne pas donner aussi pour patron, au séminaire, un saint dont | L vocation a eu des rapports si particuliers avec celle des prè-

tres. « C'est aux prôtres surtout, dans lesquels Dieu réside en » sa fécondité pure et vierge, dit-il, à se conduire sur le mo- » dèle du grand saint Joseph, à l'égard des enfants qu'ils en- » gendrent à Disu, Ce grand saint conduisait et dirigeait » l'Exranr-Jésus dans l'esprit de son Père, dans sa douceur, » sa sagesse, sa prudence, Ainsi en devons-nous faire de tous » les nembres de Jésus-Cunisr qui nous sont confiés , et qui » sont d'autres Christs , les traitant avec la môme révérence » que saint Joseph traitait l'ENFanr-Jisus, »

Considérant le séminaire comme un cénacle où l'Esprit de Dieu devait descendre de nouveau, pour y former des hommes apostoliques qui renouvelassent la connaissance et l'amour de Jésus-Curisr, M. Olier voulut que tous ses clercs s'efforçassent d'entrer dans les sentiments et les dispositions des saints apôtres, et qu'ils en étudiassent sans cesse les vertus, Il les fit représenter, comme on a vu, sur le tableau principal de la chapelle, afin que le séminaire eût recours à eux, comme à des canaux très-abondants de la grâce apostolique , dont ils avaient reçu les prémices pour les siècles futurs, et qu'il les honorât d’un culte particulier, comme étant, apres Jésus- Cunisr , les fondements de l'Église, Ce fut pour cela qu'il établit l'usage , invariablement observé depuis, de chanter une grand” Messe les jours de leurs fêtes. Plusieurs de ses confrères désirèrent même que l'on plaçat, sur la porte d'entrée de la maison, les statues de saint Pierre et de saint Paul, avec cette inscription : Collegium apostolicum, pour montrer qu'on y faisait profession d'étudier les vertus et les maximes des saints apôtres. Ce projet n'eut pas lieu, « Je ne pense pas, » écrivait M. Olier, que, si l'on met une inscription sur le » frontispice, on doive en choisir une autre que celle de Se- » minaire de Saint-Sulpice, puisque c'est le nom souslequel il » est connu. Mon avis serait de ne lui en donner aucun. Il » vaut mieux que l'œuvre se fasse qualifier par ses effets et » sa vérité, que par son nom. Je demande à Notre-Seigneur » que la chose parle d'elle-même, et que les sujets, par leur

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ESPINIT DU SEMINAIRE DE SAINT-SULPICE, 291 » conversation, leurs mœurs, leurs instructions et leurs œu- » vres, Soient ainsi connus de Dieu et de l'Eglise, et qu'il soit » dit de la maison : Nomen habel quod vivat, »

L'avis de M. Olier , plus conforme à la vie cachée dont le séminaire devait donner l'exemple , fut préféré à Fautre , et l'on ne mit au dehors d'autre inscription que ces paroles, pour servir d'exhortation aux séminaristes etaux directeurs : Spes messis tn semine, Mais, voulant leur rappeler sans cesse la dévotion envers les sain. apôtres , et la nécessité d'imiter chaque jour leurs vertus , il fit graver daus l'intérieur du bâtiment, et tout autour de la cour , l'inscription suivante : Jam non eslis hospiles et alenæ ; sed estis cives sanclorum et do meslici Dei, superædificati super fundamentam Apostolorum et Prophetarum ipso summo lapide angulari Cnnsro JEsu. Ap— plication heureuse , qui leur rappelait en ménie temps leur vocation à ce même ministère, exercé successivement par les prophètes , par désus-Cnrsr et les apotres , et avec lesquels ils étaient destinés à entrer à leur tour en société de fonctions, comme les pierres d'une maison composent un seul et même édifice , avec les fondements sur lesquels elles reposent. IL voulut encore qu'il y eùt dans le séminaire douze personnes appliquées à honorer chacune l'un des douze apôtres, et dont les principales pratiques de dévotion, à cet égard , fussent de respecter en eux l'abondance de la grâce apostolique , de remercier Diu de les avoir choisis pour annoncer son Évangile au monde, et surtout de lui demander, par de ferventes prières, quelque participation à leur esprit pour toute l'Église de Diet, et particulièrement pour les ecclésiastiques de la maison, Enfin il désira que les douze premières chambres portassent chacune les noms de quelqu'un des douze apôtres.

En donnant la très-sainte Vierge pour première patronne

{ au séminaire, M. Olier choisit comme fête principale de la 2 maison celle de sa Présentation au temple , à cause des rap- | ports que son grand esprit de foi lui montrait entre la consé-

Cralion de Marie à Dieu, et celie que les ecclésiastiques font

d'eux-mêmes en entrant dans l'état clérical. Il consiuérait en effet le mystère de la Présentation comme le modèle le plus accompli de la séparation du siècle et de la consécration’ à Dieu, qui forment l'essence de la profession cléricale. Pour honorer un mystère si cher à tout le clergé, comme aussi pour porter tous les ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice à entrer dans les dispositions de Marie s'offrant à Dieu Gansle temple, il établit une cérémonie assez semblable à celle qui était en usage dans la plupart des maisons religieuses , pour se renouveler dans l'esprit de l'institut; ce fut une rénovation publique des promesses cléricales , que tous devraient faire en ce jour. Il voulut donc que chacun , s’unissant aux dispositions intérieures de la fille bien-aimée du Roi des rois, vint de nouveau se donner au Seigneur par le dépouillement du cœur le plus sincère, et le renoncement le plus universel, en prononçant de nouveau, aux pieds de quelque évêque,

les paroles : Dominus pars hæredilatis mew, etc.

Quelques jours avant la fête de la Présentation, M. Olicr, par un mouvement de sa tendre confiance envers la trèssainte Vierge , eut le désir d'aller à Notre-Dame l'inviter à se rendre présente à cette cérémonie. Il voulut que chacun s’y préparât en jeûnant la veille ; et c'est un jeûne de règle, P

qu'on a toujours pratiqué depuis. Enfin, le 21 novembre, jour de cette solennité, le Nonce du Pape célébra pontificalement les saints mystères dans la nouvelle chapelle ; et ce fut aux pieds de ce représentant du Vicaire de Jésus-Curisr que M. Olicr, ct après lui tous les ecclésiastiques du séminaire, vinrent renouveler ainsi, pour la première fois , la profession ils avaient faite en recevant la tonsure , et se consacrèrent de nouveau , sur les pas de MARIE , au service de Dieu, l'un:-

que partage des clercs. L'assemblée générale du clergé était Rs

alors révuie à Paris : charmés des heureux fruits que produisait depuis huit ans le séminaire de Saint-Sulpice , les évéques voulurent, ce jour-là même , lui donner une marque publique de leur approbation , et députèrent Isaac Habert,

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