‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 151 sur 235 · EN ARE · texte numérisé non relu

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RÉNOYATION DES PROMESSES CLÉRICALES. 293 évèque de Vabres, l’un des plus savants prélats de ce temps, pour exprimer en leur nom les vœux qu'ils formaient en fa veur d'une œuvre si utile à l'Eglise, et lui donner leur so— lennelle bénédiction. Le soir , après les Vèpres , ce prélat s'acquitta de cette mission honorable, dans un discours qu'il prononça avec autant de dignité que d'édification. La ferveur extraordinaire dont tous les ecciésiastiques se trouvèrent pé— nétrés , fit comprendre à chacun que cette rénovation serait une nouvelle source de grâces pour le séminaire, « On ne Fa » jamais renouvelée depuis, écrivait dans la suite M. de » Bretonviiliers, sans une bénédiction toute particulière , » comme l'expérience l'a fait voir. »

Peu après la bénédiction de la chapelle , et avant la fin de l'année 1651, M. Olier, voyant la prédiction de la mère Agnès de Langeac , touchant les séminaires, si heureusement accomplie, résolut de satisfaire enfin le mouvement qui le pressait depuis long-temps de s'attacher à l'ordre de saint Dominique. Les Frères-Prècheurs avaient , dans sa paroisse, une maison qui leur servait de noviciat, et qui, par la vie sainte qu’on y menait, et l'intégrité de la foi dont on y faisait profession, répandait l'édification parmi les fidèles. 11 pensa donc à y prendre l’habit, non du premier ordre, sa vocation ne le permettant pas, mais du tiers-ordre dont les règles pouvaient plus aisément se concilier avec ses devoirs: et le père Jean Tarpon , alors sous-prieur en chef de ce couvent , à qui il s'adressa, vint lui en donner lui-même l'habit, dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice , malgré les instances de M. Olier, qui aurait voulu le recevoir dan: l'église des Do— minicains et en public. Cette cérémonie, où se trouvèrent plusieurs ecclésiastiques , que la piété de l'un et de l’autre y avaient attirés, n’en fut pas moins édifiante, On y admira Surtout la profonde humilité du serviteur de Dieu : au mo ment où il reçut le petit scapulaire, on l’entendit confesser , avec un vif sentiment d'émotion et de gratitude, qu'il était redevable à l'ordre de saint Dominique de toutes les

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grâces qu'il avait reçues jusqu'alors ; et depuis il témoignait, en toute occasion, la joie qu'il ressentait de participer aux bonnes œuvres de cet ordre. « Je suis bien aise et bien con- » solé, disait-il, de me voir enfant de saint Dominique, » et, plus étroitement que jamais, frère de la révérende » mère Agnès de Jésus, à qui j'ai de si grandes obligations. » Plusieurs prêtres du séminaire, animés des mêmes sentiments, imitérent son exemple, et furent aussi agrégés à cet institut.

Son amour pour l'humilité avait inspiré à M. Olier , une dévotion particulière pour saint Martin de Tours ,etafin d'obtenir pour le séminaire de Saint-Sulpice quelque participation à l'esprit de ce grand évêque, il désira de l’unir avec le célèbre chapitre qui l'invoquait tous les jours dans la basilique dédiée sous son nom. Il demanda donc et obtint des lettres d'association à cette compagnie. Depuis on a toujours célébré au séminaire de Saint-Sulpice la Messe solennelle de saint Martin , le jour de sa fête, et l’on n’a cessé de l'invoquer chaque jour , comme patron, à la prière du soir. Enfin, la dévotion dont M. Olier était pénétré pour saint Ambroise et saint Grégoire-le-Grand , depuis le songe qui lui avait montré sa vocation à l’état ecclésiastique, le porta à inspirer au séminaire les mêmes sentiments de respect et de religion pour ces deux illustres docteurs, et à célébrer chaque année leur fête : usage qui persévère encore aujourd'hui.

