‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 162 sur 235 · ÉTABLISSEMENT DE MAGNAC · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DE MAGNAC

» que je puis dire en vérité que vous n'avez pas, Monsei- » gneur, un plus humble, plus fidèle et pius obéissant ser- » viteur, »

En rappelant ses ecclésiastiques de Clermont- Lodève, M. Olier les envoya à Magnac, petite ville de la Marche , voisine de Limoges , pour satisfaire les pieux desseins du marquis de Fénélon, qui voulait y fonder une communauté de missionnaires. « Abandonnons-nou; aux ordres de DÆw,

» écrivait-il à M. Couderc en lui donnant cette nouvelle mis-

» sion; adorons sa divine providence ei la pureté de sa con-

» duite; ne pensons point à nous, ni aux voies que nous avons » préméditées. Soyons à l'Esprit saint, qui a conduit les » apôtres par sa sagesse, et bon par la leur : Ubi erat impeplus spirilüs , illuc gradiebantur ; nec reverlebantur cûm » incederent. L'établissement d'une communauté à Magnac » sera un bien fort avantageux à ce grand et vaste diocèse de » Limoges. Il faut suivre l'esprit et la conduite de Jésus- » Curisr notre Seigneur, sur ses disciples , qu'il envoyait de » lieu en lieu pour produire des fruits dont la vertu se con- | » servait et se répandait dans les âmes. »

} Le marquis de Fénélon voulant perpétuer, dans ses terres, » les bénédictions que ces ecclésiastiques y répandaient avec abondance, assigna des fonds pour la subsistance de leur com-

2 munauté, qu'ils cédèrent à d'autres ouvriers, et qui fut l’ori- »: gine du petit séminaire de Magnac.

Le duc d'Orléans eut le désir de procurer aux diocèses d'Or-

! léans et de Chartres , un établissement commun , qui püt y À avancer la réforme du clergé, et écrivit à M. Olier pou le | prier de se rendre à Blois , afin d’y jeter les fondements de | cette œuvre. Avant de rien entreprendre, le serviteur de Dieu | crut qu'il était nécessaire d’avoir l'approbation de l'évêque | diocésain. « Pour faire les choses dans l’ordre de Notre-Sei- : » gneur et de l'Église, écrivait-il , il serait utile et même néj » cessaire que son Altesse royale voulut parler à M. de Charà » tres (Blois était alors de ce diocèse), ou du moins qu'il lui

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» écrivit pour lui ouvrir son dessein et sa pensée, Car now » ne pouvons, ni ne devons espérer de rien faire, s'il ne l'ap- » prouve et ne nous commet pour cela. Vous savez qu'un » évêque, dans son diocèse, est comme un père dans sa fa-

» mille, un chef dans un corps ; un supérieur en sa maison; |

» et que c'est à lui à donner les ordres , à mouvoir tous les » membres, et à commander à ses enfants ce qu'il fui plait » Pour moi, qui suis un serviteur étranger , et qui n'ai pas » l'honneur d'être son diocésain, je ne puis m'ingérer à faire » aucune fonction, qu'il ne me fasse l'honneur de nr’appeler » pour aider son clergé, tout misérable que je suis. »

M. Olier était d'autant plus disposé à seconder les desscins du duc d'Orléans, qu'il espérait donner par là commencement à un séminaire, pour le diocèse de Chartres. Sa dévotion envers la très-sainte Vicrge, et son zèle pour le clergé, le portaient assez à faire tous les sacrifices pour procurer l'éducation ecclésiastique à la jeunesse de ce pays. « Je puis aider à @ » dessein, écrivait-il; car j’ai encore quelque reste du débn » de deux bénéfices, que je consacrerai très-volontiers pour » cesaint œuvre. Je ne crois pas pouvoir mieux employer @ » bien, qu’à cette charité, qui va à souiager îes àmes, à sanc-

» tifier les peuples, et à honorer en particulier cette saint: à » église de Notre-Dame, à laquelle je dois tout , et à laquelk Bi

» je serais ravi de sacrifier ma vie, bien loin de ne pas lui do » ner tout ce que je puis avoir au monde. Enfin je trouveraÿ » en cela le moyen d’acomplir mes désirs , qui sont de mt

