MÉMOIRE SUR LES SÉMINAIRES
» plus considérable que tout aatre emploi particulier du » diocèse, »
» Comme il se rencontrera peu de personnes qui veuillent » entrer dans cette vie d'abandon et de dénuement , et qui » soient en même temps remplies du zèle, de la prudence ct » de la capacité nécessaires , il faudra les conserver soigneu- » sement, quand la bonté de Dieu les aura données, On ap a» portera tout le soin possible pour les décharger de toute o:- » cupation extérieure, Hs n'y pourraient vaquer, sans divertir » quelque chose de l'attention qu'ils doivent au-dedans du » séminaire, et sans étouffer, par là même beaucoup de biens » spirituels dans Pintérieur de la maison. I sera donc juste » qu'il y ait quelaues petits fonds destinés pour la nourri- » tureet le vêtement de ces saintes personne:. Elles se conten- » teront toujours de peu, et il faut que ce peu là même leur » soit administré par quelqu'un qui vetie à leurs besoins, » sans qu'ils S'en mêlent et s'en oceupent aucunement, Quand » il plaira à la divine providence d'appeler à soi quelqu'un des s directeurs du séminaire, ceux qui resteront choisiront deux » ou trois prètres, les plus éminents ca doctrine et en vertus, » parmiceux dont nous allons parier , et les présenteront à * monseigneur levéque,qui, selon sa sagesse et son discernes ment,en prendra un pour Îe substituer à la place du mort. » Outre les directeurs, il doit ÿ avoir au séminaire des pré » Les entièrement formés, qui, étant toujours prôts à être » envoyés dans ke diocèse, portent au moment que l'occasion “s'en présentera, et qu'ils en recevront l'ordre de monsei » gncur l'évèque., Il ne sera pas nécessaire qu'ils renoncent
# aux bénéfices et aux diznités ecclésiastiques , comme les » premiers, d'autant qu’ils doivent être abandonnés entre les > mains du saint prélat, pour être apjliqués aux églises en la » manière qu'il voudra.
» Le troisième ordre des sujets qui composent le séminaire » scra le plus nombreux. Il comprend tous ceux qui viennent » se former à l'état ecclésiastique. Comme ils seront de con-
316 III, PART, — SÉMINAIRES, » dition inégale, on usera d'une telle simplicité dans la nour- » riture et le vêtement, que les pauvres n'aient point sujet » d’'excéder, ni de flatter leur sensualit”, ct qu'en même temps » les riches ne soient pas exposés à se plaindre. Un autre » moyen plus important, c'est l'exercice de la mortification de » soi-même, sans quoi il n’y a rien de solide dans la religion » du clergé, et dans la perfection du sacerdoce, non plus que » dans le christianisme, Aussi , la plus grande étude des di- » recteurs du séminaire sera de fonder les suicts dans la mor- » tification de tous les appétits naturels. JÉsus-Cnrisr notre » Seigneur a donné le premier coup de mort à la vie du pé- » ché, par la vie du Baptème, nous laissant à continuer ce » qu'il a commencé, c'est-à-dire, à retrancher en nous con- » tinuellement les germes du péché, qui est bien mort en soi, » mais non pas en ses suites. Le Fils de Dixu s'est contenté » d'avoir tuéle père de sa main , se réservant d'en étouffer les » rejetons par nos mains propres. C’est à quoi l’on doit beau- » coup exhorter les sujets du séminaire, leur faisant toujours » ouvrir les yeux à la malignité de leurs désirs, pour lesmor- » tifier et les tenir ensevelis en esprit de mort, comme leur » profession le demande et leur habit le montre; les aidant à » s'établir, par la grâce de Notre-Seigneur, dans un parfait » dégoût de la vie présente, et dans le désir continuel de la vie » future, à laquelle tendent tousles exercices du séminaire. » Quelque désir qu'éprouvât M. Olier de répondre aux demandes des prélats, qui désiraient des prêtres de sa compagnie pour établir leurs séminaires, il se contenta, les premièresannées, de former les sujets qu'ilsluienvoyaienteux-mêmes, sans vouloir se charger encore de la conduite d'aucun établissement , en étant empêché par les besoins immenses du faubourg Saint-Germain, à là réforme duquel ilemployait la plupart de ses ecclésiastiques. Ce fut ce motif qu'il allégua , en 1646, à un évêque qui lui avait écrit pour lui demander les services de sa compagnie, en faveur de son clergé. Commece prélat doutait qu’il accédât à 7 demande, il lui envoya une