La satisfaction qn'éprouvait le serviteur de Dieu en voyant le bâtiment du séminaire élevé, n'était pas comparable à la joie que lui donnait l'édifice spirituel qui prenait chaque jour de nouveaux accroissements. Il faut en effet que la ferveur de cette maison ait eu quelque chose de bien remarquahle, pour avoir pu mériter ce bel éloge qu'en fit vers ce temps M. Godeau , évêque de Vence : « Le bâtiment extérieur est très- » magnifique; mais le bâtiment intérieur, je veux dire le gou- » vernement des ecclésiastiques, est beaucoup plus digne de

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FERVEUR DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE, 295 » louanges: etau lieu que les apôtres disaient au Fils de Dieu: » Vide quales lapides ! ou pourrait dire avec raison : Fidete » quales homines! Voyez quels hommes se forment dans cette » maison! » En effet, sous la direction de M. Olier, le séminaire de Saint-Sulpice ne le cédait en rien, pour la régularité, aux plus saintes communautés de la capitale, et chacun des nou veaux membres qui venaient s'y incorporer, Croyait y retrouver la société des premiers disciples du Sauveur. L'amour du monde en était tellement banni, que chacun aurait eu de grands remords de conscience d'en parler avec la moindre estime , et eût fait aux autres une peine très-sensible d'en parler ainsi. Par estime pour la pauvreté, on faisait gloire en tout de ce qui était le plus pauvre. On avait un saint empressement pour tous les emplois humiliants ou dans lesquels il y avait de la peine ; et on demandait avec ardeur à les remplir, La charité fraternelle , qui était regardée comme le caractère particulier de la maison , semblait ne faire de tous qu'un cœur et qu'une âme. Personne ne possédait rien qui ne füt à ses confrères : il fallut même donner des bornes à ce grand désir de rendre service au prochain. Quoique le séminaire füt com— posé d’ecclésiastiques de diverses provinces, chacun, en y entrant , renonçait à toutes les attaches du pays , de la parenté ; et entièrement abandonné à la volonté du supérieur, dans qui on reconnaissait Dieu lui-même, on serait allé au bout du monde sur son simple conseil. Plusieurs poussaient si loin l'obéissance, que le supérieur était obligé d'apporter une particulière attention à toutes ses paroles , afin de ne rien dire qui pût être pris pour un ordre de faire quelque chose de nuisible à leur santé. En toute occasion , on témoignait la dévotion la plus tendre envers la très-sainte Vierge, surtout en ne faisant ou n'entreprenant rien sans lui en demander aupa— ravant la permission. Chacun saluait son image en entrant dans sa chambre ou dans celle de son directeur, ct aussi en

en sortant ; un parlait souvent de la dévotion envers Marie et

de l’union à Notre-Seigneur ; et c'était une pratique générale

296 If, PART, — SÉMINAIRES.

de porter toujours sur soi un crucifix et une image de la trèssainte Vierge, afin de s’en rappeler plus fréquemment le souvenir.

D'après le désir de M. Olier, chacun avait un ou deux moniteurs qui l’avertissaient de ses fautes. Au premier son de la cloche, toutes les portes s'ouvraient; on observait un rigoureux silence. Chacun témroignait une singulière affection pour, le bon ordre et le bien spirituel de la maison ; la plupart même étaient dans de très-grands sentiments de reconnaissance de ce qu'ils y avaient été reçus, ct de ce qu’on les y souffrait, Dans les récréations, on s’entretenait avec douceur, honnéteté, et déférence les uns pour les autres : chacun se faisant un plaisir de vaincre Îles répugnances qu’il pouvait ressentir pour certaines personnes , et de leur témoigner plus d'amitié. Quoiqu’on s’entretint de matières de piété, les conversations étaient toujours gaies et aimables; et on trouvait dans toutes les personnes de la maison une douceur et une affabilité qui charmaient tous les étrangers. M. de Lantages, pendant le temps que M. Olier éprouva sa vocation avant de l’admettre au séminaire, se rendait fréquemment aux récréations de cette maison, et en revenait toujours singulièrement édifié. « Quoi- » qu'il y eût fort loin du logis où j'étais, dit-il lui-même, » la peine ne m'était rien, et il me semblait plutôt voler que » marcher, tant j'avais de joie d’aller dans cette sainte maison.