» voir pauvre, pour mourir dénué de tout, comme Notre

» Seigneur sur la croix. »

Mais le dessein dont nous parlons fut traversé apparemment

par les Jansénistes, déjà en grand nombre à Orléans ; et quo

que le clergé de Chartres, surtout M. Bourdoise, ne laisst pa d'agir pour procurer un séminaire à ce diocèse, il n'y fut ét

bli que plus tard par M. Ferdinand de Neufville , qui, Ë 1680, y appela les prêtres de la Mission. Parmi les séminairé È

à la formation desquels M. Olier eut quelque part , on pe

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PAOJET D'UN SÉMINAIRE EN GRICE,

compter encore ceux de Bourges, de Toulouse, de Saint-Irénée de Lyon ; mais, comme ils ne furent établis qu'après sa mort, nous n'en parlerons point ici.

Les diverses demandes que les évêques lui faisaient, pour

obtenir de ses prêtres , et les succès dont il voyait couronner

ss travaux, loin de lui inspirer quelque sentiment de complaisance, ne servaient qu'à le pénétrer de la vue de son néant et de celui de sa compagnie, Un ecclésiastique s'étant adressé

àälui pour une œuvre très-importante au clergé d'un diocèse,

M. Olier, dans sa réponse, lui conseilla d'avoir recours à d'au-

tres ouvriers plus capables de faire réussir ce dessein. Ne vou-

lant pas cependant refuser ce service , qu'on était peut-être

risolu à ne recevoir que par son ministère, il ajouta avec simplicité : « Tels pourtant que nous soyons (si Pas ot si vils dans » l'Église), nous sommes tout à vous, et prêts à seconder le » zèle que Dieu allume dans votre âme. Mais, Monsieur, nous B vous prions de vouloir que la chose soit recommandée à » Dieu pleinement, afin que nous ne mettions point d'obstacles et d’empêchement à ce grand œuvre. 11 y a d'autant plus de charité et de miséricorde de Dieu en vous, que vous faites le choix de la chose du monde la plus pauvre et la plus vile, pour seconder vos intentions. Pourtant ce choix même fait bien espérer, puisque par là Dieu semble vou— loir faire la chose entièrement par lui-même, choisissant des instruments de rien, vides de tout ce qui est bon , ex cepté du désir de * servir lui et son Église : ce qui me fait être à vous, Monsieur, comme à l’un de ses plus chers enfants. »

à Une autre occasion où M. Olier fit paraitre d'une manière ien touchante les sentiments de cette sincère humilité, ce fut brsque le Nonce du Pape, M. Bagni, lui demanda quelques prètres, pour établir un séminaire en Grece. M. Olier , dans

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Rue conférence sur ce sujet à ses ecclésiastiques , après qu’il t loué un si religieux dessein : « Hélas ! ajouta-t-il les larmes aux yeux, monseigneur le Nonce m'a fait l'honneur de

334 IF, PART, — SÉMINAIRES, » nous demander des sujets ; qui sommes-nous, Messieurs, » pour que l'on pense à nous ? » et il se répandit en sentiments d'huinilité si vifs et si profonds, que ses disciples en demeurèrent aussi édifiés qu'attendris. Aucun monument ne nous apprend les suites de ceiteaffaire. Nous ferons même observer ici, que presque tout ce qu’on vient de rapporter des établissements à la formation desquels M. Olier prit part, ne nous est connu que par quelques-unes de ses lettres, conservées après sa mort, où par d'autres pièces du temps, où il en est fait mention d'une manière tout-à-fait accidentelle.