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SÉMINAIRES. 317 autre lettre, adressée à saint Vincent de Paul , en recomman-— dant à M. Olier, s'il ne pouvait entreprendre lui-même la bonne œuvre, de remettre cette lettre , sans faire connaître cependant qu'il se füt d'abord adressé à lui, Mais le serviteur de Dieu n'ayant point reçu la lettre pour saint Vincent, répondit au prélat par la lettre suivante : « Monseigneur, vous » faites trop d'honneur à notre petite maison , en la jugeant » capable de servir votre clergé, C'est une obligation pour » nous de nous préparer à cette grâce, et de nous mettre do- » rénavantæn état de vous obéir, Je n'ai point reçu la lettre » pour M. Vincent, dont il vous plait de me parler, et je la lui » eusse fait tenir dans le silence et le respect que je dois à une » charité telle qu'est la votre, Je ne puis y répondre que par » des protestations d'ebéissance et de service perpétuel, Vous » aurez, Monseigneur, tendresse et compassion pour une mai- » Son naissante, qui ne se défend de vous obéir et de s'aban- » donner à vos désirs, que par les extrêmes besoins du lieu où » elle est établie, ei qui se voit quasi étouffée dans sa nais- » sance, par l'accablement des servires qu'elle lui doit à tous » moments... Quand il aura plu à Notre-Seigneur nous for- » tifier, vous userez de nous comme de ce qui est vôtre, et, en » particulier , de celui qui se croit trop heureux d’être dans » votre estime, et qui vous demande la permission de sedire, » Monseigneur, votre très-humble et très-ohéissant servi- » teur. »
Ce prélat gardait envers saint Vincent de Paul les ménagements que nou: venons de dire, dans la crainte de le blesser, s'il venait à connaitre qu'il s'adressait à lui au refus de M. Olier., Mais il s'en fallait bien qu'un homme aussi humble et aussi vil àses propres yeux que l'était saint Vincent, pût prendre quelque ombrage de cette préférence. « Je ne croi- » rais pas être chrétien , écrivait-il dans une circonstance » semblable, si je ne tächais de participer à l’utinam omnes » prophelent! » Bien plus, par un sentiment d'humilité trèssincère, 11 ne cessait de déprécier sa propre communauté ; et, à
l'occasion de divers projets d'établissement qu'on lni propesait, il prenait plaisir à élever la communauté de M, Olicr aux dépens même de la sienne, « Messieurs de Saint-Sulpice, éeri- » vait-il, ayant pour fin les séminaires, ne s'établissent, pour « l'ordinaire, que dans les villes épiscopales ; cette commu » nauté est plus capable que nous, pour commeuver et per- » fectionner cette bonne œuvre que vous avez tant à cour. Saint Vincent du Paul parle ici des séminaires dont les prêtres de Saint-Sulpice eurent la direction, et qui furen!en très-petit nombre. Mais M. Oiier procura l'établissement de beaucoup d'autres, en formant, ainsi que nous avons dit, des sujets envoyés par les évêques, où en cédant, à ce dessein, pour un temps fort court, des prêtres de sa compagnie, Comme fl ne contribua qu'en passant à la formation de ces maisons , et tout au plus jusqu'à ce que des sujets du diocèse même fussent en état d'en prendre la cond'ite, il n'en est resté presque aucun souvenir, Nous ferons néanmoins remarquer ici la part. qu'il eut à l'établissement de plusieurs séminaires, dirigés dans Ja suite par les ecclésiastiques de Saint-Sulpice. Le premier de ce genre est celui de Bordeaux ; M. Henri de Sourdis, archevèque de cette ville, s'adressa pour ce dessein à M. Olier, peu de temps après que ce dernier eut pris possession de la cure de Saint-Sulpice. Pour résultat de ses conférences avec le serviteur de Dieu, le prélat forma à Bordeaux, cette méme année, une compagnie d'ecclésiastiques , tout-àfait semblable à celle que M. Olier venait d'instituer à Paris, qui se proposa aussi pour fin l'établissement et la direction des séminaires dans la province , et dont les membres portèrent même le nom de Prélres du clergé.