» J'y découvrais une perfection si élevée au-dessus de ce que » nous avions pratiqué jusqu'alors, qu'étant de retour, je di- » sais à un ami: Vraiment, nous ne sommes dévots qu'en » peinture; c'est au séminaire que l'on pratique la solide » dévotion. »

‘ La plupart des séminaristes étaient remplis de crainte aux approches des saints ordres, et il fallait presque employer la violence pour les déterminer à s’y présenter. Ces dispositions étaient trop conformes aux vœux de l'Eglise et à l’exemple des saints, pour que M. Olier ne füt pas charmé de les voir dans tous ses disciples : au moins ne pouvait-il approu-

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M. DE SÈVE. 297 ver l'empressement inquict que certains aspirants font quelquefois pcraitre ; et nous rappellerons ici une occasion assez remarquable, qui lui donna lieu de mettre à découvert ses sentiments à cet égard. M. de Sève, ancien président aux en— quêtes du Parlement de Paris, et qui était entré à l’âge de soixante ans au séminaire, voyant que, malgré sa persévérance

toujours soutenue, il n'était paint invité à se préparer aux ordres sacrés , fut un peu trop sensible à ce retard , et en témoigna sa peine à M. Olicer, par une lettre qu'il Fi écrivit. M. Olier lui répondit aussi par lettre, et s'efiorça de lui faire comprendre que, dans une affaire de cette importance , il ne devait pas prendre conseil des mouvements de la nature, mais s'abandonner à la conduite d2 ceux à qui Dieu donnait son esprit pour le diriger. « Quand vous étiez président, lui dit- » il, et que, les portes fermées , vous traitiez des affaires de » conséquence en votre cour, vous n'eussiez pas souffertqu'un » valet ou un laquais prit séance ou «onnât son avis dans vos » sacrés conseils. La sainte Trinité ne veut pas admettre dans » son conseil une infâme , uue harengère insensée, pour y » faire vacarmeet pour troubler la paix et le calme qui pré-— » side dans le conclave de la grâce. C'est une insensée et une » folle que la nature; il faut la laisser et l'abandonner aux » portes de notre cœur, et lui laisser faire ses vacarmes parmi » les peuples. Les ministres de Dieu ne font point cas de ses » murmures; ils n’écoutent que la voix de Jésus , qui parle » avec douceur et avec paix dans l'âme qui est en silence. » Vous savez, par expérience, quelle est la joie de votre » cœur , quand ce grand Tout y préside et y parle : In pace » locus ejus. Votre àme est alurs en paix, et rien ne l’in- » quiète, Mais quand , au contraire , la nature , cette esclave » révoltée et cette libertine insensée vous parle , elle ne porte » dans le cœur qu'inquiétuile , qu'ardeur , que chagrin, que » murmure, et elle trouble la paix et la suavité, qui doivent » vous accompagner toujours.

» Mon cher monsieur, l'on connaît la sageise des servi- 15°

teurs, quand ils attendent en paix les ordres de leur maitre, qui voit cequi se passe dans la maison, et ne révèle ses desseins que dans le moment qu'il lui plaît. Puisque notre grand maitre voit les besoins de son Église, et veille continucllement sur les sujets qu’il désire avancer , il faut le laisser faire. Il enscigne dans l'Evangile la méthode de se conduire, disant à chacun de prendre la dernière place en sa maison et à sa table : Recumbe in novissimo loco ; ct il ajoute qu'il faut se laisser presser pour monter plus haut, Notre-£cigneur tient toujours une même méthode : comme il a donné ses conseils à toute son Église, il ne s’en dément pas, de peur 'infirmer sa conduite, et d’en ôter l'estime, la force et la créance dans l'esprit de ses disciples. Personne, dit-il, ne doit se presser, ni se promouvoir soi-même ; il faut qu'il se laisse appeler, il faut qu'on le presse, qu’on le sollicite, qu'on lui fasse instance. Et comme c’est JÉsus- Curisr seul, qui. pénétrant le fond de nos cœurs, voit la pureté , la sainteté, la force , la sagesse, le zèle véritable, la profonde humilité et le reste des vertus évangéiiques nécessaires pour être digne de ses charges : lui-même impose Je silence à son Église, et empêche d'y appeler ceux qu'il ne voit pas assez fondés pour y être promus.

» Anéantissez-vous devant Dieu, vivez en patience, et attendez en paix la voix de votre maître, qui disait à ses disciples : In patientir vestra possidebilis animas vestras. |l parlera bientôt ; mais laissez-le parler, et que l'humble sentiment de votre cœur , qui se voit si éloigné des parfaites vertus de l'ordre où vous aspirez, vous fasse trembler , de peur d'être promu, sans être aussi établi que votre divin » maître le désire, en tout ce qu'il demande de vous. Travaillez encore avec courage jusqu'aux Quatre-Temps de » septembre, où toute l'Église, par la pénitence et le jeûne, demandera le supplément d2s vertus nécessaires aux ministres qui se présenteront à l'onction, Tout le bien et toute » la bénédiction de vos jours dépendent des saintes disposi-

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