M. Olier exerça encore son zèle pour la sanctification des ecclésiastiques , en composant divers écrits en leur faveur, A

était si éloigné de toute attache à ces sortes de productions,

qu’il les remettait entre les mains de son directeur, avec la simplicité d’un enfant qui donne ses essais à corriger à son maitre, Il lui laissait toute liberté de les déchirer ou de les mettre en cendres, comme la chose du monde la plus vil, tant il en faisait peu de cas; et il les méprisait tellement, qu'un jour il prit la résolution de les braler. Ce qui lengas'eait à faire ce sacrifice ‘si toutefois c'en était un pour lui, c'était la peine qu'il ressentait à laisser subsister après sa mort quelque chosede ce qu'il avait composé. Mais Dieu permit que son projet fat découvert, au moment où il allaiten venir à Pext cution. Il était occupé à rassembler tous ses manuscrits, pour

les jeter au feu, lorsque M. de Bretonvilliers entrant dais a à

chambre, ct devinant son dessein, eut assez d'empire sur son

esprit pour l'en détourner ; et c’est aux représentations qu'ilk

lui fit, que nous sommes redevables de plusieurs des livres spirituels qui portent son nom. Comme on ne doutait pas qu'ils ne fussent très-utiles, on le pressa beaucoup de co1sentir à leur impression, Son humilité , qui jusqu'alors Pavat

rendu fort secret sur ses écrits, souffrit d'abord de cette ce: BR

mande ; mais le désir de procurer la gloire de Drec et d'édifier le prochain, comme aussi la déférence qu'il devait à ses diret-

teurs , le firent condescendre aux sollicitations réitérées dont

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ÉCRITS DE M. OLIER, 335 on usa auprès de lui. I mit pour condition que ses ouvrages paraitraient sous le voile de l'anonyÿme, et on le satisfit en ce point; car ce ne fut qu'après sa mort qu'ils furent réimprimés SOUS SON nom.

Comme , en les composant, il avait spécialement en vue le clergé, appelé à retracer dans ses meurs toute la perfection du christianisme , il v montre netisment et sans adoucissement la voie de la perfection, fondée sur la pure doctrine de l'Evangile, c'est-à-dire, sur la mortification des passions et la vie de Jésus-Curisr dans nos âmes. Voilà à quoi se réduit la spiritualité @e M. Olier, que le père Hilarion de Nolay appelle, pour cela, Lu moëlle el la quintessence de l'Evangile. « {u'y a quasi point de maximes , dit Bossuet , que les saints » docteurs de l'Eglise aient plus souvent inculquées, que » celles qui établissent la nécessité de celte nouvelle vie; et » qui oterait des écrits de l'Apotre, ajoute-t-il, les endroits » où il explique cette doctrine , non-seulement il énerverait » ses raisonnements invincibles, mais encore il effacerait la » plus grande partie de ses divines Epitres. » Aussi les écrits dé Xi, Olier l'ont-ils fait ranger parmi les maitres de a vie spirituelle les plus éclairés et les plus sûrs, jusque-là que plusieurs graves personnages, entre autres M, de Maujas, évêque du Puy, dans lfpprobation qu'il a donnée à lun de ces ouvrages , ne craignent pas de les comparer à ceux d'A kempis, de Blosius et de saint François de Sales. Vers la fin du A \llesiècle, temps si glorieux à l'Eglise de France, et où elle comptait dans tous les rangs de la société, un si grand nombre de saintes àmes, Fétude de la solide perfection était devenue en quelque sorte commune et populaire, C'est ce qui explique pourquoi les écrits de M, Olier y furent extrèémement votés, « Ils sont entre Îles mains de toutes les personnes » spirituelles , » disait le père Giry; et Hermant, auteur favorable au Jansénisme , par conséquent, non suspect de partialité envers M. Olicr, dit aussi que de son temps toutes les personnes dévotes et spirituelles en faisaient une

II, grande estime. Enfin, dans l’espace d'environ quinze ans, on les réimprima plusieurs fois en diverses villes du royaume , à Paris, Lyon, Rennes , Toulouse , Bordeaux , Grenoble , Avignon, etc.