M. Olier céda pour un temps à l'évêque de Pamiers plusieurs ecclésiastiques, qui l'aidèrent dans l'érection de son s£minaire diocésain. En 1647, M. Charles de Noailles lui ayant fait la même demande, pour le diocèse de Rodez, alors d'une vaste étendue, et presque abandonné depuis vingt ans, il lui donna aussi de ses prûtres, en ricttant pour condition , selon
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SÉMINAIRES DE RODEZ ET DE LIMOGES, 319 sa coutume , de pouvoir les rappeler après un court espace de temps. À Rodez, le succès répondit à ses espérances, Dans l'espace de cinq mois , on érigea le séminaire diocésain, fixé d'abord , Villefranche, et l'on établit des conférences ecclésiastiques, qui avaient lieu, dans tout le diocèse, une fois le mois, et dans lesquelles chacun devait répondre par écrit à douze questions de dogme ou de morale, M, Olier étant allé la mème annécen pélerinage à Anneci, passa à son retour par Villefranche et Rodez, et fut extréinement édifié de l'empressement avec lequel le clergé avait embrassé la réforme ; tous les ecclésiastiques s'étant conformés aux sa.nts canons , en ce qui concerne la soutane, la tonsure , et le reste de la vie des clercs. Aussi ne put-il s'empêcher de dire à ses prêtres, qu'il ne tarderait nas à les envoyer ailleurs. Comme ils n’y étaient venus que pour un temps fort court, ils s'étaient sans doute attachés à former des sujets qui pussent, après leur départ, conduire le séminaire; et ce fut, comme à Bordeaux, une compagnie d'ecclésiastiques du pays qui continua cette bonne œuvre , jusqu’à ce qu’en l'année 1723, les prêtres de Saint- Lazare en prirent la direction.
En revenant de Rodez à Paris, M. Olier se rendit à Li-— moges pour y vénérer les reliques de saini Martial, L'état où il trouva le diocèse de Limoges le pénétra de douleur : c'était alors un champ sans culture, et tout couvert de ronces et d'épines, tant les âmes y étaient négligées. Des gentils— hommes y possédaient les cures en propriété, et, par l'abus le plus sacrilége, les affermaient à des vicaires amovibles , et en donnaient les revenus pour dot à leurs enfants. Il serait diflicile de se représenter la désolation de M. Olier : l'état de ce diocèse l’afiligea si vivement, qu'après avoir dit la sainte Messe au tombeau de saint Martial, dans l'ancienne abbaye de ce nom, il y demeura, l'espace de cinq heures, en oraison, baigné de larmes , suppliant , avec toutes les instances de la plus ardente charité, le Père des miséricordes, d'avoir pitié du pauvre peuple qu'il voyait dans un si affreux délaissement.
L’'n de ceux qui l’accompagnaient, entendant ses gémisse-
sients etses sanglots, e! le voyant tout en pleurs, s'approcha
pour lui en demander la cause. « Hélas ! lui répondit-il , ne
» savez-vous pas que ce diocèse est dans l'abandon ? il faut
» prier Notre-Scigneur de le secourir, en suscitant quelques
» bonnes âmes qui y travaillent pour sa gloire. » Nous ap-
prenons par la Vie de la sœur Anne-Marie du Calvaire , ré-
formatrice du petit couvent de Saint-Claire à Limoges, et par celle de M. de Savignac, connu dans ce pays par sa noble générosité, de quelle manière furent exaucés les vœux si ardents de M. Olier, Dieu lui assura, au tombeau de saint Martiai, qu'il serait lui-même l'instrument de la grâce qu’il sollicitait pour ce diocèse , lui promettant un séminaire à Limoges, conduit par sa compagnie, et le siége épiscopal de cette ville pour l'un de ses enfants spirituels. L'événement ne tarda pas à justifier la promesse. Cinq ans après la mort du serviteur de Dieu, M. Michel Bourdon, l’un de ses disciples , fut envoyé pour gouverner , ou plutôt pour établir le sérainaire de Limoges , et M. Lascaris d'Urfé , formé aussi à Saint-Sulpice , et singulièrement affectionné à la mémoire de M. Olier, devint évêque de ce diocèse, où l'un et l’autre travaillèrent avec tant de bénédictions qu'ils le renouvelèrent entièrement,
En 1648, le serviteur de Dieu ayant fait un voyage en Bretagne, pour régler des affaires concernant son prieuré de Clisson, que M. de Fiesque l'avait obligé de reprendre, il eut la dévotion d'aller vénérer, à Vannes, les reliques de saint Vincent Ferrier , apôtre de cette province au XVe siècle. Comme il priait sur son tombeau, et qu’il demandait à Dieu, par son intercession , la grâce de prêcher avec la force et l'énergie qui avaient paru dans cet homme apostolique : « Le saint apôtre de la Bretagne, dit-il lui-même, me fit > entendre que mon emploi ne demandant plus maintenant » l'exercice assidu de la prédication, il m'obtiendrait un don » plus analogur à ma vocation : la grâce de former des en-
p fan » CO » roy » stal » tior » pou » blis » m'a » dict » ses t » Sous » nant » gneu » Prov » seme » pre » extér » dre à tes, tro tout dis parler à donnät ( qui ne (ui avai ville épi drait un +ssuré, Paris, « M. Olier
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