Ces ouvrages furent moins le fruit de ses réflexions et de ses recherches, que des lumières dont Dieu Ile remplissait dans l'oraison. Il écrivait pour l'erdinaire après ce saint exercice, et avec une facilité et une rapidité si extraordinaires, qu'on Fa vu écrire à genoux cinq ou six heures de suite, sans être jamais incommodé par cette sorte de composition. « Sa plume, » dit M. Baudrand , suivait l'impétuosité de l'esprit de Drec » qui l'éclairait , et retraçait sûrement sur le papier ces vé- » rités divines , que les dons de sagesse et d'intelligence, qu'il » avait reçus, lui découvraient en foule et tout d'un coup. » C'est pour cela sans doute que, dans cette rapide composition , il s’attachait moins à donner des motifs propres à convaincre et à persuader, qu’à exposer le fond même des choses, comme elles s'offraient à son esprit : ce qui doit le rendre moins aisé à comprendre, comme il est arrivé à la plupart des auteurs qui ont reçu de semblables lumières ; et cette assistance de Dieu explique encore cemment , au milieu d'occupations si différentes et si multipliées, il a pu tant écrire, ayant vécu si peu de temps. Outre son Caléchisme chrétien pour la vie intérieure, sa Journée chrétienne, son Introducion à la vie el aux vertus chréliennes, son Traité des saints ordres, ses Leliré: spiriluelles, son Explication des cérémonies de la grand’messe , qu: furent donnés au public, il composa un grand nombre d'autres ouvrages restés manuscrits, tels qu'un Trailé des attributs de Dieu , un autre des saints Anges, et un de la création du monde , le Maitre des exercices, un écrit sur l’Oraison dominicale , un Traité de la Vie divine et autres, des Panégyriques de plusicurs saints, et neuf ou dix volumes de Mémoires, où l'on trouve un gran nombre de mélanges précieux.

Le zèle de M. Olier pour les ecclésiastiques, la charité sin-

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bo» pher son Eglise de limpudence du sivele.

1ÈLE DE M. OLIER POUR L'HONNEUR DU SACERDOCE, 337 cère qu’il leur témoignait, la facilité qu'il leur offrait de se retirer dans sa communauté pour s'y renouveler dans l'esprit de leur vocation (1), y attirèrent un très-grand nombre de

(4) Plusieurs ecclésiastiques, des plus vertueux de la capitale , s'empressèrent, dès qu'ils leurent connu, de conférer avec lui sur leurs besoins spirituels, De ce nombre fut M, Jean Poincheval, qui vécut et mourut à Paris, en odeur de sainteté, L'auteur d'une notice sur ce vertueux prètre rapporte qu'il ne sortait de sa chambre que pour aller à l'autel, au confessionnal , où pour visiter M. Olier, que son mérite, ajoute-t-il, a fait rechercher des plus saintes âmes , pour se mettre sous sa conduite.

L'affection que M. Olier témoignait à tous ces ecclésiastiques aurait dû, elle seule, lui mériter cette confiance ; car personne ne pouvait ètre plus dévoué que lui à ses confrères dans le sacerdoce: ei nous ne croyons pas devoir passer ici sous silence là charité généreuse qu'il fit paraitre dès son entrée dans là cure de Saint- Sulpice au suiet d'un curé de la campagne, injustement opprimé. Cet ecclésiastique , qui parait avoir été le curé d’Arcueil, fut traité indignemet, à la porte de son église et à la vre de ses pa roissiens, par le seigneur même du lieu. Le Parlement se saisit de Paffaire , mais la plupart des paroissiens, intimidés par les menaces du seigneur, n'osant faire aucune déposition à sa charge, plusieurs d’entre eux vinrent consulter Mf Olier , et le curé luimème voulut prendre son avis. Le serviteur de DIEU ne se contenta pas de leur répondre que l'honneur du sacerdoce , et le bien général de l'Eglise, demandaient une prompte et sévère justice, et que, en conscience , ils étaient tenus de Fa solliciter : il prit l'affaire en main, et la poursuivit avec plus de chaleur que ne l'eût fait aucun homme du monde pour défendre ses intérèts propres. Il conjura ceux des évêques dont il avait l'honneur d’être connu , de demander à la Régente la punition d'un attentat aussi inouï; et, pour agir plus cflicacement sur lPesprit de cette princesse, de Jacuelle il n'avait point encore l'honneur d'être connu, il en écriviten ces termes à saint Vincent de Paul, entré depuis peu au Conseil de conscience :

« Qui a Jésus à tout,

» Monsieur,

» Je prie Notre-Seizneur de vivre en vous, pour faire triom—

» J'oubliai hier de vous parler du prineipal sujet qui mra- » menait vers vous, C'était pour vous faire des plaintes du plus

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